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Liban

Les communautés libanaises réclament à l’unanimité « un statut spécial » pour Jérusalem

Sommet interreligieux à Bkerké

Mohammad Sammak : La décision du président Trump est « une provocation pour plus de trois milliards de personnes »

Fady NOUN | OLJ
15/12/2017

Malgré son côté apparemment formel, le sommet interreligieux qui s'est tenu hier à Bkerké fera date, en raison de la gravité de la question qu'il aborde, celle du statut de la ville de Jérusalem. Allant à l'encontre de presque toute la communauté internationale, ainsi que contre les appels répétés du Vatican a doter la Ville sainte d'un statut spécial garanti par la communauté internationale, le président américain a en effet pris la décision jugée « malencontreuse » de déclarer unilatéralement que Jérusalem est la capitale d'Israël.
Sans préjuger des conséquences juridiques internationales de cette décision américaine, et dans le sillage des déclarations récentes prises récemment à ce sujet par la Ligue arabe et l'Organisation de la conférence islamique, les chefs des communautés religieuses au Liban, chrétiennes et musulmanes, réunis à Bkerké, ont décidé de faire front commun à cette décision lourde de conséquences du président américain, fermement, mais sans véhémence particulière.

La déclaration est axée sur, à la fois, les « droits religieux » des religions monothéistes à leurs espaces dans la Ville sainte, comme aux « droits nationaux » des Palestiniens de ne pas être privés de leur capitale.
Mais ce qui la caractérise surtout, c'est d'être à côté de la voix chrétienne émanant du Saint-Siège ou musulmane résonnant à Istanbul, la précieuse voix islamo-chrétienne que le Liban est bien placé pour faire entendre. C'est au point que le monarque hachémite, le roi Abdallah, s'est senti le besoin de joindre l'ambassade du Liban à Amman pour transmettre à l'ambassadeur son admiration ; l'on ne cache pas, du reste, dans les milieux libanais concernés, que la position des chrétiens du Liban sur Jérusalem leur vaudra de précieux dividendes dans tout le monde arabe.

Il n'est jusqu'au président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Abdel Amir Kabalan, qui n'ait tenu à marquer son admiration pour le Liban islamo-chrétien. Parlant de la position du chef de l'État lors du sommet islamique tenu sur les rives du Bosphore, il l'a désigné d'abord comme « Mohammad Michel Aoun », avant de se reprendre et d'en faire « l'imam Michel Aoun ».

 

(Lire aussi : Ambassade du Liban à Jérusalem : projet ambitieux ou surenchère politique ?)

 

Extraits
Voici de larges extraits du communiqué final des chefs religieux, tel que lu par le secrétaire général du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien, Mohammad Sammak :
« La ville de Jérusalem abrite des sites historiques sacrés pour les religions monothéistes, comme l'église du Saint-Sépulcre et la Grande Mosquée (al-Aqsa). Ce n'est pas une ville ordinaire comme le sont les villes du monde, mais elle occupe une place privilégiée dans la conscience des fidèles de ces religions. De ce fait, la décision du président américain, basée sur des calculs politiques privés, constitue une provocation pour plus de trois milliards de personnes et affecte profondément leur foi ».
« Les responsables religieux ont rappelé que « tous les dirigeants du monde ont décidé de respecter les résolutions de l'ONU qui tiennent Jérusalem et la Cisjordanie comme des territoires occupés, et en vertu de cet engagement légal et éthique, se sont abstenus d'ouvrir leurs ambassades dans la Jérusalem occupée. Même les États-Unis se sont associés à cette politique jusqu'à la malencontreuse décision du président Trump prise le 6 décembre 2017 d'en violer les dispositions ».
« Cette décision, conviennent les personnalités religieuses réunies, contrevient non seulement aux lois et conventions internationales, mais porte atteinte aussi à la symbolique de la Ville sainte, comme centre spirituel universel, où le nom de Dieu est invoqué tout haut et dans une convergence religieuse des valeurs de toutes les religions monothéistes. »
« La modification de cette noble image de la Ville sainte, la dénaturation de sa mission spirituelle que constitue cette décision et le fait de considérer cette décision comme un fait accompli (...) sont un défi aux sentiments religieux comme aux droits nationaux des Palestiniens. »
« Les personnes réunies saluent le peuple palestinien, et spécialement les habitants de la Ville sainte, et saluent leur résistance à l'occupation et aux tentatives de modifier l'identité religieuse et nationale de la ville. »
« C'est pourquoi, poursuit le communiqué, les personnalités réunies invitent les membres de la communauté internationale à œuvrer ensemble afin de faire pression sur l'administration américaine afin que celle-ci revienne sur une décision à laquelle fait défaut la sagesse nécessaire aux artisans de paix véritables. »
« Ils en appellent aussi à l'opinion publique américaine (...) pour que des voix s'élèvent haut en signe d'avertissement au président Trump et à son administration, aux dangers de cette décision injuste qui plonge le Proche-Orient dans un nouveau cycle de violence qui vient s'ajouter à de nombreux autres. »

 

(Lire aussi : Ambassade du Liban à Jérusalem : la proposition de Bassil, plus morale que pratique...)

