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Vêtement et nature, la prochaine exposition du V&A

La Mode

Le musée Victoria & Albert a annoncé le 1er novembre le thème de sa prochaine exposition majeure dédiée aux arts de la mode. Intitulée « Fashioned from nature », celle-ci explorera la relation complexe entre mode et nature de 1600 à nos jours.

08/11/2017

En juin dernier, une information passée quasi inaperçue annonçait la décision de la Chine de fermer ses polluantes usines de recyclage et d'arrêter l'importation des déchets solides qui y étaient affectés. La fermeture de ce débouché signifie que nombre d'industries occidentales, notamment textiles, vont se retrouver rapidement engorgées. Plus que jamais, recyclage et reconversion sont d'actualité, et si rien ne se perd ni se crée, le Victoria and Albert Museum est véritablement le lieu où tout se transforme. Ce temple londonien des arts décoratifs est toujours à la pointe quand il s'agit d'interroger l'esthétique de notre époque et tout ce qui la sous-tend. La prochaine exposition majeure annoncée par le V&A pour le 21 avril 2018 aura donc pour titre Fashioned from nature, ce qui signifie à peu près, dans une belle ellipse de la langue de Shakespeare, « stylé par la nature ». L'exposition promet une exploration de la relation complexe entre la mode et le monde naturel.

À travers 300 objets, on y découvrira des créations textiles s'étalant sur plus de quatre siècles, les emprunts faits à la nature par les grandes maisons de mode, mais aussi l'activisme qui a conduit aux grandes innovations contemporaines.

 

Élytres de scarabée et robes bioluminescentes
En 1888, Ellen Terry, l'une des plus célèbres Lady Macbeth de l'histoire du théâtre, était apparue sur scène vêtue d'une robe verte, iridescente, presque irréelle si ce n'est qu'elle était rebrodée de plus de 1 000 élytres de scarabée. Longtemps cette robe spectaculaire – restaurée en 2010 – adhéra au personnage de la tragédienne, et c'est d'ailleurs ainsi vêtue qu'elle fut immortalisée par John Singer Sargent. L'insecte bijou, dont la durée de vie à l'âge adulte n'excède pas trois à quatre semaines, est toujours destiné à l'ornement, notamment en Inde, en Thaïlande et au Myanmar. Seuls les spécimens morts sont affectés à cet usage. Mais lors de certaines fêtes, dans le Mexique profond, les femmes continuent à mettre dans leurs cheveux des lucioles vivantes ou attacher des scarabées vivants autour de leur cou. Récemment, des vers à soie génétiquement modifiés avec l'ADN de méduses phosphorescentes se sont mis à produire un fil lumineux.

Cette invention a été mise au point par le MIT en collaboration avec l'Institut sud-coréen de sciences agricoles et de technologie. Parmi d'autres curiosités, une paire de boucles d'oreilles créées à partir de deux têtes d'oiseaux tenant dans leur bec de minuscules abeilles d'or, une robe rebrodée d'élytres, une autre en fil d'araignée synthétique, collaboration entre Bolt Threads et Stella McCartney, et une autre encore en soie issue du génie génétique, réalisée par la marque Spoutniko !, ainsi que divers objets de mode en fibres de toute sorte, dont un sac à base d'ananas, feront partie de la collection exposée au V&A.

 

Vêtements historiques et activisme contemporain
Un élégant gilet d'homme datant du XVIIIe siècle, brodé d'une scène animalière représentant des macaques qui jouent ; de sublimes robes et jupes victoriennes imprimées à la main ou brodées d'opulents motifs floraux, autant de témoins qui soulignent la fascination de l'être humain pour la beauté de la faune et de la flore. La tentation était trop forte, notamment à l'époque des grands empires coloniaux, de puiser abondamment dans les ressources naturelles pour satisfaire ce besoin d'ornement, de rareté et d'exclusivité.

Il a fallu qu'à partir de la seconde moitié du XXe siècle des voix s'élèvent, notamment celle de dame Vivienne Westwood, activiste de la première heure, pour inverser les moteurs. Et de fait, la fourrure n'est plus utilisée de manière irresponsable comme dans les années 60 à 80. Le cuir lui-même, grâce à l'engagement d'une créatrice comme Stella McCartney, se végétalise, et l'on verra dans cette nouvelle exposition une magnifique robe de soirée de Salvatore Ferragamo, pourtant maison maroquinière, en cuir issu de fibres d'orange, excellent débouché pour l'agro-industrie italienne des agrumes. On verra aussi une robe H&M à base de plastiques récupérés dans les océans et la magnifique robe Calvin Klein en fil issu de bouchons de bouteilles recyclés portée par Emma Watson au Met Gala 2016.
Gageons que cette exposition dirigée par Edwina Ehrman aura un impact radical sur notre manière de consommer en général et de nous habiller en particulier.

 

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