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À La Une - Liban

Polémique entre Marcel Ghanem et le ministre de la Justice sur fond de crise avec l'Arabie

"Je ne suis pas un criminel", se défend le journaliste vedette ; "L'ère de la prostitution journalistique qui échappe à l'éthique professionnelle et morale est révolue", répond Salim Jreissati.

Le journaliste libanais Marcel Ghanem, lors de son émission Kalam el-Nass sur la chaîne LBCI, le 17 novembre 2017. Capture d'écran YouTube/Lebanon & World News

Une polémique sur fond de crise avec l'Arabie saoudite oppose depuis hier, jeudi, le journaliste libanais vedette Marcel Ghanem au ministre de la Justice, Salim Jreissati, en raison de l'épisode de la semaine dernière de l'émission politique de M. Ghanem, Kalam el-Nass, diffusée sur la chaîne LBCI.

Tout commence le 9 novembre, cinq jours après la démission surprise depuis Riyad du Premier ministre Saad Hariri, sur fond de tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Marcel Ghanem reçoit sur son plateau, en direct, des responsables libanais et deux journalistes saoudiens fidèles aux autorités du royaume, Ibrahim el-Merhi et Adwan el-Ahmari. Ces journalistes se livrent alors à une critique virulente des plus hautes autorités libanaises.

Le ministre libanais de la Justice décide le lendemain d'adresser une note au procureur général près la Cour de cassation, le juge Samir Hammoud, concernant les propos tenus par ces journalistes. M. Jreissati a ainsi porté plainte contre les deux invités saoudiens de l'émission pour avoir accusé le président de la République, Michel Aoun, le président de la Chambre, Nabih Berry, le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil et le commandant en chef de l'armée le général Joseph Aoun de trahison et de terrorisme.

Jeudi soir, Marcel Ghanem commence son émission par "une lettre ouverte" dans laquelle le journaliste affirme cette fois que c'est à lui personnellement que la Justice s'est adressée.

 

 

"Au lendemain de l'épisode de jeudi dernier, j'ai reçu un appel téléphonique sur mon portable personnel de la part du procureur général du Mont-Liban, Ghada Aoun, qui voulait s'informer du contenu de cet épisode dont elle a demandé une copie (...)", explique Marcel Ghanem en direct devant les téléspectateurs. Il revient également sur les poursuites engagées par le ministre de la Justice.

"Quelques heures plus tard, je reçois un appel du standard de la LBCI. Un détective est à l'autre bout du fil (...). Lundi, ce détective transmet à la LBCI une demande de la part de la juge Aoun qui réclame mon identité complète, celle de mon collègue, Jean Feghali, responsable au sein de la LBCI, ainsi que l'identité de mes deux invités saoudiens", poursuit M. Ghanem.

 

"Je ne suis pas un criminel"
Il affirme ensuite qu'il a été convoqué pour une audience devant la Justice à Baabda. Le journaliste souligne qu'il a refusé de se rendre à cette convocation car, selon lui, elle n'a pas été faite via les canaux officiels. "Toutes les mesures prises montraient d'avance dans quelle direction cette affaire se dirigeait", déplore Marcel Ghanem.

Il révèle par la suite que des détectives se sont déployés à l'intérieur du siège de la LBCI mercredi, à la grande surprise des employés de la chaîne. Il explique également avoir été à nouveau convoqué jeudi pour être entendu par la Justice.

S'adressant au ministre de la Justice, Marcel Ghanem lance : "Je ne suis pas un criminel, un trafiquant de drogue ou un terroriste du groupe État islamique pour que la juge Aoun me demande de décliner mon identité complète. Elle est censée connaître mon identité alors que je lutte depuis 25 ans pour l'information, les lois, et la défense des libertés, notamment la liberté d'expression et les droits humains (...)".

Marcel Ghanem insiste ensuite sur le fait que les journalistes saoudiens s'exprimaient en direct, et qu'en tant que journaliste, il n'a pas pris la défense de ses confrères, ni adopté leurs propos.

