L'impression de Fifi ABOU DIB

Enlèvement au Sérail

IMPRESSION
09/11/2017

Ce n'est pas banal, un Premier ministre qui démissionne presque sans signe avant-coureur, sur une télévision étrangère, dans un pays étranger, et entraîne dans la foulée, sans plan B, la démission de tout son gouvernement. La nouvelle et le blocage qui en découle laissent tout le Liban perplexe, donc inquiet. Les intrigues de sérail d'un prétendant saoudien à la succession au trône, malgré leur petit parfum racino-shakespearien, malgré ce style pompier où l'on imaginerait volontiers des contorsions de corps opalescents sur fonds de tentures rouges et or, n'ont rien de romantique. Cet Enlèvement au Sérail, cette Mort de Sardanapale ont eu pour effet immédiat l'ébranlement du frêle édifice institutionnel libanais qui se retrouve à nouveau en quête d'équilibre et surtout de gouvernance. Dans les chaumières, c'est encore pire. Les entreprises déjà fragilisées par plusieurs années de vache maigre doivent encore revoir leur croissance à la baisse, ce qui a entraîné dès le début de la semaine des réunions d'état-major et de nouvelles révisions de coûts. Les revenus des ménages, n'en parlons pas, avec les nouvelles taxes et la stagnation des salaires. Mohammad ben Salmane n'est peut-être pas un papillon, mais il a le battement d'aile drôlement brutal. Terminant l'année sous ces auspices, prêtant l'oreille, par ailleurs, comme le malheur préfère venir en cohorte, à des rumeurs d'agression israélienne, nous sommes partagés entre flegme et confusion. Entre « Keep calm and carry on » et « Maintenant, on va où ? ».

Si le gouvernement quasi démissionnaire est inquiet pour le sort du forage des hydrocarbures et les appels d'offres qui ont favorisé sa formation, le bon peuple qui n'a rien demandé, qui ne demande plus rien, a bien d'autres préoccupations. Mais celles-ci sont si nombreuses et parfois si insolubles qu'il préfère ne plus y penser, ne penser à rien. Au moment où le temps a semblé s'arrêter, samedi dernier, nous nous réjouissions des campagnes d'asphaltage pré-électorales qui avaient gagné l'ensemble du pays. Pas une impasse qui n'ait bénéficié de sa lichette de goudron assortie à la banderole d'autocongratulation que la « baladiyé » s'attribue de la part de ses administrés. Lesquels se laissent faire sans aucune ironie, trop contents de ce petit plus qui n'annonce rien de plus, sachant que l'État n'a que du goudron à leur offrir pour améliorer l'ordinaire. On a eu l'asphalte, mais on n'aura peut-être pas d'élections.

« Your courage, your cheerfulness, your resolution will bring us victory. » À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le ministère britannique de l'Information, conscient de l'importance de remonter le moral des citoyens pour faire face à une éventuelle invasion, avait imaginé, à part le célèbre « Keep calm », des affiches appelant au courage, à la gaîté et à la détermination. Trois qualités dont nous ne manquons pas, si notre fatalisme peut passer pour du courage, notre frénésie festive pour de la gaîté et notre endurance pour de la détermination. Quoi qu'il arrive, forts de notre longue expérience de l'attente de ce qui ne vient pas et des tempêtes dans les ciels les plus clairs, nous ferons la seule chose que nous savons faire : vivre au jour le jour, caboter sans visibilité et franchir ainsi les horizons les plus opaques.

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Zaarour Beatriz

À mon avis, trop pessimiste aujourd'hui Fifi! Cette tempête de début d' hiver, orquestrée par des artisans de troubles, frappe-t-elle si fort pour impressionner tellement? Lorsque le traditionnel courage des libanais flanche, le nombre de demandeurs de visas augmente et, à Dieu ne plaise, le Liban se vide petit à petit des jeunes, ceux là même qui devraient prendre en charge la réforme dans tous les sens. Sinon tout espoir serait perdu et toute espérence en des jours plus cléments disparaîtrait à jamais. Un gâchis que ce beau pays ne mérite pourtant pas

Soeur Yvette

merci pour cet article...comme toujours....

Saliba Nouhad

Que c’est vrai et bien décrit: beaucoup de Libanais, écœurés de politicailles de bas niveau, de rien qui change au quotidien, d’un avenir incertain vous disent:
Je ne lis plus les journaux, ni ne suis les débats télévisés débiles, ni discute de politique de clocher, car je suis dégoûté et me sens mieux comme ça.
Sauf qu’il y en a de 2 sortes:
- Les biens nantis qui continuent à mener une vie tranquille et comfortable, avec bonnes, chauffeurs, générateurs, chalets de mer et de montagne, 2 où 3 passeports de rechange au cas où et après moi le déluge...
- Les moins ou beaucoup moins nantis pour ne pas dire misérables, qui commencent à devenir majoritaires, qui arrivent à peine à joindre les 2 bouts, qui vivotent au jour le jour, n’osent pas penser au lendemain, passant un grand temps aux ambassades de pays d’immigration et rêvant à des jours meilleurs loin de ce merdier à ciel ouvert.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POETESSE ! MAIS LA POESIE N,ARRANGE PAS LES CHOSES NI N,EVITE LES TOURMENTES !

Marionet

Résignation et/ou passivité : est-ce le pari fait en haut lieu alors que plusieurs jours se sont écoulés depuis la "démission" du PM sans que personne ne juge bon de s'adresser aux Libanais pour les rassurer. Personne en haut lieu mais un chef de milice, Hassan Nasrallah, lui, s'y est collé.

Wlek Sanferlou

Merci pour cet article.
On comprend pourquoi les libanais sont partout dans le monde. A force de patience un grand nombre de libanaise sést retrouvé, en immigré, à travers le monde. Our resolution is bringing us victories de tout genre! philosphiques, spirituelles et même culturelles. Sauf que celle qui nous échappe depuis la nuit des temps c'est la victoire politique: savoiur se gouverner en temps que peuple libanais ...
Allah karim... plus qu quelques millénaires à patienter...

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