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Liban

« Mais qui est donc Donald Trump pour décider du sort de Jérusalem ? »

Témoignages

Des intellectuels et des cadres libano-palestiniens parlent de la Ville sainte à « L'Orient-Le Jour ».

08/12/2017

Ils ont tous la nationalité libanaise. D'origine palestinienne, ils sont nés à Beyrouth. Leur appartenance au Liban ne leur a jamais fait oublier qu'ils sont les enfants de personnes spoliées de leur terre. La déclaration du président américain Donald Trump sur le statut de Jérusalem, reconnaissant la ville comme capitale d'Israël et promettant d'y transférer l'ambassade US de Tel-Aviv, n'a fait que remuer le couteau dans une blessure âgée de 70 ans.

« Cela fait trois jours que nous cachons la nouvelle à ma mère. Elle a 85 ans, elle est originaire de Jérusalem et sa famille vit encore là-bas », raconte Maha, qui tient à préserver l'anonymat, ne dévoilant que son prénom. « Mon père est libanais, ma mère palestinienne, ils se sont mariés à Bethléem où mon père travaillait pour l'Organisation mondiale de la santé. J'avais dix ans en juin 1967, je rendais visite à mes grands-parents maternels quand Jérusalem(-Est) est tombée. J'ai été bloquée là-bas. La Croix-Rouge internationale m'a rapatriée au Liban et ma mère, qui était restée à Beyrouth, en état de choc, a accouché de ma sœur. Je pense qu'elle n'a jamais perdu espoir de retrouver sa terre », soupire-t-elle. « Nous allions à Jérusalem en avion ou en voiture. Je me souviens du chemin de la Croix dans la vieille ville le vendredi saint, de ma première visite à la mosquée d'al-Aqsa et de Bab el-Amoud. Je n'y ai pas mis les pieds depuis 1967, mais Jérusalem et Beyrouth portent la même place dans mon cœur », ajoute-t-elle.

 

(Lire aussi : Pas de crainte d’escalade dans les camps, selon l’ambassadeur de Palestine à Beyrouth)

 

« La déclaration de Trump est comme un dernier clou dans le cercueil des habitants de Jérusalem-Est, ceux-là mêmes qui paient jusqu'à 80 % de taxes immobilières, qui ne peuvent que difficilement avoir des autorisations pour restaurer leurs maisons, et cela lorsqu'ils ne sont pas carrément spoliés de leurs terres du jour au lendemain. Sans compter les humiliations qui leur sont faites au quotidien », s'insurge-t-elle.

« Ma mère est rentrée à Jérusalem quelques jours en 1981 pour enterrer son père. Elle a dormi sur le pont du roi Hussein (reliant la Jordanie à Israël) toute une nuit pour pouvoir passer. Les gardes-frontières israéliens lui ont dit : "Allez divorcer de votre mari libanais et revenez." C'est comme si en épousant un étranger, elle avait perdu son appartenance à Jérusalem, à la Palestine », soupire Maha.

Walid Alami est cardiologue, il est né de mère libanaise et de père palestinien. Il a aussi vécu trente et un ans aux États-Unis. « Aucun étranger n'a le droit de décider du sort d'une ville donnée. Mais qui est donc Donald Trump pour décider de l'appartenance de Jérusalem ? » s'indigne-t-il. « Jérusalem reste un point litigieux des négociations de paix. Si l'option des deux États existe toujours, il faut garder Jérusalem divisée ou lui trouver un statut spécial. Si jamais la déclaration de Trump entre en vigueur, le cachet chrétien et le cachet musulman de Jérusalem disparaîtront et la ville sera entièrement judaïsée », dit-il. Il marque une pause et poursuit : « Il est facile pour nous de parler, de nous indigner et de faire des pronostics, je me demande ce que ressentent depuis trois jours les habitants de Jérusalem-Est. »

 

(Lire aussi : Le Liban fait front uni face à la tempête Trump, le décryptage de Scarlett HADDAD)

 

« La Palestine jusqu'à mon dernier soupir »
Wafa Yassir est directrice générale au Liban du Fonds des étudiants palestiniens. Elle avait été durant de longues années la présidente au pays du Cèdre du bureau de la Norwegian's People Aid. Née au Liban et mariée à un Libanais, sa famille, déplacée de Jaffa (au sud de Tel-Aviv) en 1948, était originaire du Liban.

« Il y a des gens qui disent que la Palestine n'existe plus, pourquoi faut-il faire une grosse affaire de Jérusalem, vous y croyez encore ? C'est comme si nous sommes en train d'accumuler les pertes et les échecs... Même si je ne retournerai jamais en Palestine, j'ai droit à cette terre. Il ne faut plus faire des compromis. Il faut que le monde entier comprenne que nous sommes victimes d'injustice depuis 70 ans. »

Roula Khalil est traductrice. Elle aussi est mariée à un Libanais. Son père occupait avant sa retraite un important poste à l'Unrwa (Agence des Nations unies pour les secours aux réfugiés palestiniens). « Mon papa est de Nazareth et ma maman de Jaffa. Jérusalem constituait pour nous un dernier espoir. Ils nous ont spoliés de tout, mais pour nous le statut de Jérusalem était encore négociable. C'était notre dernière cartouche dans les négociations de paix. Même si je sais que je ne vivrai pas en Palestine, je lutterai toujours pour la cause, jusqu'à mon dernier soupir. Le peuple palestinien est un peuple réfugié, il a le droit d'avoir un endroit où il se sent en sécurité, où il se sent chez lui. Et cela ne se fera qu'en Palestine », martèle-t-elle.

