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Moyen Orient et Monde

À Gaza, la réconciliation une nouvelle fois compromise

Décryptage

La passation des pouvoirs entre le Hamas et le Fateh a été reportée au 10 décembre.

02/12/2017

La réconciliation palestinienne s'est une nouvelle fois heurtée, au cours de ces derniers jours, au déficit de confiance, aggravé par des années de conflit larvé, entre le Fateh et le Hamas. Le transfert des pouvoirs du Hamas à l'Autorité palestinienne, prévu hier et qui devait marquer la réussite du processus, a été reporté de 10 jours. La cause de ce report est le sort des dizaines de milliers de fonctionnaires à Gaza, affiliés au Fateh, au chômage technique depuis que le Hamas a pris le contrôle de l'enclave gazaouie en 2007. L'Autorité palestinienne a décidé qu'ils devaient reprendre leurs postes, quitte à remplacer leurs 40 000 homologues affiliés au Hamas. En réponse, le mouvement islamiste a bloqué l'accès aux administrations publiques. Les deux concurrents se sont alors rapidement et mutuellement accusés de vouloir faire échouer la réconciliation. En conséquence, l'application de l'accord du Caire signé le 12 octobre dernier est reportée jusqu'au 10 décembre. Cela laisse une dizaine de jours aux deux frères ennemis pour essayer de surmonter leurs différends, dans un contexte plutôt difficile.

Mahmoud Abbas, leader du triptyque OLP-Fateh-Autorité palestinienne, réclame en effet le « contrôle total » de Gaza, tant sur le plan civil que sécuritaire. Mais le Hamas, qui dirige Gaza en solitaire après en avoir chassé le Fateh en 2007, clame que le volet sécuritaire n'était pas inclus dans l'accord. « Nous ne désarmerons pas », ont affirmé ses porte-parole à de nombreuses reprises. L'Égypte, qui parraine les négociations, avait quant à elle garanti au Hamas que sa milice resterait, un premier temps, en dehors de l'accord, qui devait ne toucher que des questions de gestion. Le Hamas était censé remettre les clés des administrations publiques à l'Autorité palestinienne, en échange de quoi Mahmoud Abbas avait promis de lever les sanctions qu'il avait imposées au mouvement islamiste. La réduction de 30 % des salaires des fonctionnaires du Hamas et le refus de payer les factures d'électricité de Gaza avaient touché durement le mouvement islamiste, mais également les Gazaouis. C'est sans doute à cause de cet affaiblissement que le Hamas a accepté de se rendre à la table des négociations au Caire.

 

(Repère : Fateh et Hamas: une décennie de tensions)

 

Mais Mahmoud Abbas ne semble pas enclin à faire des gestes envers ses rivaux islamistes, d'autant plus qu'il est pressé par Israël et les États-Unis, qui voient la réconciliation d'un mauvais œil, d'adopter une position dure. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait menacé de couper ses relations avec l'OLP si les négociations ne respectaient pas certaines conditions, parmi lesquelles le désarmement du Hamas. L'administration Trump, pour sa part, a menacé de fermer les bureaux de la représentation de l'OLP à Washington si elle n'acceptait pas de reprendre les pourparlers de paix avec Israël.

Pour le Hamas, la question des armes est clairement une ligne rouge. Le mouvement islamiste s'est ainsi braqué et a bloqué l'accès de certains ministères aux fonctionnaires de l'Autorité palestinienne. Mais le blocage semble temporaire, et un comité chargé de régler la question des fonctionnaires est en cours de création. L'Égypte cherche, de son côté, à pousser les rivaux palestiniens vers l'entente, et a stationné une délégation à Gaza. Les dirigeants du Hamas, malgré leurs accusations contre le Fateh, ont ainsi souligné que la prise de contrôle est « seulement reportée, pas abandonnée ». « La réconciliation ne s'est pas effondrée », a abondé à l'AFP sous le couvert de l'anonymat un haut responsable de l'Autorité palestinienne.

 

(Lire aussi : La réconciliation palestinienne dans le doute, accès de fièvre autour de Gaza)

 

Tensions avec Israël
Quelques heures après que les factions palestiniennes eurent annoncé le report du transfert des pouvoirs à Gaza, un échange de tirs entre Israël et Gaza a fait grimper d'un cran les tensions, mercredi dernier. Des soldats israéliens ont été visés par des tirs de mortier provenant de Gaza, entraînant une réponse immédiate : des chars et avions de chasse ont bombardé six positions du Hamas et du Jihad islamique, faisant trois blessés. Les tirs de mortier visant des militaires israéliens provenaient vraisemblablement du Jihad islamique, dont 12 membres avaient été tués lors de la destruction d'un tunnel par l'armée israélienne, il y a un mois. Il s'agissait donc de la « vengeance » promise par le groupe islamiste, allié du Hamas. Les deux parties ne semblent pas pour autant vouloir en découdre pour l'instant. « Nous ne cherchons pas l'escalade », a ainsi déclaré un porte-parole de l'armée israélienne.

Compte tenu du nombre d'obstacles qu'ils ont encore à surmonter, parmi lesquels des divergences fondamentales comme la question des négociations avec l'État hébreu, de la pression des acteurs extérieurs, de l'attente des Gazaouis, en proie à une nouvelle crise humanitaire, le Hamas et le Fateh n'ont vraiment pas besoin d'un nouveau conflit avec Israël qui mettrait sérieusement en péril un processus déjà extrêmement fragile.

 

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