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Liban

Pierre Gemayel, onze ans déjà : le courage au service d’une cause toujours aussi vivace...

Commémoration

Le Liban commémore aujourd'hui les onze ans de l'assassinat de Pierre Amine Gemayel, l'un des piliers de la révolution du Cèdre.

21/11/2017

Il ne suffit pas de porter le nom d'un leader politique pour l'être. Il faut aussi du charisme, du courage, de la passion et surtout la foi en son pays et en son avenir.

L'ancien ministre de l'Industrie et député du Metn Pierre Gemayel, lâchement assassiné à Jdeidé il y a 11 ans jour pour jour, était à n'en point douter un leader politique exceptionnel. Portant le nom de son grand-père (fondateur du parti Kataëb en 1936), ce jeune homme au charisme incontestable, au sourire contagieux et à l'énergie débordante a réussi à dépasser son appartenance familiale et partisane pour se transformer en idole de toute une génération de jeunes.

Tout au long de son parcours politique, Pierre Gemayel a farouchement lutté pour un Liban libre, indépendant et souverain. C'est sur base de ces valeurs qu'il fut l'une des principales figures de la révolution du Cèdre de 2005. Aux côtés de son ami Saad Hariri (qui a annoncé son tragique assassinat avec une grande émotion), de son camarade de parti Antoine Ghanem, et des journalistes Samir Kassir et Gebran Tuéni, Pierre Gemayel a méné la bataille souverainiste du 14 Mars, pour laquelle il n'a pas manqué de sacrifier sa vie et verser son sang. Il était omniprésent aux tribunes et parmi les jeunes manifestants du printemps de Beyrouth, prélude au printemps arabe.

À la place des Martyrs, au centre-ville de Beyrouth, l'écho de son courage retentit encore, rappelant ses appels au retrait définitif des troupes syriennes, après trois décennies de tutelle. D'aucuns soulignent aussi que dans le cadre de ses discours caractérisés par un ton empreint de patriotisme et de foi en cette cause souverainiste du 14 Mars, ce père de deux enfants (Amine et Alexandre) s'adressait d'abord aux jeunes générations. Il les exhortait à ne jamais perdre espoir en ce pays et à le défendre à chaque fois où il se trouverait menacé. Il a donc réussi à incarner en sa personne le Liban de la révolution du Cèdre.

D'ailleurs, Pierre Gemayel avait déjà lancé son combat cinq ans plus tôt, en décidant de se porter candidat aux législatives de 2000, en dépit de la forte pression exercée par Damas. Soucieuse de préserver son hégémonie sur la scène locale, la Syrie voulait faire barrage aux tentatives libanaises de former une opposition forte, qui paverait la voie à une indépendance totale et définitive qui n'est autre que le droit le plus naturel des Libanais. Candidat au Metn, Pierre Gemayel réussit à remporter le scrutin de 2000, mais aussi celui de 2005. Son combat souverainiste prend ainsi une dimension institutionnelle, qui ne l'éloigne pas pour autant de la rue et des jeunes attirés par sa spontanéité et son sens de l'humour.

 

(Pour mémoire : Samy Gemayel à « L’Orient-Le Jour » : Le martyre de mon frère est sacré)

 

Un ministre « aux grandes oreilles »
Tout comme sous les auspices du Parlement, Pierre Gemayel a axé son action en tant que ministre de l'Industrie sur les nouvelles générations. D'autant que, selon lui, celles-ci sont le moteur de la croissance économique et le développement durable nécessaires à la survie du pays. À l'heure où l'écrasante majorité des formations politiques refusaient le portefeuille de l'Industrie, Pierre Gemayel, connu pour sa persévérance et sa détermination, a accepté de relever ce défi. Conscient des problèmes majeurs auxquels ce secteur productif faisait face, il n'a pas tardé à déceler le secret du succès. Il s'agissait « d'écouter tout le monde » pour se faire une idée des obstacles à surmonter et rendre au secteur secondaire son rôle et sa contribution efficace à l'économie nationale. « Pierre Gemayel a usé de "grandes oreilles'' pour s'entretenir avec tous les acteurs du monde industriel, comprendre leurs besoins et définir un plan d'action à long terme », explique à cet égard à L'Orient-Le Jour Fady Gemayel, principal collaborateur de l'ancien ministre et actuel président de l'Association des industriels.

