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Moyen Orient et Monde

Riyad et Téhéran ont-ils les moyens de leurs ambitions ?

Focus

Les deux puissances se menacent mutuellement, faisant craindre un conflit ouvert dans la région.

10/11/2017

La tension ne cesse d'aller crescendo entre Riyad et Téhéran. Le président iranien, Hassan Rohani, a suggéré mercredi à l'Arabie saoudite de se méfier de « la puissance » de son pays, s'adressant aux dirigeants saoudiens dans un discours pendant le Conseil des ministres. « Vous connaissez la puissance et la place de l'Iran dans la région. Des plus grands que vous s'y sont cassé les dents. Vous n'êtes rien! » a-t-il menacé.

La république islamique réagissait là aux propos tenus la veille par le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, qui a accusé Téhéran « d'agression directe » suite aux tirs de missiles depuis le Yémen en direction de Riyad par les rebelles houthis, soutenus par l'Iran. À cet égard, Riyad a précisé se réserver le droit de riposter sous le principe de légitime défense inscrit à l'article 51 de la Charte des Nations unies.

Au-delà de cette vague de menaces réciproques, les deux géants de la région disposent-ils des capacités militaires suffisantes pour entrer dans un conflit ouvert ?

 

(Lire aussi : Rohani aux Saoudiens : Vous n’êtes rien)

 

Téhéran, une « capacité de nuisance »
« Que vous le vouliez ou non, nous allons renforcer nos capacités militaires, nécessaires en matière de dissuasion. Non seulement nous allons développer nos missiles mais aussi nos forces aériennes, terrestres et maritimes », a déclaré Hassan Rohani, dans un discours le 22 septembre lors du 37e anniversaire de la guerre Iran-Irak. « Notre puissance militaire n'est pas conçue pour agresser d'autres pays », a-t-il toutefois souligné.

Selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), le budget de la défense iranienne s'élevait à 12,38 milliards de dollars pour l'année 2016 avec la Russie et la Chine comme principaux fournisseurs d'armement. L'avantage militaire de l'Iran repose sur deux piliers majeurs : sa capacité de mobilisation des forces humaines, d'une part, et sa flotte militaire, d'autre part.

Téhéran dispose notamment de 534 000 personnels actifs et d'une réserve de 400 000 hommes. Il faut ajouter à ces chiffres les hommes de l'unité d'élite des gardiens de la révolution, appelés les pasdaran, dont le nombre est estimé à 150 000. Forces paramilitaires iraniennes créées lors de la révolution islamique de 1979, leur influence au sein de l'appareil étatique s'est accrue dans les années 2000 sous le mandat de Mahmoud Ahmadinejad, ancien membre des pasdaran. Les forces spéciales extérieures au sein des pasdaran, al-Qods, dirigées par le général Qassem Souleimani, réunissent quelques milliers d'hommes.

Elles disposent de réseaux importants à travers la région en formant notamment les combattants du Hezbollah au Liban et étant présentes dans la bande de Gaza, en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad, au Yémen et en Irak. Les pasdaran contrôlent par ailleurs la milice Bassidj, réunissant 4 millions de jeunes volontaires iraniens selon les chiffres officiels et qui évoluent en civils pour des interventions intérieures et extérieures.

Sur le plan maritime, l'Iran dispose de 398 unités navales, dont 230 bateaux patrouilleurs et 33 sous-marins. La puissance chiite est présente en mer Caspienne, mais surtout dans le golfe Arabique, le détroit d'Ormuz et la mer Rouge où elle a intensifié ses activités militaires ces dernières années et renforçé ainsi ses positions de part et d'autre de l'Arabie saoudite. Téhéran n'a cependant pas de destroyers ni de porte-avions.

Et depuis les années 1980, l'Iran a cherché à diversifier et à étendre ses forces armées conventionnelles en réponse à l'embargo imposé par les États-Unis en s'approvisionnant auprès de la Chine, la Russie et la Corée du Nord.

L'Iran a par ailleurs sa propre production d'armement avec, entre autres, la fabrication de tanks Zulfiqar et dont la troisième génération a été présentée en 2011 lors d'une parade militaire. Téhéran cherche également à développer ses chars de combat, annonçant la production de masse des chars de combat « Karrar », présentés en mars 2017 comme « l'un des chars les plus avancés au monde » par l'ancien ministre iranien de la Défense, le brigadier-général Hossein Dehgan. Téhéran a en outre une production considérable de missiles longue portée, de croisière et balistique, qu'il distribue d'ailleurs à ses alliés du Hezbollah et aux houthis. Les autorités ont déclaré cette année avoir lancé avec succès un nouveau missile balistique appelé « Khorramshahr », d'une portée de 2 000 kilomètres.

L'Iran dispose d'un avantage sur Riyad par sa « capacité de nuisance », explique à L'Orient-Le Jour Thierry Kellner, auteur de L'histoire de l'Iran contemporain et professeur à l'Université libre de Bruxelles. « Les Iraniens sont plus organisés sur le plan militaire de par leur expérience et leurs relais aguerris qu'ils peuvent mobiliser à l'extérieur du pays », poursuit-il. « Le nationalisme iranien est par ailleurs un autre facteur qui joue en faveur de Téhéran dont la population pourrait faire bloc » s'il devait y avoir confrontation, soulève l'expert.

