Liban

Démission de Hariri : la fin d’un épisode, mais le feuilleton continue

Décryptage
20/11/2017

Mercredi au plus tard, le Premier ministre Saad Hariri devrait être de retour au Liban pour participer aux côtés du chef de l'État et du président de la Chambre à la cérémonie officielle à l'occasion de la fête de l'Indépendance. La première impression est que cette participation aura forcément un effet positif au Liban, car elle marque au moins la fin d'un épisode controversé qui a tenu le Liban en haleine pendant deux semaines, celui du séjour de Saad Hariri à Riyad depuis la nuit du 3 novembre jusqu'à l'aube du 18. Même si certains continuent à nier le fait qu'il ait passé ces deux semaines sous bonne garde dans une sorte de détention déguisée, d'autres estiment que la forte mobilisation diplomatique européenne, avec l'aval tacite des États-Unis, ainsi que la rapide réaction de la France qui a organisé à la dernière minute la venue à Paris du Premier ministre sont la preuve criante qu'il y avait effectivement un problème dans le séjour de Saad Hariri à Riyad. Cela sans parler du fait qu'il n'a recommencé à utiliser son téléphone portable normalement qu'une fois l'avion le transportant à Paris arrivé à l'aéroport du Bourget.

De retour à son domicile parisien, il a d'ailleurs appelé en premier le président Michel Aoun. Ce qu'il n'avait plus fait depuis la rapide conversation du 4 novembre après l'annonce de sa démission. Des sources diplomatiques précisent à cet égard que Saad Hariri ne parlera pas des conditions de son dernier séjour à Riyad, car son silence fait partie de l'accord conclu entre la France et les autorités saoudiennes. L'épisode est donc derrière le Liban, mais sa portée et ses conséquences continuent de peser sur la situation interne du pays.

Une source de sécurité raconte que derrière ce séjour forcé à Riyad, il y avait un vaste plan pour modifier l'équation politique au Liban. Cela aurait donc commencé avec l'invitation de certaines personnalités politiques à Riyad, dont le chef des FL Samir Geagea. Les interlocuteurs saoudiens de ces personnalités auraient exprimé leur volonté de mettre au point un plan pour combattre le Hezbollah au Liban. Il s'agissait donc de préparer le terrain à une démission de l'actuel gouvernement pour paver la voie à un nouveau cabinet sans le Hezbollah, destiné à circonscrire l'influence de ce dernier et à l'isoler en vue de remettre en cause sa participation à la guerre au Yémen et en Syrie, et de relancer la polémique autour de ses armes au Liban. De fait, le chef des FL a commencé à lancer dans les médias l'idée de la démission des ministres de son parti. Mais en principe, le timing n'était pas aussi imminent.

Toutefois, les Saoudiens ont visiblement voulu accélérer le processus pour des raisons internes. Le Premier ministre Saad Hariri a donc été invité une première fois à Riyad pour une rencontre avec les responsables qui ont tenté de lui expliquer qu'il fallait expulser le Hezbollah du gouvernement et chercher à l'affaiblir et à l'isoler. Le Premier ministre aurait répondu que dans le contexte actuel c'est assez difficile et, selon ce qu'il a lui-même expliqué à ses interlocuteurs libanais, après son retour, il a eu le sentiment d'avoir obtenu l'appui des autorités de Riyad qui lui auraient promis de l'aider à préparer la conférence de Paris IV et de relancer les aides à l'armée. En même temps, il a été convenu qu'il se rendrait une seconde fois à Riyad pour une rencontre avec le roi. C'est dans ce contexte que le Premier ministre a reçu une nouvelle invitation pour se rendre à Riyad le 3 novembre. Comme il avait prévu des rendez-vous le lundi 6, il aurait essayé de reporter le voyage, mais ses interlocuteurs ont insisté. Selon la source de sécurité précitée, les autorités saoudiennes avaient déjà décidé de lancer dans la nuit du 4 au 5 novembre la fameuse opération de lutte contre la corruption qui prévoyait l'arrestation de nombreuses personnalités influentes, dont des émirs et des ministres, et elles ne voulaient pas prendre le risque que Saad Hariri puisse invoquer cette raison pour ne pas se rendre à Riyad. Ce dernier a donc annoncé qu'il avait une rencontre prévue avec le conseiller du guide suprême iranien Ali Akbar Velayati et qu'il prendrait ensuite l'avion pour Riyad.

Certaines informations, qui n'ont pas été confirmées, ont fait état d'une tentative de médiation de Saad Hariri entre l'Iran et l'Arabie au sujet de la guerre au Yémen, mais la déclaration de l'émissaire iranien au Sérail, après son entretien avec Hariri, a montré un durcissement de la position de Téhéran sur ce dossier capital pour les Saoudiens... La suite est désormais connue, même si elle fait l'objet d'interprétations différentes.

Aujourd'hui, Saad Hariri est sur le point de rentrer à Beyrouth, mais les contours de l'étape à venir sont encore flous, sachant qu'il a évoqué la possibilité de revenir sur sa démission, s'il y a « des conditions nouvelles qui permettent de renforcer la politique de distanciation ». En quoi consistent exactement ces « conditions », on ne le sait pas encore avec précision. Toutefois, la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères au Caire ne semble pas avoir été aussi radicale qu'annoncé à l'égard du Liban, surtout après les contacts entre le ministre Gebran Bassil et nombre de ses homologues arabes pour tenter de calmer la situation. Mais la partie est loin d'être terminée.

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gaby sioufi

C bien ca ,le plan etait de recruter les FL, kataeb, ahrar meme les marada ... qui se montraient deja enthousiastes a reprendre la guerre au liban.....
la faiblesse, la naivete des saoudiens, MAIS SURTOUT la SAGESSE du papa de tous et DE SES PROPAGANDISTES.... ont fait echoue ce plan diabolique.
ne pas vs essayer a une autre analyse.

comme quoi, NUL N'EST PLUS AVEUGLE QUE CELUI QUI NE VEUT POINT VOIR .

car non seulement aoun a sauve la mise comme a son habitude de meme le charismatique nasrallah , joumblat et meme les sunnites libanais (a part qqs traitres?!?! )

reste les autres : FL, Kataeb, marada , 3-4 independants : eux n'ont rien fait pour notre liban digne, fier ET surtout independant

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