Le nouveau code électoral ou la boîte de pandore

Lors des législatives de 2009, à Zahlé. REUTERS/ Mohamed Azakir

Liban - rétro 2017
09/01/2018

Considérée comme une victoire reluisante du sexennat, l'adoption de la réforme électorale – après des mois entiers de marchandage entre les différentes forces politiques – aura constitué, avec le vote du budget 2017, la principale réalisation de l'année.
C'est du moins ce dont se prévaut la classe politique qui se targue d'avoir passé un cap majeur avec l'avènement d'un nouveau code électoral attendu depuis 2009, et d'un budget qui n'avait plus été voté depuis plus d'une décennie. Deux « réalisations » qui sont désormais exhibées comme on exhiberait ses galons d'honneur à l'issue d'une bataille corsée vaillamment remportée.


C'est un accouchement au forceps qui a donné lieu au nouveau code électoral adopté selon le mode de la proportionnelle de liste ouverte à une seule voix préférentielle. La réforme a par ailleurs prévu un découpage des circonscriptions inégal, concocté à la juste mesure des formations politiques, ce qui a fini par déformer l'esprit même de la proportionnelle. La classe politique avait, rappelons-le, pratiqué la procrastination à l'envi par une triple prorogation du mandat parlementaire, évitant comme la peste un nouveau test de popularité.


Inutile d'évoquer les multiples obstacles qui ont jalonné le processus de la mise en place de la réforme électorale et les tergiversations dues aux pronostics et anticipations testés à la calculette, avec en vue toute les combinaisons d'alliances potentielles et possibles en vue de s'arroger la part du lion dans le prochain Hémicycle.
On se souvient des acrobaties techniques auxquelles se sont livrés les politiques en coulisses, avec l'introduction de concepts inédits au Liban, tels que le seuil d'éligibilité, le coefficient électoral ou encore le vote préférentiel. Autant de recettes innovatrices mises en place dans l'espoir de contrôler, dans la mesure du possible, les contrecoups de la réforme. Cette gesticulation rappelle drôlement d'ailleurs le scénario de la résurrection forcée, en 2008 à Doha, de la loi électorale de 1960, revue et corrigée selon les besoins de cette période.

 

On n'oublie pas non plus le parachutage en dernière minute de la carte d'identité biométrique, mue en carte électorale et devenue d'un coup incontournable. Encore moins les mystères qui ont entouré les bénéficiaires de cette « valeur ajoutée » qu'apporterait, lors de cette consultation, la biométrie à laquelle on a fini par renoncer.


Il reste à voir si cette convulsion préélectorale va servir au final les objectifs escomptés par les différentes forces politiques qui, tout en préconisant le sacro-saint principe de l'alternance et du renouveau, n'espèrent en définitive qu'un retour en force et une nouvelle consécration de leur emprise sur le pouvoir, verrouillé depuis des décennies.


Certes, le nouveau code électoral n'a pas encore été testé, et les surprises – rendues minimes puisque la masse électorale favorable à l'une ou l'autre partie est connue d'avance – sont à prévoir. D'où la possibilité de connaître plus ou moins à l'avance les grandes tendances, quelles que soient les alliances en place.
Depuis l'épisode de la démission-surprise du Premier ministre, Saad Hariri, et la série de développements rocambolesques qui ont suivi, on évoque de plus en plus un renversement d'alliances, ou plutôt une nouvelle coalition à cinq têtes. Celle-ci aura été générée par le rapprochement inopiné entre le chef du gouvernement, d'une part, et le Courant patriotique libre et le Hezbollah, d'autre part, promus « sauveurs » pour avoir contribué au retour de M. Hariri au bercail après ses péripéties à Riyad.


À la lumière de la complexité des nouvelles techniques introduites et de l'impossibilité d'évaluer à l'avance le seuil d'éligibilité dans l'une ou l'autre des circonscriptions élargies à la faveur de la réforme, ou encore le vote préférentiel qui dépendra largement de l'humeur des électeurs, on peut dire avec certains experts que le jeu des alliances et son impact ne pas encore clairs. Loin de là. Les alliances électorales n'auront pas une valeur absolue, attestent certains experts, et ne serviront que rarement et dans des cas très précis, du fait de l'existence du vote préférentiel et de l'opération de décompte des voix, un processus mathématique complexe quasi incompréhensible pour le commun des mortels.

 

Il reste donc à voir si, en cas de recul des forces conventionnelles, les prochaines législatives (si elles ont lieu) pourront permettre l'émergence de nouvelles élites et des forces dites du changement, un peu sur le modèle du scénario qui s'est produit au cours des municipales à Beyrouth, à Tripoli et à Baalbeck. Si l'on en croit les calculs des experts, les forces issues de la société civile et les divers indépendants pourront aspirer à près de 13% des sièges si, et seulement si, ils mettent en commun leurs ressources humaines, financières et logistiques pour affronter notamment le tsunami du club des Cinq et autres forces traditionnelles, lesquelles ne manquent pas de moyens. Or, à voir de près, les forces alternatives semblent encore végéter, minées par des guerres intestines et des divergences sur la stratégie à adopter. Bref, on pourra dire qu'en dépit de certaines tendances prévisibles, le paysage électoral reste entouré, d'ici à mai prochain, d'un flou artistique difficile à déchiffrer pour l'heure.

 

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