La Dernière

Lorsque la Génération Orient II fait boum !

Prix « L’OLJ » / SGBL

Hier soir, dans une ambiance festive au Music Hall, le verdict est tombé faisant trois heureux et neuf artistes fiers d'avoir fait partie de cette belle aventure.

05/12/2017

Qui pourrait aujourd'hui, sans s'exposer au ridicule, proposer une définition objective, canonique, autoritaire du beau ? Que serait donc le beau dans l'art, ou la définition de l'art tout court ? Quel est celui ou celle digne de résoudre l'énigme de l'artiste accompli ? Est-ce un véritable savoir-faire acquis, ou un mélange d'harmonie et de sublime inné ? Où interviendrait la subjectivité dans le jugement que nous portons sur une chorégraphie, un dessin, une chanson, un plat, un tatouage, ou une représentation théâtrale ?
« L'art, c'est comme tuer Prométhée, mais le ressusciter en Voltaire », avait dit un grand philosophe. L'artiste est celui qui voit ce qui n'existe déjà plus, ou ce qui n'a pas encore existé en réalité ; celui qui embrasse un art pour donner naissance à un autre ; celui qui fait jaillir de la puissance de son imaginaire, de ses tripes, son amour pour le beau.

 

LE CASTING
Ils étaient douze petits soldats cette année pour la deuxième saison de Génération Orient. Un projet ambitieux et courageux que L'Orient-Le Jour a mis en place en mai 2016 en partenariat avec la Société Générale de Banque au Liban (SGBL), une banque qui a su lire, au-delà des chiffres, un potentiel libanais d'artistes prêts à faire de la résistance, et à privilégier l'art comme seule arme de combat autorisée. Courageux, L'Orient-Le Jour, d'avoir su prendre le recul nécessaire et faire abstraction d'un pays qui vit le chaos comme une deuxième peau, la laideur comme seul horizon permis et le désordre comme un fait accompli. Le seul quotidien francophone du Proche-Orient a décidé de vous narrer cette belle histoire en espérant qu'elle fera un long chemin... Avec vous, lecteurs-électeurs.

Farid Chehab, 32 ans, chef cuisinier, aurait pu servir à dîner à Cynthia Merhej, 27 ans, illustratrice. Les dolls de Carlo Massoud, 32 ans, designer, auraient pu être captées par la rétine d'Ayla Hibri, 29 ans, photographe. Charlie Prince, 26 ans, aurait pu danser sur une scène construite par Ghaith Abi Ghanem et Jad Melki, et dont les planches raconteraient les histoires de Chrystèle Khodr, 33 ans, femme de théâtre. Alexandra el-Kahwagi, actrice de 35 ans, aurait eu le premier rôle, habillée par les doigts magiques de Salim Azzam, 26 ans, storyteller, et/ou de Timi Hayeck, 28 ans, créatrice de mode. Samer Étienne Chami, dit Etyen, 28 ans, musicien auteur-compositeur, aurait chanté cette belle épopée, et Karen Klink, 32 ans, imaginé un tatouage pour représenter ce petit monde en ébullition. Oui, ils auraient pu se retrouver à jouer ensemble la carte de la résistance, mais c'est chacun seul que les journalistes du service Culture de L'Orient-Le Jour, qui les ont accompagnés durant cette année, ont défendu, révélant leur identité à un lectorat fidèle d'abord, et face à un jury trié sur le volet ensuite.

 

Retrouvez ici, tous les artistes de la saison II de Génération Orient

 

LES COULISSES
Samedi 2 décembre, à Antworks, magnifique espace multidisciplinaire s'il en est, ces journalistes ont porté « leurs » artistes à force de mots et d'émotions face au chef cuisinier Hussein Hadid, la bédéiste Michèle Standjofski, la galeriste spécialisée en design Joy Mardini, le photographe Hady Sy, la storyteller Sarah Beydoun, la danseuse chorégraphe Mia Habis, les actrices Hanane Hajj Ali et Betty Tewtel, le musicien Zeid Hamdane, le créateur de mode Rabih Keyrouz (via Skype), l'architecte Youssef Tohmé et le tatoueur Hady Beydoun. Un jury attentif et reconnaissant pour cette initiative qui met l'art sur un piédestal et redonne aux jeunes artistes leurs galons de fiers combattants. Les journalistes ont pris la parole avec un mélange d'émotion, de détermination et de bon sens pour un cheval gagnant.