 

Implantation
« Les personnalités réunies redoutent grandement que la décision unilatérale du président Trump de se retourner contre une importante résolution de la légalité internationale relative à la cause palestinienne ne le conduise aussi à se retourner contre d'autres résolutions similaires, y compris à celle qui touche au droit des Palestiniens à s'autodéterminer et à revenir dans leur pays occupé, ce qui se répercute directement sur le Liban, qui accueille environ 500 000 réfugiés depuis 1948 et qui rejette dans le préambule de sa Constitution tout projet d'implantation ouverte ou masquée.

« Enfin, les chefs religieux se sont montrés attachés à la formule de convivialité entre chrétiens et musulmans, dans une parfaite égalité civique, et de leur appui à la position officielle du Liban, notamment du projet proposé par le président de la République Michel Aoun devant les Nations unies, qui vise à considérer le Liban comme centre international de dialogue entre les religions et les cultures. »
Le patriarche Béchara Raï, en ouverture de la réunion, avait déclaré : « La plupart d'entre nous ont exprimé leur refus de cette décision, de manière individuelle ou dans le cadre de leur communauté. Aujourd'hui, nous nous réunissons afin d'exprimer, d'une seule voix, notre refus commun. »
« Nous réclamons, tout comme l'a fait l'Organisation de la conférence islamique, l'application des lois internationales votées depuis 1947, surtout la résolution 181 du 29 novembre 1947, en vertu de laquelle Jérusalem a un statut spécial (...) », a conclu Mgr Raï.

Ont pris part au sommet interreligieux le patriarche maronite, le mufti de la République, le président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Abdel Amir Kabalan, le cheikh Akl druze, le catholicos Aram Ier, les patriarches des arméniens-catholiques et des grecs-catholiques, Youssef Abdo, le patriarche des syriaques-orthodoxes et des syriaques-catholiques, un représentant du patriarche grec-orthodoxe, le vicaire apostolique des latins César Essayan, le président de la communauté évangélique au Liban et en Syrie, le rév. Salim Sahyouni, le vicaire du conseil alaouite, un représentant de l'Église copte-orthodoxe, un représentant de l'Église chaldéenne, un représentant de l'Église copte-catholique et les membres du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien.

 

Lire aussi

Bassil aux ministres arabes des AE : Soit nous agissons maintenant, soit nous pouvons dire adieu à Jérusalem !

Diplomatie de crise ou en crise ?, l'éditorial de Issa GORAIEB

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Eleni Caridopoulou

Fière d'être Libanaise et vive le Liban

Wlek Sanferlou

Manquait à l appel l inventeur du monothéisme et d'où les autres ont cousus leurs traditions ... En plus ils contrôlent la sainte ville...
Quelle misère

Irene Said

On aimerait voir une telle "unanimité" de nos 18 communautés libanaises les souder concernant les problèmes de notre société comme:
le mariage des fillettes mineures
le divorce
la violence faite aux femmes
etc.
En attendant, on peut toujours rêver de Jerusalem...
Irène Saïd

Sarkis Serge Tateossian

Une telle initiative a le mérite de souder les communautés autour de positions claires et fédératrices, envoie un message aux yeux des observateurs étrangers, et conforte la position de l'État libanais.

Très beau symbole

gaby sioufi

mais qui doutait de l'UNION sacree des libanais entre eux ?
PERSONNE !
mais qui croyait que le clerge des 18 communautes religieuses au liban avaient droit a autre chose qu'a la parole ?
PERSONNE !
vous devinez la suite .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BONNE INITIATIVE !

Yves Prevost

Dans le cadre d'un statut spécial international, Jérusalem pourrait devenir capitale à la fois d'Israël et de la Palestine, ce qui satisferait la fois Trump et Bassil, mais seulement dans ce cadre.

Bery tus

ca c'est super .. il faut renforcer encore plus cella qui date depuis 75 ans !! Bravo aux communautés libanaises

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