L'éditorial de Issa GORAIEB

Y a pas le feu !

L’éditorial
01/11/2017

Une première bougie, ça se fête, bien sûr ; mais gare aux inévitables éclaboussures de crème pâtissière et de sauce chocolat sur la nappe immaculée !


C'est un fait que pour tout sexennat présidentiel, un an c'est trop court pour dresser des bilans. S'y hasarder quand même, comme le faisait lundi soir, 31 octobre, Michel Aoun en se soumettant aux questions des journalistes de télévision, c'était s'exposer à tirer gloriole de réalisations souvent incomplètes, tronquées. C'était risquer aussi de se retrouver pataugeant – sans gloire notable, cette fois – sur les dossiers les plus âprement controversés au sein de l'opinion libanaise.


Ce n'est pas faire injustice à l'homme du changement et de la réforme que de se livrer, loin de tout jeu de mots, à ce simple constat : si des réformes ont bien eu lieu, elles n'ont en rien changé les mauvaises habitudes d'une classe dirigeante plus soucieuse de ses propres intérêts (matériels compris) que de ceux du public. Une nouvelle loi électorale a bien été promulguée, mais on n'a pas fini de se disputer le juteux marché des cartes d'électeurs biométriques, comme sur ceux du ramassage des ordures et des centrales électriques. Le projet d'exploitation des hydrocarbures offshore a bien été remis sur la table, mais on n'a toujours pas rétabli dans ses droits souverains sur le pactole un État mis hors jeu par les magouilleurs. En souffrance depuis trois décennies et demie, le procès des assassins du président-élu Bachir Gemayel a enfin connu son dénouement, mais les nominations et permutations de juges, comme des autres hauts fonctionnaires, demeure désespérément tributaire du clientélisme politique.


Pas le moindre atome de réforme au contraire (et encore moins de changement) dans la rhétorique politico-sécuritaire d'un homme qui se voulait le président de tous, un président fort et unificateur. Or, ce n'est pas faire preuve de force ni de volonté fédératrice que de signifier une nouvelle fois au bon peuple que l'armée régulière manque d'équipement et que la milice conservera donc son arsenal aussi longtemps que les problèmes de la région n'auront pas été résolus (la bonne nouvelle que voilà pour les générations futures, sachant, parlant d'anniversaires, que le conflit de Palestine vient, lui, de célébrer son centième). Le président ne rassure pas davantage les Libanais en affirmant que son pacte écrit avec le Hezbollah – et avec lui le programme ministériel et la résolution 1701 de l'ONU – sont propres à interdire tout débordement milicien sur la scène intérieure.


C'est cependant à propos de l'Iran que le chef de l'État aura eu le plus malencontreusement manqué d'inspiration. La semaine dernière, comme on sait, le président de la République islamique Hassan Rohani se vantait peu discrètement de l'influence croissante de son pays dans les affaires de divers pays de la région, dont le Liban. C'est le Premier ministre qui lui répondait vertement, le palais présidentiel et le ministère des AE ayant fait la sourde oreille. Et on se prend maintenant à regretter ce lourd silence. Car pressé de questions, le président Aoun a pratiquement admis le fait de l'omniprésence iranienne : ne voyant, de surcroît, dans les propos de son homologue de Téhéran, aucun élément de pression.
Voilà sans doute ce qu'il convient d'appeler une force par trop tranquille...

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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