Pour avoir accompagné Charlie Prince à ses débuts, l'avoir vu grandir et évoluer, Carla Henoud évoque sa force, sa fragilité et son combat au-delà de la technique. Edgar Davidian, très touché par les aveux de son artiste, regrette qu'elle ne l'a pas regardé droit dans les yeux pour réaliser que le regard vrai de Chrystèle Khodr ne passe qu'à travers un objectif. Colette Khalaf, cinéphile engagée et passionnée, livre très émue que pour Alexandra, passion rime avec détermination. Cette jeune femme au sourire large et aux yeux gourmands a séduit la caméra très jeune et a choisi le métier d'actrice dans un parcours très ardu. Olivier Gasnier-Duparc a évoqué toute l'énergie que déploie Etyen pour une cause d'abord sociale de son art qui bouscule toutes les conventions. Quant à Zéna Zalzal, rigoureuse et méthodique, elle a offert une défense bouclée à l'émotion près de Salim Azzam, jeune prodige du storytelling. Gilles Khoury, qui s'est vu octroyer plus que le temps accordé, tellement il avait bien ficelé sa plaidoirie, photos et projection à l'appui, soulève la problématique de l'engagement dans l'architecture de Ghaith Abi Ghanem et Jad Melki, et de la singularité de Cynthia Merhej, après que Fifi Abou Dib eut insisté sur l'importance de la création de mode au Liban, et l'immense talent et sens des responsabilités de Timi Hayek. Quant à Danny Mallat, c'est d'abord la ligne de conduite du designer Carlo Massoud qui fait fi de l'aspect utilitaire ou commercial d'un objet qui l'a séduite, et le monde imaginaire et onirique de Karen Klink qui l'a envoûtée.

 

 

 

 

Le jury prend le relais à son tour avec, dans le désordre, une Hanane Hajj Ali passionnément belle, qui a défendu le théâtre libanais et revendiqué sa place sur la scène internationale en déplorant le manque de moyens que l'État met à la disposition de cette communauté ; un Zeid Hamdane qui dénonce l'exil de nos talents ; un Rabih Keyrouz qui veut encourager les talents a résister pour ouvrir la voie de la différence, un message décrypté malgré un wifi boiteux et une connexion à l'image du pays ; une Betty Tewtel qui insiste sur la persévérance et sur une caméra qui choisit telle actrice et non pas l'inverse ; un Hussein Hadid qui rappelle que la gastronomie est le seul art où on ne peut pas badiner avec l'horloge ; une Mia Habis qui axe sa plaidoirie sur l'urgence de changer l'image de la danse au Liban ; un Hady Sy qui s'interroge sur la non-importance donnée à la photographie, ce nouveau métier qui se doit absolument d'être défendu ; un Youssef Tohmé qui relève l'importance de l'engagement et de l'identité quand on veut être architecte ; un Hady Beydoun qui assure que l'art, c'est d'abord la fidélité de l'artiste et l'importance, là aussi, de l'engagement ; une Michèle Standjofski qui évoque l'urgence, pour les Libanais, de sortir de cette espèce de « branchitude » ; une Sarah Beydoun qui prône la défense de tous les patrimoines libanais ; et une Joy Mardini qui rappelle que l'essentiel dans l'art est, encore une fois, d'être en adéquation avec son identité. Mais le jury et les journalistes ne sont pas seuls dans leur décision, et le public qui a voté durant deux semaines a pesé dans la balance. Hier soir, dans une ambiance festive au Music Hall, espace détecteur de talents, le verdict est tombé, a fait trois heureux et neuf artistes fiers d'avoir quand même fait partie de cette belle aventure.

 

LA SCÈNE
Ziyad Makhoul, rédacteur en chef à L'Orient-Le Jour, prend la parole pour crier Boum ! Boum contre les embouteillages, boum contre les déchets, boum contre la politique, boum contre le marasme, boum contre tout ce qui nous empêche d'avancer. Continuer avec le sourire est peut-être la solution, mais ce qui devrait purger le mal de la société, notre remède, notre philtre, notre « pharmakon », notre molécule miracle, c'est la jeunesse de demain. « Cet antivirus porte cette année le nom d'Alexandra, de Karen, de Salim, d'Ayla, de Charlie, de Chrystèle, d'Etyen de Ghaith, de Jad, de Farid, de Cynthia, de Timi et de Carlo, les douze artistes en lice », dit-il.

