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Affaire Marcel Ghanem : le juge d’instruction accepte d’examiner le recours pour vice de forme présenté par Boutros Harb

Liban

La comparution du journaliste-vedette a été l'occasion, hier, d'un rassemblement politique de soutien devant le Palais de justice.

05/01/2018

Le premier juge d'instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour, a accepté hier de recevoir et d'examiner le recours pour vice de forme présenté par le député Boutros Harb, avocat du journaliste Marcel Ghanem. M. Mansour avait rejeté le recours pour vice de forme présenté en décembre dernier et demandé la comparution personnelle de M. Ghanem.

C'est calme et confiant que Marcel Ghanem est arrivé hier matin au Palais de justice de Baabda, accompagné de Me Harb. Le journaliste-vedette de la chaîne LBCI a été accueilli par un sit-in de soutien en sa faveur, organisé à l'initiative de Pierre Daher, PDG de la LBCI, qui avait accusé dans les colonnes de L'Orient-Le Jour « la classe politique dans son ensemble » de « porter atteinte à la LBCI et, par le fait même, aux libertés publiques au Liban ». « J'espère que le message est arrivé à toute la classe politique et que cette affaire se terminera ici », a-t-il déclaré hier devant le Palais de justice.

Plusieurs figures politiques et médiatiques s'étaient donné rendez-vous hier devant le Palais de justice, malgré la pluie, pour manifester leur soutien à Marcel Ghanem. Parmi elles se trouvaient les ministres de l'Information, Melhem Riachi, de l'Éducation, Marwan Hamadé, les députés Samy Gemayel, Ghazi Aridi, Nabil de Freige, Dory Chamoun et Nadim Gemayel, l'ancien député Farès Souhaid, l'ancien ministre Rony Araygi, les journalistes May Chidiac et Bassam Abou Zeid, le directeur général de la chaîne NBN (représentant le mouvement Amal), Kassem Soueid, le secrétaire général du Parti communiste, Zafer Nasser, et le responsable de la presse au sein du Parti socialiste progressiste, Rami Rayès.

Marcel Ghanem est poursuivi pour avoir laissé s'exprimer, dans son émission Kalam el-Nass, un journaliste saoudien qui s'était livré à des attaques contre le président de la République, Michel Aoun, le président du Parlement, Nabih Berry, et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, les accusant d'être « partenaires du Hezbollah dans le terrorisme ». M. Harb avait justifié son recours pour vice de forme après avoir fait valoir que les actes attribués à M. Ghanem ne constituaient pas un crime.

Le juge Nicolas Mansour a donc accepté hier de recevoir le recours présenté par Me Harb et a reporté la séance au 2 février. « Si le juge répond par la positive au recours que nous avons présenté, les poursuites contre Marcel Ghanem s'arrêteront. S'il répond par la négative, nous ferons appel et présenterons un autre recours pour vice de forme », a déclaré le député-avocat à L'Orient-Le Jour. « Nous n'avons pas de problème avec la justice mais nous voulons protéger la justice du pouvoir exécutif et protéger le système démocratique parlementaire et l'indépendance des pouvoirs », a-t-il dit.

 

(Lire aussi : Mandat d'arrêt contre une journaliste)

 

« Non à la répression des libertés au Liban »
Peu avant de comparaître devant le juge, Marcel Ghanem avait parlé du « retour de la liberté de la presse au Liban ». « Nous sommes là pour dire non à la répression des libertés. Nous sommes à l'affût de toute tentative de porter atteinte aux personnes libres au Liban », avait-il dit.
Même son de cloche chez le ministre de l'Information, Melhem Riachi. « Je n'accepterai aucune forme de répression, ni en tant que ministre de l'Information ni en tant que membre des Forces libanaises », a-t-il lancé à la presse. « Nous avons vu le juge Nicolas Mansour ; il est juste et ne se laisse pas atteindre par des influences étrangères au pouvoir judiciaire. Nous sommes confiants dans la justice », a souligné le ministre.

Interrogé par L'OLJ devant le Palais de justice, et alors qu'il attendait la sortie de Marcel Ghanem, Marwan Hamadé a dénoncé une « tentative de mettre sous le joug la presse et les libertés ». « Le fait que des relents de dictature ressurgissent dans le pays, avec la présence d'une atmosphère militaire et policière, nous a portés à nous rassembler aujourd'hui comme nous nous étions rassemblés à l'époque de l'hégémonie syrienne pour protester contre la fermeture de la MTV (en 2002) », a-t-il dit à L'OLJ. « Cette affaire autour de Marcel Ghanem est très significative. Il s'agit d'un journaliste qui nous accompagne depuis des décennies et nous n'allons pas laisser les journaux s'effondrer ou les écrans s'éteindre », a souligné M. Hamadé.

Pour Samy Gemayel, « ce qui se passe est un message pour tous les journalistes qui consiste à dire que chaque personne tenant des propos non conformes aux orientations officielles sera traînée en justice ». Le chef des Kataëb a invité les journalistes « à défier cet état des choses et à exprimer leur avis ». « Nous sommes venus dire que les prochaines élections législatives seront indépendantes », a encore lancé M. Gemayel, rappelant les questionnements sur le timing de l'affaire Marcel Ghanem, à quelques mois des législatives prévues en mai.

« Nous ne voulons pas d'un régime policier », a lancé la journaliste May Chidiac, venue également prendre part au sit-in en faveur de Marcel Ghanem. « On commence à ressentir une ambiance qui n'est pas saine. Les libertés sont en train d'être bafouées », a-t-elle mis en garde. « Peut-être a-t-on choisi Marcel Ghanem pour donner un exemple et frapper très fort. Le mieux serait de clore ce dossier de la façon la plus digne. Ils n'auront pas Marcel Ghanem ni les libertés au Liban », a martelé Mme Chidiac. Commentant la séquence télévisée pour laquelle M. Ghanem est poursuivi, Mme Chidiac a souligné : « Marcel Ghanem a bien fait son travail. Il s'agissait d'un duel avec arbitre et il a donné la parole aux deux journalistes. Il n'a pas prononcé un mot contre qui que ce soit. »

 

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