Déchets : une année pour (quasiment) rien

Des monceaux de déchets, sur le littoral à Jiyé, au sud de Beyrouth, en novembre 2017. REUTERS/Aziz Taher

Liban - rétro 2017
09/01/2018

Si 2015 a été l'année du déclenchement de la crise des déchets, et 2016 celle des solutions controversées en demi-teinte, 2017 aura été celle de l'échec annoncé et des reports successifs.
En effet, dès les premiers mois de l'année, les déclarations alarmistes sur la saturation précoce des deux décharges de Costa Brava et de Bourj Hammoud-Jdeideh – pilier du plan gouvernemental de mars 2016, et gérées par des entrepreneurs privés – se succédaient à un rythme inquiétant. Sous l'impulsion de l'ancien ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, parrain du plan de 2016, ou encore du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR), chargé des adjudications et de la gestion globale du dossier, cette éventualité est devenue un leitmotiv bien ancré dans les esprits.


En même temps, un autre refrain de longue date se faisait plus insistant : l'adoption de l'incinération avec récupération d'énergie, technologie bien connue sous son nom anglais « Waste to Energy », comme solution à long terme. À la faveur d'une fameuse réunion du Conseil des ministres, en octobre, juste avant l'épisode rocambolesque de la démission du Premier ministre Saad Hariri, début novembre, les deux volets de cette même affaire se sont rejoints : d'un coup, les ministres ont demandé au CDR d'étudier l'agrandissement des deux décharges – déjà controversées pour la pollution de la mer qu'elles provoquent (elles sont toutes les deux côtières) – et ont approuvé le cahier des charges pour les incinérateurs.
Loin de constituer une avancée, ces deux mesures ont provoqué un tollé auprès de la société civile, même si cela fait un bon moment que les autorités n'y prêtent pas attention. L'opposition aux incinérateurs vient pourtant aussi des universitaires : en mars, une équipe pluridisciplinaire de l'Université américaine de Beyrouth (AUB) a expliqué en détails pourquoi l'incinération n'est pas du tout adaptée au contexte libanais du fait du risque de pollution (si elle n'est pas gérée à la perfection), du coût exorbitant et de la nécessité d'un contrôle sans faille qui n'est pas le fort du système libanais... Rien n'y fait cependant, et l'attention reste focalisée sur l'achat de grands incinérateurs. Il reste toutefois un facteur des plus imprévisibles : la grogne populaire, une fois que les sites seront choisis.
Mais entre-temps, alors qu'il faut au moins trois années pour construire un incinérateur (de l'avis des experts), une solution à court terme doit être décidée. Là aussi, toutes les solutions de gestion durable ont été ignorées par le gouvernement au profit de l'agrandissement des deux décharges, déjà controversées et faisant l'objet de plusieurs procès en justice pour la pollution qu'elles causent.

 

Un coût de 200 millions de dollars ?

En d'autres termes, la « stratégie » du gouvernement en matière de gestion des déchets reste la même qu'il y a vingt ans, quand le plan d'urgence de 1997 avait été mis en application après la fermeture de l'ancien dépotoir de Bourj Hammoud (qui a servi durant les années de guerre civile). Cette « stratégie » se résume comme suit : attendre que la situation s'envenime après de multiples atermoiements, en vue d'imposer des solutions les moins écologiques et les plus onéreuses possibles, sous prétexte qu'« il n'y a plus d'alternative possible ». Ou encore, la menace très efficace – depuis la crise déclenchée en juillet 2015 par la fermeture de la décharge de Naamé – d'un « retour des ordures dans les rues ».


Et malgré l'opacité des politiques gouvernementales de gestion des déchets, des chiffres sont régulièrement révélés par des sources officieuses. On estime donc à quelque 200 millions de dollars le coût de l'agrandissement des deux décharges (un chiffre récemment dévoilé par le Mouvement écologique libanais), sans compter les centaines de millions de dollars pour leur construction et le coût écologique inestimable.
À force de manœuvres, désormais faciles à décrypter, le gouvernement termine l'année 2017 sur un échec. L'agrandissement des décharges, qui était considéré comme acquis, n'a toujours pas été formellement décidé. Le parti Tachnag a insinué à L'Orient-Le Jour son refus, jusqu'à nouvel ordre, de l'élargissement du site de Bourj Hammoud...


L'année qui commence risque donc d'être celle des fuites en avant au niveau du dossier des déchets. Dans tous les cas, cela paraît inévitable tant que les intérêts privés des protégés de personnages influents continueront de prévaloir sur l'intérêt général, lequel exige naturellement des solutions plus simples et moins chères.

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