Wonder Gapp, jeune groupe musical formé de quatre étudiants, attaque alors la soirée en musique.
Ziyad Makhoul reprend le micro pour raconter la genèse de Génération Orient et la magie qui accompagne cette belle aventure. Et en parlant de magie, il invite Joe Ghaoui sur scène pour présenter ses derniers tours. Et même si Génération Orient ne peut faire sortir des colombes de son chapeau, elle a le mérite d'accrocher des étoiles à la noirceur du ciel.

Et enfin, le coup de cœur de Ziyad Makhoul, Shaden Fakih, donne une leçon aux femmes : de sexe, de maintien en public, d'attitude en société, en termes géométriques, populaires, philosophiques, caustiques et particulièrement drôles. Ce quelle est... tout ça à la fois. Le public de Music Hall a du mal à la laisser rejoindre les coulisses et laisser la place au groupe Gizzmo – encore et toujours la jeunesse – rejoint sur scène par les 12 participants pour la remise des prix. Sarah Beydoun, fondatrice de Sarah's Bag et créatrice, remet le troisième prix à Salim Azzam ; Mia Habis remet le deuxième prix à Charlie Prince ; et Joanna Baloglou, de la SGBL, qui remercie L'Orient-le Jour pour cette belle entreprise, et enfin Youssef Tohmé, l'architecte urbaniste qui déclare aux lauréats que dans un monde de bruit, ils ont une architecture qui inspire le silence, remettent, ensemble, le premier prix à Ghaith et Jad sous une averse d'applaudissements. Trois trophées mais 12 gagnants. À l'année prochaine !

 

Les lauréats

Ghaith&Jad (1er prix)


Avant même d'entreprendre le moindre chantier, en installant leur studio à Mansion, cette bâtisse classée de Zokak el-Blatt qu'ils ont choisi de sauver avec un collectif d'artistes, Ghaith et Jad signaient leur ultime déclaration d'amour à Beyrouth. Depuis, les deux garçons se sont imposés comme l'un des esprits les plus vifs de leur génération alors qu'ils accumulent les récompenses (le IF Award pour l'intérieur de Starch, le prix Lafarge-Holcim de Sustainable Architecture pour un système de recyclage des décombres à Alep), et deviennent les plus jeunes architectes à intervenir sur le campus de l'AUB, lors du 150e anniversaire de l'université, sans jamais compromettre l'essence de leur travail. Animé par un élan de transmission, ce tandem dont on loue l'audace et la sincérité a ainsi fait de chacun de ses projets un plaidoyer social et environnemental, à la fois engagé et poétique, imbibé par l'art et tourné vers l'élément humain. Sur chacune de leurs maquettes, qu'ils travaillent à quatre mains comme deux gamins curieux, Ghaith et Jad ont surtout réussi à insuffler quelque chose qui transcende la pierre et le béton : l'émotion.

 

Charlie Prince (2e prix)


C'est après une licence en musique à McGill que ce jeune homme sent l'appel de la danse. A 18 ans, dans une évidence qui n'a pas eu besoin de mots, il se lance dans l'aventure en s'inscrivant d'abord à l'École supérieure de ballet du Québec. Sept ans plus tard, et après avoir décroché de nombreux prix, Charlie Prince est un danseur qui occupe les planches européennes et libanaises avec subtilité, sincérité et talent. Où qu'il soit, au Québec, à Amsterdam, en Italie ou ailleurs, il a su montrer l'étendue de ses capacités. Au Liban, il ouvre la porte à une génération de danseurs masculins, en bousculant avec douceur les mentalités et les préjugés.

 

Salim Azzam (3e prix)


C'est son attachement à ses racines, à sa communauté, qui fait revenir ce diplômé en graphic design de l'Université d'Edmonton au pays, avec pour objectif de faire du design à portée sociale. Il contribue à remettre au goût du jour les traditions libanaises et à mettre en lumière l'intelligence de la nature et l'habilité des anciens du village, agriculteurs, brodeuses... Ces dernières, qu'il associe désormais à son travail de styliste, en leur offrant du travail à domicile. Tout ce qu'il entreprend est mû par sa forte envie de partage. Il est un exemple pour les jeunes de sa génération, auxquels il montre qu'on peut être moderne, branché, sans renier ses origines et ses valeurs...

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Le casse-tête des alliances électorales...

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.