 

"Prostitution journalistique"
La réponse du ministre de la Justice n'a pas tardé. Vendredi, le bureau de presse de M. Jreissati a publié un communiqué comportant des termes violents à l'encontre de Marcel Ghanem: "L'allocution de Marcel Ghanem, hier lors de son émission (...) prouve que l'hystérie médiatique s'accapare de certaines talk-show politiques, alors que l'ère de la prostitution journalistique qui échappe à l'éthique professionnelle et morale est révolue. Personne au Liban n'est au dessus des lois, et celui qui doit être auditionné par la Justice ne jouit d'aucune immunité (...). Les accusations mensongères et la calomnie en direct sont condamnables. La liberté de presse ne permet pas de se dérober à ses responsabilités à l'égard de la loi, sous prétexte d'être une personnalité connue (...)".

 

Et le communiqué de conclure : "L'émission de Marcel Ghanem est entre les mains de la Justice et des juges respectables qui, seuls, vont déterminer les responsabilités de chacun".

 

"Non aux forces obscurantistes"
Le ministre de l'Information, Melhem Riachi, a de son côté indirectement pris la défense de Marcel Ghanem, en publiant vendredi le message suivant sur sa page Twitter : "La liberté de presse est sacrée".

Un peu plus tard, M. Riachi a publié un communiqué dans lequel il appelle à l'apaisement : "Nous ne devons pas perdre la boussole en ces circonstances. (...) Nous devons tous œuvrer ensemble pour faire face aux défis qui nous attendent". M. Riachi a ensuite salué "le rôle stratégique qu'accomplissent parfaitement les médias en ce moment". Il a toutefois insisté que "l'atteinte aux symboles nationaux est inacceptable en toutes circonstances, surtout à travers les médias". Et d'ajouter : "Si les médias commettent de manière non intentionnée une erreur quelconque, nous devons tous suivre les mécanismes prévus dans de telles situations, à travers le ministère de l'Information et le Conseil national d'audiovisuel. Le ministère veille à la paix civile, tout en restant attaché à la liberté de la presse et sa dignité".

Le leader druze Walid Joumblatt a lui aussi défendu Marcel Ghanem sur son compte Twitter. "La liberté d'expression et la liberté de la presse sont au-dessus de toute considération, a-t-il écrit. Je dénonce et réfute ce qui se passe avec la LBC et mon ami le journaliste Marcel Ghanem. Non aux forces obscurantistes".

 

 


"Nous attendons de celui qui a cherché à protéger la liberté de notre Premier ministre qu'il protège aussi la liberté de la presse", a de son côté écrit sur Twitter le chef des Marada, Sleiman Frangié, dans une probable allusion au chef de l'État, Michel Aoun, fondateur du Courant patriotique libre auquel est affilié le ministre de la Justice.

 

 

Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a lui aussi affiché son soutien à Marcel Ghanem. "Toute atteinte à la liberté de la presse est une atteinte aux libertés publiques protégées par la Constitution et le système démocratique libre", a-t-il indiqué. Lors d'un entretien téléphonique avec M. Ghanem, Samy Gemayel a mis en garde contre "un retour à l'époque où (...) les journalistes libres étaient emprisonnés".

L'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi a également exprimé sa solidarité avec le journaliste. Selon M. Rifi, Marcel Ghanem est "un symbole unique des médias", ajoutant que les poursuites "infâmes" lancées contre lui sont "honteuses pour ceux qui prétendent défendre la loi et les institutions", en référence à M. Jreissati. "Nous sommes solidaires et nous n'acceptons pas que l'on porte atteinte aux libertés publiques et à celle de la presse", a-t-il ajouté.

Les Forces libanaises, l'ancien Premier ministre Najib Mikati et d'autres voix se sont élevées pour exprimer leur solidarité avec M. Ghanem.

Le Club de la presse, dirigé par le journaliste Bassam Abou Zeid, a déploré, quant à lui, que l'on s'en prenne aux médias, surtout en temps de crise. "A chaque fois que la situation politique se complique au Liban, certains responsables accusent les médias et les journalistes d'exacerber ces tensions", peut-on lire dans le communiqué du club. Il a souligné que les journalistes libanais "exercent leur métier de manière tout à fait professionnelle, en vertu de la liberté d'expression". Il a rappelé que ces journalistes "ne sont pas responsables des propos tenus par leurs invités, même si ces propos sont contraires à la loi". "Que les autorités poursuivent les auteurs de tels propos, sans s'en prendre aux journalistes qui modèrent le débat". Le club a ainsi exprimé son "soutien total" à ses confrères Marcel Ghanem et Jean Féghali.

