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Moyen Orient et Monde

Fin de partie pour Massoud Barzani

Irak

Le président du Kurdistan autonome a annoncé hier refuser la prolongation de son mandat présidentiel.

30/10/2017

Une page se tourne pour Massoud Barzani. Confirmant les rumeurs qui circulaient depuis plusieurs jours sur un départ éventuel du président du Kurdistan irakien, il a annoncé hier vouloir quitter ses fonctions dès mercredi. « Après le 1er novembre, je n'exercerai plus mes fonctions et je refuse que mon mandat soit prolongé », affirme-t-il dans une lettre adressée aux députés kurdes, et dont ils ont pris connaissance lors d'une séance houleuse à huis clos, avant d'ajouter : « Je demande au Parlement de se réunir pour combler la vacance du pouvoir. » Quelques heures plus tard, des dizaines de ses partisans armés de couteaux, de bâtons et de pierres ont attaqué le bâtiment abritant le Parlement à Erbil, les différents médias présents sur place, ainsi que les bureaux du parti d'opposition Gorran à Dohouk, entre autres.

Massoud Barzani a prononcé dans le même temps son premier discours télévisé depuis le référendum d'autodétermination du 25 septembre. Amer, il y accuse fermement l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de « haute trahison » et d'« inconstitutionnalité », en référence à la reprise par les autorités centrales en quelques jours, mi-octobre, des territoires situés hors de la région autonome et que les Kurdes contrôlaient depuis 2003, dénonçant par la même occasion l'attitude de Bagdad et de Washington. Le référendum, au cours duquel un « oui » massif l'a emporté, n'aura été qu'un « prétexte » pour déstabiliser le Kurdistan, a affirmé celui qui veut rester avant tout un peshmerga, avec pour seules amies « les montagnes ». Après avoir tout perdu, ou presque, en quelques heures à peine, le coup le plus dur a été probablement la reprise des puits de pétrole de Kirkouk, qui assuraient près de la moitié des revenus d'Erbil. Dernier épisode de la défaite kurde, les forces fédérales ont été redéployées hier soir au poste-frontière stratégique de Fichkhabour, qui se trouve pourtant dans la province autonome kurde de Dohouk.

C'est sans gloire que Massoud Barzani se retire, après avoir été l'instigateur d'un Kurdistan indépendant, son combat de toujours. Son père, Moustapha, est un chef historique du mouvement national kurde. Massoud lui succédera à la tête du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) en 1978. Quand la guerre entre l'Iran et l'Irak éclate en 1980, il s'allie, avec Jalal Talabani, fondateur de l'UPK, à la République islamique. La suite de l'histoire et les massacres qui vont avec sont connus. Mais la rivalité des deux hommes, qui durera des décennies, empêche une réelle unité des Kurdes. Une guerre civile éclate même entre 1994 et 1996, au cours de laquelle Barzani ira jusqu'à faire appel à Saddam Hussein pour neutraliser son adversaire.

 

(Pour mémoire : Prêt à geler les résultats du référendum d'indépendance, Erbil fait un pas arrière)

 

 

De Saddam à l'EI
La chute du dictateur irakien, suite à l'invasion américaine de 2003, permet d'unifier les administrations des Kurdes d'Irak. Le chef du PDK est alors élu président de l'Irak, une première fois en 2005, puis en 2009. Des complications juridiques empêchent, en 2013, la tenue de nouvelles élections, repoussées jusqu'à 2015 d'abord, puis de deux années supplémentaires. Entre-temps, l'émergence de l'État islamique et la débandade des forces gouvernementales irakiennes à l'été 2014 donnent aux hommes de Massoud Barzani l'occasion de s'illustrer sur les champs de bataille, à l'instar de leurs confrères syriens. La cause kurde, longtemps délaissée, revient très vite sur le devant de la scène. Après tout, les peshmergas sont aux premiers rangs de la guerre contre l'EI.

Son obstination à vouloir obtenir coûte que coûte l'indépendance du Kurdistan, malgré les mises en garde de la communauté internationale, lui vaut de perdre le soutien de celle-ci. Il croit pouvoir gagner son pari et garder l'appui des Occidentaux. Il se trompe lourdement et paie son erreur aujourd'hui. Après la mort de Jalal Talabani le 3 octobre, celle, politique, de Massoud Barzani, 71 ans, plonge les Kurdes dans l'incertitude. Il continuera certainement d'exercer nombre de prérogatives, affirment certains observateurs, selon lesquels le départ du chef kurde n'aura pas les conséquences tant redoutées par ses partisans. Le clan Barzani est bien trop implanté dans la région pour tomber facilement dans l'oubli, et gardera une influence certaine. Les détracteurs du président sortant voient probablement dans son départ une occasion pour l'opposition de briller à son tour. Le parti Goran notamment demande la création d'un gouvernement d'union nationale, estimant que la politique de Barzani est un « échec ». Aucune date n'a encore été fixée, et les violences qui ont suivi l'allocution de Massoud Barzani laissent présager des jours sombres.

 

Pour mémoire

Négociations irako-kurdes : des "progrès", mais encore des "points" à régler

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

METTRE LES KURDES AU PAS EST QUASIMENT IMPOSSIBLE !
UN BARAZANI PART DES MILLIERS D,AUTRES LE REMPLACENT ! IL AVAIT CHOISI LE MAUVAIS MOMENT...

Bery tus

Dommage encore un grand homme sacrifier pour les intérêts iraniens

Sarkis Serge Tateossian

L'homme n'est qu'un maillon de la longue chaine de l'histoire de son peuple.
Le peuple kurde est toujours vivant et attend son heure pour la liberté et son indépendance. Un peuple de 40 millions d'âmes, ne peut rester éternellement victime et persécuté.

Ses querelles intestines font son malheur ...

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