Campus

Enlever ou porter le voile, un choix totalement assumé...

REGARDS CROISÉS
30/12/2017

Yemen, étudiante en biochimie, et Farah, prospectrice médicale, ont un rapport différent avec le voile. Les deux jeunes femmes libanaises racontent.

Farah, 28 ans, est prospectrice médicale. « Lorsqu'il y a un an, j'ai décidé d'enlever le voile, j'ai ressenti une liberté et une indépendance incroyables. »

« Je n'ai jamais appartenu à ces personnes qui considèrent que la religion est la source principale de tous nos comportements. Je suis certes croyante, je prie et je jeûne comme tous les musulmans, mais, ayant un caractère très indépendant et fougueux, je n'acceptais plus que l'on m'impose des choses dans ma vie auxquelles je n'ai jamais été convaincue », poursuit-elle. « Depuis l'âge de 9 ans, ma famille, ultrareligieuse, me mettait la pression pour me voiler. Évidemment je refusais, n'étant pas encore prête. À l'âge de 19 ans, je me suis voilée, beaucoup plus pour en finir avec cette pression familiale que par conviction. Mais j'étais très malheureuse. Je sentais ce voile comme un poids sur ma tête. À chaque fois que je postulais pour un emploi à Beyrouth, et même dans ma région au Nord, on me le refusait, parce que j'étais voilée. On me l'a bien fait sentir. Lorsque j'ai compris cela, je précisais dans mes interviews téléphoniques, avant d'y aller, que j'étais voilée. On me répondait alors de ne pas me déranger. Le jour où je suis entrée dans le monde du travail en tant que prospectrice médicale et pharmaceutique, il y a quatre ans, j'ai senti que ce voile m'étouffait et surtout qu'il me faisait rater beaucoup d'opportunités. »
« Il y a un an, j'ai pris ma décision et j'ai enlevé le voile. La réaction autour de moi a été terrible. Je devais affronter le regard des gens dans la rue, leurs propos désobligeants, entendre les critiques de mes oncles et cousins qui sont restés cinq mois sans me parler. Ma mère et mon père n'étaient absolument pas d'accord avec ma décision. Mais ils ne pouvaient plus me voir malheureuse. Au travail, au contraire, ils ont accepté ma décision, à l'exception de certains médecins religieux pour qui cette idée est impensable. Quant à mes amies, celles qui auraient voulu prendre cette décision, mais n'osaient pas le faire de peur d'affronter le regard de la société et de leur famille, elles ont suivi mon acte. Elles ont enlevé le voile. Les autres hésitent encore », précise Farah. « Il faut certainement beaucoup de courage pour entreprendre ce pas, mais moi je les encourage à le faire, à condition qu'elles soient convaincues et prêtes à affronter la société. Finalement, c'est une décision qui les concerne et qui ne regardent nullement les autres, dans la mesure où elles ne font de mal à personne. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus sereine. Je mène une vie normale, je sors, je vais à la plage, tout en respectant les principes de mon éducation. Et tous respectent ma décision. Et c'est cela le plus important ! »

 

(Pour mémoire : A l'AUB, une étudiante se plaint de ne pas entendre, son professeur critique son voile)

 

Yemen, 24 ans, est étudiante en biochimie au CEULN de l'USJ à Tripoli. « Lorsque j'ai décidé, il y a trois ans, de porter le voile, je n'ai reçu que des grâces dans ma vie. »

Elle sourit : « Je n'ai jamais pensé porter le voile auparavant. C'était une question qui ne me concernait pas. J'ai toujours mené une vie très libérale, aimant sortir, m'habiller et m'amuser, avec évidemment certaines restrictions vu le milieu à Tripoli où je vis. Je priais par principe, sans trop de ferveur. Et depuis toujours, je voulais aller à La Mecque, juste par curiosité, pour voir cet engouement que racontent les personnes qui vivent cette expérience. Le jour où j'ai entrepris ce voyage, toute ma vie a basculé. J'ai ressenti comme une révélation, une ferveur mystique extraordinaire, un bouleversement que je ne saurai décrire. Au fur et à mesure que les mois passaient, je sentais beaucoup de ferveur et, surtout, je rencontrais des grâces à chaque instant de ma vie. Je me suis mise à prier cinq fois par jour pieusement. J'ai également éprouvé le besoin de me voiler », explique-t-elle. « J'en ai parlé à ma famille. Certains ont critiqué ma décision, me jugeant trop jeune pour me voiler. Mes parents eux, m'ont comprise. Ils étaient heureux. Et pourtant, ils ne m'avaient jamais poussé à le faire. D'ailleurs ma mère ne porte pas le voile, mes sœurs non plus. Elles ont tout juste modifié un peu leur façon de s'habiller, éliminant les vêtements cintrés par respect pour moi. »
« Ma décision a été prise, le jour où ma meilleure amie a bravé l'autorité de ses parents, qui l'avaient menacée de la chasser de la maison si elle se voilait. J'ai décidé à mon tour de le faire. J'ai changé alors toute ma façon de me vêtir. J'ai éliminé de ma garde-robe les vêtements qui moulent le corps, troqué mes jupes cintrées pour des pantalons et des manteaux plus amples. Pour continuer à aller nager, je me suis achetée un burkini élégant. Malheureusement, les plus grandes plages privées au Nord, appartenant à des musulmans, interdisent le port du burkini. Ça dérange la vue de ceux qui s'y baignent, alors que certains nagent habillés », regrette Yemen. « Beaucoup de mes amies, qui connaissaient ma façon de vivre, m'ont critiquée. Elles ne comprenaient pas mon besoin de me voiler la tête et de changer de vie. Mais celles qui avaient envie de porter le voile, sans oser faire le pas, se sont voilées après m'avoir vu le porter aussi élégamment. Malheureusement, la nouvelle génération d'aujourd'hui n'a aucun respect pour ce voile. Elle laisse voir le cou ou le bras, porte des vêtements moulants. Et c'est complètement inadmissible dans notre religion. Ce voile a perdu tout son vrai sens. Et c'est cela le plus révoltant ! »

 

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