Pour sa part, le Conseil supérieur de la magistrature a exprimé dans la soirée son soutien à la procureur général du Mont-Liban, Ghada Aoun.

 

Pour mémoire
Jreissati intente un procès à deux invités saoudiens de l'émission « Kalam el-Nass »


Une polémique sur fond de crise avec l'Arabie saoudite oppose depuis hier, jeudi, le journaliste libanais vedette Marcel Ghanem au ministre de la Justice, Salim Jreissati, en raison de l'épisode de la semaine dernière de l'émission politique de M. Ghanem, Kalam el-Nass, diffusée sur la chaîne LBCI.
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commentaires (8)

Le revers de la médaille, lorsqu’il est rendu illégal de critiquer ses dirigeants, c’est que ceux-ci ne sauront jamais si on dit du bien d’eux parcequ’on le pense vraiment, ou parcequ’on est obligé de le faire...

Gros Gnon

19 h 43, le 17 novembre 2017

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Commentaires (8)

  • Le revers de la médaille, lorsqu’il est rendu illégal de critiquer ses dirigeants, c’est que ceux-ci ne sauront jamais si on dit du bien d’eux parcequ’on le pense vraiment, ou parcequ’on est obligé de le faire...

    Gros Gnon

    19 h 43, le 17 novembre 2017

  • NOUS sommes avec vous Mr Ghanem

    Bery tus

    14 h 44, le 17 novembre 2017

  • C'est toujours plus facile de s'attaquer aux gens normaux et honnêtes et bien en vue...qui ne font de mal à personne... Alors que les véritables criminels de tout poil se la coulent douce bien à l'abri..dans notre beau pays qui se veut démocratique... Irène Saïd

    Irene Said

    13 h 34, le 17 novembre 2017

  • DEPLORABLE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 16, le 17 novembre 2017

  • QUAND 2 EMINENSES GRISES SE COMBATENT EN DUEL A LA TELE ---LE SHOW DEVIENT CHAUD,,, ENTRE::: 1---L'EMINENSE GRISE DU REGIME DES GENERAUX AVOCAT DU HEZBOLLAH PRETENDANT AU COMBAT DE LA GANGRENE NOMMEE""POLLUTION"" PUISQU'IL FAUT L'APPELER PAR SON NOM.. 2--L'EMINENSE GRISE DE L'INFORMATION LE LARY KING LIBANAIS ,,,, LE MOT PROSTITUTION FUT PRONONCE !!!!!ABSCONSE IL NE FALAIT PAS LE DIRE (SURTOUT QUAND ON LE FAIT ) ESPERONS POUR LE PLAISIR DE LA GALERIE UN FACE A FACE ,,,LE CIRQUE SE JOUERA A GUICHER FERME............. AFFAIRE A SUIVRE

    michel raphael

    13 h 06, le 17 novembre 2017

  • Jreissati : l'ère de la prostitution journalistique qui échappe à l'éthique professionnelle et morale est révolue. ET L'ÈRE DE LA PROSTITUTION JUDICIAIRE QUI A PERMIS LA FERMETURE DE LA MTV ELLE EST EN TRAIN DE RENAÎTRE?????

    Henrik Yowakim

    13 h 05, le 17 novembre 2017

  • JREISSATI : Personne au Liban n'est au dessus des lois, et celui qui doit être auditionné par la Justice ne jouit d'aucune immunité SAUF CELUI ET CEUX QUI SONT PISTONNÉS ET PROTÉGÉS PAR LE PARTI DU DIABLE IRANIEN ET APPARTIENNENT AU CAMP BAASSYRIEN?????

    Henrik Yowakim

    12 h 42, le 17 novembre 2017

  • Il y a des priorites plus importantes actuellement ... !

    Cadige William

    12 h 13, le 17 novembre 2017

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