Liban

André Chidiac, 50e bâtonnier de l’ordre des avocats de Beyrouth

Élections

Nada Talhouk, candidate du PSP, rafle la tête de liste des membres du conseil de l'ordre, montrant l'attachement des avocats tant au rôle professionnel de la femme qu'à la diversité communautaire.

20/11/2017

Et le 50e bâtonnier de l'ordre des avocats de Beyrouth est... André Chidiac. Succédant à Antonio Hachem pour un mandat de deux ans, ce candidat indépendant a été porté hier à la tête de l'ordre par 2 459 avocats sur quelque 4 000 votants. Il devance de près de 1 000 voix Aziz Torbey, indépendant également, qui en a remporté 1 492.

Me Chidiac a dû au préalable franchir le premier cap de la bataille en vue de faire partie des 4 nouveaux membres qui siégeront au conseil de l'ordre pour un mandat de trois ans. Les vainqueurs du premier tour du scrutin sont Nada Talhouk (candidate PSP, appuyée par l'ensemble des partis et une majorité d'indépendants), qui a raflé la tête de liste avec 1 935 voix, André Chidiac (1 893 voix), Aziz Torbey (1 801 voix) et Fadi Barakat (1 765 voix). Arrivé en 5e position, le candidat chiite, Assaad Saïd, a été désigné membre suppléant, mais ayant bénéficié par la suite du retrait d'Antonio Hachem à qui il restait un an de mandat de membre, il siégera au conseil à part entière durant cette période. Le bâtonnier sortant a motivé sa démarche dans le cadre de son attachement à la représentation de toutes les communautés au sein du conseil.

Les résultats du premier round ont ainsi qualifié André Chidiac, Aziz Torbey et Fadi Barakat (CPL) pour briguer le bâtonnat, sachant que le candidat FL, Fadi Moussallem, s'était retiré de la course à la veille des élections, après que le courant du Futur eut décidé vendredi de porter ses voix en faveur de Fadi Barakat et de Aziz Torbey. D'autres candidats à la tête de l'ordre se sont vus également éliminés de la course, vu qu'ils n'ont pas pu accéder au poste de membre du conseil.

Critères professionnels et moraux

Grâce au vote électronique, adopté pour la 2e année consécutive, ces résultats ont été annoncés quelques minutes à peine après la fermeture des points de vote à 12h30. Les avocats ont manifesté dans leur ensemble leur satisfaction à l'égard de ce nouveau système, qui inclut également l'installation d'isoloirs où étaient placés des ordinateurs sur lesquels s'affichaient les noms et photos de tous les candidats. Il convient de noter que par le passé les électeurs devaient griffonner les noms sur de petits papiers ou se voir distribuer des bulletins préimprimés par les différents candidats.

Rencontré dans la salle des pas perdus, Boutros Harb, député de Batroun, vient de remplir son devoir électoral. Il se félicite de « la façon moderne dont se déroulent les élections » et souhaite que « le vote électronique soit adopté au plus tôt dans le cadre des élections législatives ». Se disant satisfait de « l'ambiance démocratique qui règne », il souhaite que « l'indépendance de l'ordre des avocats continue à être préservée ». Un vœu également exprimé par l'ancien ministre de la Justice Ibrahim Najjar. « L'élection des représentants de l'ordre devrait se baser sur des critères professionnels et moraux plutôt que politiques, estime-t-il, d'autant qu'il arrive souvent qu'un conflit d'intérêts se dresse entre les partis et le président de l'ordre. »

Nadim Gemayel, député Kataëb, insiste également sur la nécessité de « préserver le caractère professionnel de l'ordre pour que les valeurs qui y sont liées soient maintenues ». Pour sa part, Ghassan Moukheiber, député du Metn, assure qu'« en dépit du poids que cherchent à exercer les partis dans les élections ordinales, les avocats continuent à sélectionner en premier lieu les qualités individuelles des candidats, montrant que le barreau reste le foyer de la pratique démocratique dans le pays ». L'ancien ministre Ramzi Jreige estime dans la même optique que « l'ordre des avocats a toujours été un modèle de démocratie », saluant au passage « l'esprit sportif et de confraternité » qui anime les concurrents. Il note toutefois que « les candidats indépendants sont défavorisés par rapport aux candidats partisans », attribuant ce décalage au fait que « les voix de leurs électeurs sont éparpillées, alors que les partis votent généralement en bloc ».

Cette primauté accordée aux compétences personnelles et professionnelles, Edmond Rizk, ancien député et ancien ministre, la préconise également. « Si chacun est libre de s'affilier à un parti, donner un cachet partisan aux élections nuit à l'ordre des avocats », martèle-t-il, rappelant que « cette instance est professionnelle et non politique ».

Tractations de dernière heure

La réouverture des points de vote pour élire cette fois le bâtonnier s'est fait attendre, et quand bien même le bâtonnier sortant Antonio Hachem annonce au micro qu'elle est reportée à 13h30 « pour des raisons techniques », les informations affluent, selon lesquelles le retard est dû aux tractations en cours entre le candidat CPL Fadi Barakat et le commandement de son parti, qui lui réclame de se désister en faveur d'André Chidiac.

Au même moment, les discussions battent leur plein au bureau électoral du PSP, installé sous une tente, à l'instar d'autres bureaux de parti. Le représentant du parti joumblattiste auprès de l'ordre, Nach'at Hassaniyé, déclare à L'Orient-Le Jour que sa formation « entend soutenir celui qui est le plus capable de prendre des positions qui consacrent le rôle et les valeurs d'indépendance du barreau ». Quelques minutes plus tard, ses recommandations sont faites pour appuyer André Chidiac. Presque au même moment, les partisans du courant du Futur se voient recommander d'apporter leurs voix à ce même candidat, alors qu'au premier tour le parti avait soutenu tant Fadi Barakat que Aziz Torbey.

Fort de l'appui convergent de ces différentes forces politiques, ainsi que du mouvement Amal et des Forces libanaises, André Chidiac est déclaré bâtonnier par M. Hachem, quelques instants après la clôture du vote à 14h30.
Aussitôt l'annonce rendue publique, le nouveau bâtonnier, acclamé par la foule de ses confrères, s'est vu remettre la médaille de l'ordre par son prédécesseur, qui s'est félicité de « passer le flambeau, la conscience tranquille, au nouveau représentant de l'ordre sous le mandat duquel sera célébré le centenaire du barreau de Beyrouth (créé en 1919) ». Quant à Me Chidiac, il s'est promis de poursuivre le rôle rempli par l'instance ordinale au plan de « l'attachement à la Constitution et aux lois », se montrant déterminé à « œuvrer pour répondre aux aspirations des jeunes en vue d'un avenir meilleur ». Et à L'OLJ, le nouveau bâtonnier a affirmé que « la liberté et l'indépendance du barreau ont gagné », soulignant que « partisans et indépendants doivent œuvrer ensemble au maintien de la souveraineté de l'ordre ».

 

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