 

(Lire aussi : MBS prêt à la guerre totale contre l’Iran)

 

Riyad, une force aérienne mais trop peu d'hommes
L'Arabie saoudite s'est, de son côté, lancée dans une course à l'armement sans précédent ces dernières années pour acquérir des équipements militaires et technologiques de pointe. En 2016, Riyad était le quatrième importateur d'armes au monde et le plus grand dépensier dans le domaine militaire au Moyen-Orient selon le Sipri, en s'approvisionnant notamment auprès des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. Cette même année, le budget de l'Arabie saoudite pour sa défense s'élevait à 63,67 milliards de dollars, dépassant de loin ses voisins dans la région.

Riyad, fort de ses capacités aériennes, disposait d'un total de 313 avions de combat, dont une majorité de F-15, au début de l'année 2017. S'ajoutent à ceux-ci, entre autres, 72 avions de combat Eurofighter Typhoon, livrés cette année, et la réception du premier chasseur-bombardier américain F-15SA sur une commande de 84, version la plus récente à ce jour.

Pour sa défense antiaérienne, Riyad s'appuie sur des missiles anti-aériens américains MIM-23 Hawk et MIM-104 Patriot. Le pays s'est aussi tourné vers les Russes pour se fournir en missiles balistiques S-400 et systèmes antichars Kornet-EM, avec la signature d'un accord préliminaire avec Moscou en octobre dernier.

Le royaume saoudien est cependant désavantagé face à l'Iran sur le plan humain : le personnel actif saoudien s'élève à 230 000 et sa réserve militaire à 325 000 hommes. L'armée saoudienne est par ailleurs fortement affaiblie économiquement et militairement par le conflit au Yémen où elle mène depuis 2015 une coalition soutenant les forces du président Abed Rabbo Mansour Hadi face aux rebelles houthis et l'ancien président Ali Abdallah Saleh appuyés par Téhéran. Ses capacités maritimes sont également limitées, à hauteur de 55 unités navales.

Le royaume saoudien est par ailleurs secoué sur le plan interne par les récentes purges anticorruption et les réformes enclenchées par le prince héritier Mohammad ben Salmane. « Le régime saoudien ne peut s'engager actuellement dans une confrontation militaire conventionnelle alors que le pays est encore fragile au niveau politique et que MBS est en phase de consolidation de son pouvoir », note Bilal Y. Saab, chercheur et directeur du programme de Défense et Sécurité de l'Institut du Moyen-Orient (MEI) basé à Washington DC, contacté par L'Orient-Le Jour. « Riyad est désavantagé également par le manque de stratégie militaire et de cohésion au sein de ses forces armées, comme l'a montré son échec au Yémen », observe-t-il.

L'expérience saoudienne en terme de conflit conventionnel est aussi historiquement moins développée que celle de son ennemi iranien. Riyad peut cependant s'appuyer sur son allié émirati qui dispose d'un personnel actif de 65 000 hommes. Les Émirats arabes unis vont également acquérir deux corvettes Gowind auprès de la France, a annoncé hier le président français, Emmanuel Macron. Mais le royaume wahhabite a surtout un allié de taille en cas de confrontation militaire avec Téhéran qui n'est autre que les États-Unis, première puissance militaire mondiale. Riyad et Washington ont notamment signé un contrat d'armement en mai pour un montant de près de 110 milliards de dollars. Le but de cet accord est de « soutenir la sécurité de l'Arabie saoudite et de la région du Golfe sur le long terme face à l'influence iranienne malveillante et aux menaces iraniennes », précise un communiqué du département d'État américain.

 

 

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Chammas frederico

Sinistres présages
Ou
Gesticulations à usage interne?
Allons nous revisiter la guerre Iran Irak sous forme IRan Arabie saoudite?
La guerre Iran Irak, très longue, a pu être delimitee géographiquement , ces pays étant isolés du reste du monde....
Mais les temps ont changé, au bénéfice indiscutable de l'Iran qui comme Al Quaida ou Isis, a essaimé dans tout le voisinage (Yémen. Syrie, Liban) par son bras Hezbollah...
Et ne pas oublier la force morale des chiites, de mentalité suicidaire...pour s'en faire une petite idée, assister aux défilés de " l'Achoura"

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOTRE PUISSANCE MILITAIRE N,EST PAS FAITE POUR AGRESSER D,AUTRES PAYS A DIT ROHANI ! EH BIEN NON CAR ILS ONT FORME DES ARMEES DE CHIITES LOCAUX DANS TOUS LES PAYS ARABES ET LES AGRESSENT DE LEUR INTERIEUR ...

gaby sioufi

foutaises !
guerre impossible entre les 2,
impossible meme celle qu'israel reverait mener.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES PREMIERS N,EN ONT PAS... LES SECONDS ONT CEUX DE LEUR PROPRE DESTRUCTION...

Assad Fakhouri

“Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants ; c'est l'indifférence des bons.”
de Martin Luther King

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