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Moyen Orient et Monde

Iran : les Européens veulent offrir une troisième voie à Trump

Décryptage

Paris, Londres et Berlin ont réaffirmé hier leur volonté de préserver l'accord nucléaire tout en souhaitant imposer de nouvelles lignes rouges à Téhéran.

12/01/2018

Il y a quinze ans, les Européens avaient été incapables de s'entendre sur une position commune concernant la guerre en Irak. Tandis que les Britanniques appuyaient avec véhémence l'intervention américaine, les Français, et dans une moindre mesure les Allemands, étaient montés au créneau pour s'y opposer, quitte à mécontenter leurs partenaires de l'OTAN. Les Anglais bombaient leurs torses aux côtés de leur allié historique avant de le regretter quelques années plus tard. Les Français pouvaient alors se targuer d'avoir été du bon côté de l'histoire, mais il n'empêche : ils n'ont pas pu éviter cette guerre. Dans leur ensemble, les Européens en sont ressortis affaiblis, même si Paris a renforcé son crédit dans le monde arabe.

Quinze ans plus tard, les Européens ont semble-t-il compris l'importance d'avoir une position commune pour éviter une nouvelle guerre d'envergure au Moyen-Orient. Alors que le président américain Donald Trump multiplie les discours hostiles envers l'Iran, renouant avec une rhétorique intégrant la République islamique au sein de « l'axe du mal », les Européens cherchent à contenir l'agressivité américaine en préservant le dialogue avec l'Iran. La position des Européens est on ne peut plus claire : il faut préserver l'accord nucléaire, vivement critiqué par le président américain, tout en imposant de nouvelles lignes rouges à Téhéran.

Réunis hier avec le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, les Européens ont réaffirmé l'urgence de défendre l'accord nucléaire alors que Donald Trump devrait décider demain s'il souhaite ou non le certifier à nouveau, comme il est censé le faire tous les trois mois. Cet accord « fonctionne, rend le monde plus sûr et empêche une course à l'armement nucléaire potentielle dans la région », a martelé Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'Union européenne. « Nous pensons que c'est un succès diplomatique considérable, c'est un moyen d'empêcher l'Iran d'acquérir des armes nucléaires », a souligné le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. « Il n'y a pas aujourd'hui d'indication qui pourrait laisser un doute sur le bon respect par la partie iranienne de l'accord, puisque l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) confirme régulièrement (sa) bonne mise en œuvre », a fait valoir son homologue français, Jean-Yves Le Drian.

 

(Lire aussi : Les choix limités de Trump face à l’accord nucléaire iranien)

 

Deux obstacles
Pour rassurer les inquiétudes américaines, ainsi que celles de leurs alliés au Moyen-Orient, les trois pays européens signataires de l'accord nucléaire ont toutefois critiqué la politique iranienne dans la région. « Si l'on veut construire un soutien mondial à cet accord, il faut clairement que l'Iran montre qu'il peut se comporter en bon voisin dans la région », a commenté M. Johnson. Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, les Européens auraient obtenu un accord de principe de la part de M. Zarif pour commencer un « dialogue ». « Il y aura un dialogue avec l'Iran sur un changement de comportement dans la région que nous voyons comme une nécessité. L'Iran a, c'est bien connu, d'autres positions », a ajouté Sigmar Gabriel.

Alors que Donald Trump n'aurait toujours pas décidé s'il souhaite ou non certifier l'accord, les Européens cherchent à lui démontrer qu'il existe une troisième voie permettant à la fois de sauver l'accord et d'éviter une confrontation avec l'Iran. Ils profitent, dans une certaine mesure, de l'illisibilité de la politique américaine sur ce dossier pour prendre l'initiative afin de parvenir à une solution diplomatique. La tâche européenne est toutefois d'autant plus ardue qu'elle devrait se confronter à deux obstacles d'importance. Premièrement, l'imprévisibilité de M. Trump et sa capacité à prendre des décisions qui isolent Washington vis-à-vis de ses alliés. Deuxièmement, la rigidité de l'Iran qui ne semble pas ouvert à des négociations concernant le contrôle de son activité balistique ou l'encadrement de son rôle au Moyen-Orient. Même si M. Zarif a donné son accord de principe sur des discussions à ce sujet, il n'a pas la main sur ces dossiers qui relèvent exclusivement de la volonté du guide suprême et des pasdaran.

En marge de ses vœux à la presse le 3 janvier dernier, le président Emmanuel Macron a mis en garde contre les risques d'une nouvelle guerre contre l'Iran. « On voit bien le discours officiel qui est porté par les États-Unis, Israël, l'Arabie saoudite, qui sont nos alliés à de nombreux égards, c'est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran », a-t-il expliqué en soulignant sans davantage de précisions qu'il s'agissait d'une « stratégie délibérée de certains ». Marqué par le positionnement français durant la guerre de 2003, Emmanuel Macron veut tout faire pour que la France, et plus généralement les Européens, soit une nouvelle fois du bon côté de l'histoire. Tout en laissant entendre que compte tenu du contexte actuel, et au-delà de la question du nucléaire, cela pourrait une nouvelle fois ne pas suffire à empêcher la guerre.

 

 

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Mechelany Jacques

Il serait surtout souhaitable qu'en contrepartie du maintien de l'accord sur le Nucléaire Iranien, L'Union Européenne mette comme préalable le respect par l'Iran de la souveraineté des pays de la région, le retrait total des armes offensives et balistiques du Hezbollah du Liban et l'arrêt du financement et de l'armement d'une milice agissant en dehors du contrôle de l'Etat Libanais souverain.

L'Union Européenne ne peut pas prôner des principes républicains et le respect du droit international et fermer les yeux sur ce qui constitue la plus grande menace actuelle pour le région et pour la Republique du Liban.

Messieurs Macron et Le Drian int agi positivement en permettant au Premier Ministre Libanais de rentrer dans son pays et recouvrer ses fonctions, il est temps qu'ils agissent de même pour que la souveraineté de l'Etat Libanais soit restaurée de manière durable et pérenne.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MOHAMMAD JAVAD ZARIF SE MOQUE DE TOUS CES EUROPEENS.
L,IRAN CONTINUE SUR SA LANCEE DES ARMES BALISTIQUES ET DES PROVOCATIONS REGIONALES PROFITANT DE CE MAUVAIS ACCORD NUCLEAIRE...

gaby sioufi

tres drole!
l' EU , en d'autres termes , veut trouver moyen de convaincre les iraniens d'appliquer integralement les desiderata - exigensces americains ?

SOUHAITONS LEUR COURAGE & SUCCES.

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