 

(Lire aussi : Statut de Jérusalem : Nasrallah dénonce une "nouvelle déclaration Balfour")

 

Carole Mansour, libanaise d'origine palestinienne, est réalisatrice de films documentaires. Elle raconte : « Mon père est de Haïfa et ma mère, de Jaffa, a été à l'école à Jérusalem. Ils ont été chassés de Palestine, se sont rencontrés au Liban et se sont mariés dans l'espoir de rentrer chez eux pour y élever leurs enfants... Nous avons une cause juste et c'est cette cause et ce sentiment d'injustice qui font vivre la Palestine en moi. La déclaration de Donald Trump est inacceptable. C'est le moment ou jamais de protester, sinon tout sera perdu. »

May Abboud était professeure d'université, aujourd'hui elle donne plus de temps à son hobby de céramiste. Née de parents originaires de Haïfa et de Jaffa, elle estime que la déclaration de Donald Trump « est une façon comme une autre de normaliser et légitimer une situation qui existe déjà ». « Qu'il transfère ou non l'ambassade à Jérusalem, la ville est en train d'être judaïsée depuis longtemps, son initiative ne fait qu'accentuer le processus. » Et de conclure : « Même si je n'étais pas palestinienne, j'aurais choisi de défendre la cause de la Palestine, car c'est avant tout une affaire d'injustice. »

 

 

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Gros Gnon

Il nous faut quand même admettre que Trump a réussi l’exploit de réunifier le monde Arabe...
Prémédité, ou effet boomerang?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OU BIEN MENAGER LES BARBUS POUR COURIR APRES LA TOUFFE D,HERISSON !

Sarkis Serge Tateossian

Tout ceux qui sèment et encouragent le fanatisme ...en sont les premières victimes....

Prendre du recul par rapport aux problèmes et conflits, ne fait pas partie du schéma éducatif encore moins politique de l'orient (moyen et proche orient)...

Il y a un travail à faire sur ce point précis.

1- Une société ne peut progresser sans se remettre en question

2- Se regarder dans un miroir ...

3- Procéder à une critique objective et constructive

4- Se libérer de ses préjugés ...

La liste est longue ..mais en commençant par le premier point, le reste parait facile...

stambouli robert

Le President Trump n' a rien decide
Personne n'a lu tout son discour. Il reconnait de facto que pour les USA la capitale d'Israel est Jerusalem ce qui est un fait impossible a nier et qui a ete decide par le Congres et le Senat Americain il y a plus de 30 ans , et dit que les deux parties devront s'entendre sur les tracees de Jerusaleme et confirme qu'il accepte ls deux Etats si les Israeliens et les Palestiniens font un accord ni plus ni moins

Il n'y a pas d'accord et de discussions entre les deux parties depuis des annees car tous les deux savent que ceux qui signeront un accord seront probablement et malheureusement assassinnes par les deux extremes a cause des concessions qu'ils seront obligees de faire pour parvenir justement a cet accord ( Sadate et Rabin en sont l'example )

Comment dire apres 50 et 70 ans aux palestiniens qu'il n'y aura pas de retour en Israel pour les refugies ( sauf peut etre pour 50000 par example ) et seulement un retour dans le nouvel etat de Palestine, que seul une partie de Jerusaleme sera la capitale de Palestine et pas tout Jerusaleme et que l'on admet finalement l'Etat d'Israel pour de bon mais avec des remaniemens important de toutes les frontieres de 1967
et comment dire aux extremistes israeliens qu'une partie de Jerusaleme devra etre rendue aux palestiniens et que l'expansion dont reve certains juqu'au Jourdain est impossible et irrealisable
Aujourdh'ui ces chefs sont introuvable des deux cotes

gaby sioufi

C est LE 1er JOUEUR PAR EXCELLENCE . LE 1er SANS NUL CONTESTATION.
Trump est celui dont les tweets rendent le monde entier fou
Trump est celui dont les tweets mettent le monde entier ds l'ignorance
ds l'expectative

on le deteste, on l'insulte de tous les mots soit !
MAIS IL RESTE "" THE TRUMP ""

alors au lieu de geindre, essayer d'etre plus intelligents est LA CHOSE A FAIRE.

Bery tus

je crains que par ce choix les USA ne se detourne du MO... pour s'occuper de L'EO

IMB a SPO

Rever en couleur ou Keep on dreaming...

TYAN Georges

Un forban doublé d'un sacré flibustier.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN INCAPABLE A SE MESURER AVEC L,IRAN ET LA KOREE DU NORD ET QUI A CHOISI POUR SE PREMUNIR CONTRE UNE PROBABLE DESTITUTION DE GAGNER LE LOBBY JUIF CHEZ LUI...

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