Faut-il rappeler que c'est ce jeune ministre qui est à l'origine du fameux slogan « Bethebb Lebnen, hib Sinaato » (si vous aimez le Liban, aimez son industrie), devenu aujourd'hui une des plus attirantes formules de marketing sur le marché local. Selon Fady Gemayel, ce slogan n'est qu'une partie d'un plan d'amélioration du secteur industriel étalé sur cinq ans (2005-2010). « Dans ses grandes lignes, le plan préconisait des mesures à court, moyen et long terme, afin d'améliorer la productivité de ce secteur qui a longtemps souffert de la négligence des autorités compétentes. Parmi ces mesures, figuraient la réduction des coûts de production, les exonérations fiscales, la lutte contre le dumping », indique Fady Gemayel, avant d'ajouter : « Pierre Gemayel misait beaucoup sur les jeunes et la diaspora libanaise. Il prônait ainsi l'usage des nouvelles technologies en phase avec les capacités des jeunes et les potentiels de la diaspora. »

 

(Pour mémoire : Amine Gemayel : J’ai découvert plus tard que Pierre se préparait presque à ce grand sacrifice)

 

Les Kataëb...
S'il est vrai que Pierre Gemayel était porteur du lourd héritage politique de son père, le président Amine Gemayel, de son oncle, le président martyr Bachir Gemayel, et de son grand-père dont il porte le nom, il reste qu'il a réussi à garder sa trace au sein du parti Kataëb. Au terme d'un long processus, l'ancien ministre et député est parvenu à unifier les rangs du parti, secoués par les orientations prosyriennes de certains de ses dirigeants. « À la faveur des efforts de Pierre (Gemayel), nombre de personnalités ont rejoint le parti de nouveau, dont notamment Georges Jreige (ancien bâtonnier de Beyrouth), et Chaker Aoun (nommé vice-président du parti ultérieurement) », souligne à L'OLJ Rizkallah Gemayel, proche du ministre disparu. Selon lui, « un accord avait été conclu par la suite entre Pierre Gemayel et Karim Pakradouni, en vue de mettre fin au schisme au sein de la formation ».

Au terme de la réconciliation Kataëb, Pierre Gemayel devait accéder à la tête du parti. Mais le destin en a voulu autrement. Le jeune homme dévoué est assassiné le 21 novembre 2006 à Jdeidé. Aujourd'hui, son frère Samy (député du Metn) préside les Kataëb. Un poste dont il profite pour véhiculer les valeurs souverainistes du 14 Mars auxquelles croyait son frère.

Ce n'est peut-être pas un simple hasard que Pierre Gemayel ait été lâchement assassiné au cœur du Metn, qui lui était si cher, à la veille de la fête de l'Indépendance. Loin de là. C'est peut-être la preuve que cet homme courageux a sacrifié sa vie pour préserver l'indépendance et la souveraineté du Liban, quel qu'en soit le prix. Une cause pour laquelle le député Samy Gemayel semble de plus en plus déterminé à consacrer son combat politique. Une façon pour lui de garder vivante la mémoire de son frère au fil des années. En attendant le jour J, celui de la découverte des assassins de Pierre... un jour. Le jugement rendu dans l'affaire Bachir Gemayel, 35 ans après l'assassinat du président martyr, en est la preuve la plus éclatante...

 

Pour mémoire 

Samy Gemayel aux assassins de son frère : « Il y a ici 10 000 Pierre Gemayel »

« Pierre Gemayel était un chevalier sans peur et sans reproche »

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Bery tus

ALLAH YERHAMAK YA KBIR

Wlik Sanferlou

Un vrai héro tout comme tout ceux assassinés pour avoir clamé un Liban indépendant et souverain et défendu ce pays à voix si haute qu elle retentira des siècles à venir!

carlos achkar

Un vrai patriote comme il en existe de moins en moins dans ce pays.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA CAUSE EXISTE TOUJOURS ! LES HOMMES N,EXISTENT PAS !

gaby sioufi

VOYONS VOIR SI LE PSNS VOUDRA "" FETER"" cela,
VOYONS VOIR SI LE POUVOIR LES Y AUTORISERA

Antoine Sabbagha

Pierre Gemayel incarne toujours le crime impuni au Liban . Triste .

Le Faucon Pèlerin

Plus servile que ça ? Allez à plat ventre chez l'assassin de Pierre Amine Gemayel, Antoine Ghanem, Gébran Tuéni, Samir Kassir... afin qu'il daigne accepter le retour de ses déplacés, c'est du super obséquieux. A la fin de l'avance à reculons, il y a le précipice !
PEUPLE-ARMEE-ETAT.

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