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Économie

OMC : Ottawa et Washington haussent encore le ton, Mexico en retrait

Diplomatie économique

Le Canada avait porté plainte contre les États-Unis devant l'Organisation mondiale du commerce mercredi, pour contester leurs pratiques protectionnistes.

OLJ/AFP/Delphine TOUITOU, Michel COMTE
12/01/2018

À l'approche des nouvelles tractations sur le libre-échange, les frictions sont à leur comble entre le Canada et les États-Unis, Ottawa étant déterminé à ne pas céder aux exigences de Trump quand le Mexique a opté pour une position plus mesurée. Irrité par la multiplication des droits compensateurs imposés sur ses produits exportés aux États-Unis, le Canada a saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour dénoncer des pratiques commerciales protectionnistes qu'il juge contraire aux règles internationales et dont d'autres pays comme la Chine sont, selon lui, aussi victimes. « L'action du Canada auprès de l'OMC est extrêmement provocatrice », observe Edward Alden, expert au Council of Foreign Relations à Washington, alors que plane toujours la menace d'un retrait pur et simple des États-Unis du traité de libre-échange nord-américain (Aléna). Elle reflète également la détérioration des relations entre les deux pays « extrêmement préoccupante » avant la sixième ronde de discussions qui doit se tenir à Montréal du 23 au 28 janvier. Le Canada estime que l'administration Trump ne comprend que le rapport de force, poursuit-il. « Quand les gens voient que vous êtes fermes, vous gagnez le respect », abonde le ministre canadien du Commerce international François-Philippe Champagne.

 

(Repère : Climat, Unesco, nucléaire iranien, migrations...les symboles du désengagement américain)

 

« Confrontation »
Selon M. Champagne, le Canada a toujours eu une approche constructive. Il reconnaît l'importance des États-Unis, premier partenaire commercial du pays. « Mais je pense que nos homologues américains comprennent quand vous êtes forts », dit-il. Le Canada approche cette nouvelle session de discussions avec de la « bonne volonté » et espère un « dénouement positif », a assuré hier la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland mais à condition que « la bonne volonté soit présente chez tous les participants », a-t-elle prévenu, en référence aux rumeurs persistantes d'un retrait américain. Les trois pays se sont donné en théorie jusqu'à fin mars pour renégocier l'Aléna, en vigueur depuis 1994. Mercredi, une source gouvernementale canadienne avait néanmoins fait état d'un possible retrait des États-Unis.

« Le Canada a choisi la confrontation. Il est sur une ligne dure et les États-Unis n'apprécient pas », reprend Monica de Bolle, experte au Peterson Institute for International Economics (PIIE). Ce qui n'est pas, selon elle, une véritable surprise si l'on se souvient du début des discussions en août dernier. « Nous allons peut-être vivre des moments dramatiques », avait en effet averti Chrystia Freeland. « Nous nous engageons à conclure un bon accord, pas n'importe quel accord », avait-elle martelé. Depuis, le gouvernement canadien n'a eu de cesse de dire qu'il défendrait bec et ongles les intérêts des travailleurs et entreprises canadiens. Il a aussi systématiquement contesté l'imposition de droits douaniers par les États-Unis. Car si le Canada est très dépendant du marché américain, les États-Unis le sont aussi : environ 9 millions d'emplois américains dépendent ainsi du commerce et des investissements avec le Canada. « Ils sont tous interdépendants », relève Monica de Bolle, ce qui atténue la menace d'un retrait américain.

 

(Pour mémoire : Visite de Trudeau en Chine : signature de trois accords commerciaux)

 

Produits mexicains intouchables
Le Mexique a, lui, adopté une attitude plus flexible, répétant sa volonté de trouver un accord « gagnant gagnant » et se disant prêt à des concessions pour y parvenir. C'est que l'économie en voie de développement ne joue pas sur un pied d'égalité. Avec 80 % de ses exportations destinées aux États-Unis, l'Aléna est vital pour le pays. Et puis, si Trump dénonce le colossal déficit commercial avec le Mexique (plus de 64 milliards de dollars), la situation n'est pas la même qu'avec le Canada. Sur les produits canadiens, le ministère du Commerce américain est en effet saisi à la demande d'entreprises américaines s'estimant menacées par les importations canadiennes à l'instar du constructeur aéronautique Boeing qui dénonçait les subventions dont aurait bénéficié Bombardier pour ses Cerises. S'agissant du Mexique, l'administration Trump « ne peut pas arguer que les travailleurs mexicains ont reçu des subventions de l'État pour leurs bas salaires », observe Patrick Le Blond, professeur à Ottawa. « Les États-Unis n'ont pas l'opportunité de cibler spécifiquement des entreprises ou industries mexicaines », ajoute-t-il. Car dans le secteur manufacturier, nombre de produits importés du Mexique sont fabriqués par des entreprises américaines implantées au Mexique. Et ces produits n'étant plus fabriqués aux États-Unis comme les télévisions, il ne se trouve pas d'entreprises pour protester auprès de l'administration Trump.

 

 

Pour mémoire

Le monde des affaires mobilisé pour éviter un retrait américain de l’Aléna

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