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Moyen Orient et Monde - DIPLOMATIE

Le regain d’influence de Moscou dans le Caucase

Le président arménien Serge Sarkissian serrant la main au président russe Vladimir Poutine, le 20 juin 2016, à Saint-Pétersbourg. Dmitry Lovetsky/AFP photo d’archives

La Russie consolide ses positions diplomatiques dans le Caucase. Le Parlement arménien a ratifié un nouvel accord de défense militaire avec la Russie le 5 octobre dernier, entérinant des négociations de plusieurs mois entre le Kremlin et Erevan. Si l'événement n'a pas fait l'objet d'une couverture médiatique importante, il revêt néanmoins une haute portée symbolique pour la puissance russe et modifie le jeu politique de la région.
Longuement débattu et finalement accepté au grand dam des députés de Yelk (alliance pro-occidentale d'opposition arménienne), l'accord de défense russo-arménien vise avant tout à « renforcer la sécurité militaire du Sud-Caucase » et « repousser d'éventuelles agressions étrangères » contre l'un des deux pays. Il intervient un an après la recrudescence des hostilités dans le Haut-Karabakh (province arménienne au sud-ouest de l'Azerbaïdjan), théâtre de conflits entre Azéris et Arméniens depuis 1991. La Russie et la Turquie (cette dernière soutenant l'Azerbaïdjan) s'étaient alors livrées à un bras de fer interposé.
Pour le ministre arménien de la Défense, Artak Zakarian, le nouveau document « redéfinit et approfondit la mission de la force conjointe des troupes de la base militaire russe en Arménie », tout en offrant « un nouveau cadre juridique pour une force militaire qui existe depuis plus de quinze ans ». L'Arménie comprenant actuellement cinq corps armés distincts, l'un d'entre eux sera dirigé par un commandement russo-arménien, subordonné au chef de l'armée arménienne en temps de paix. Cet accord était fortement désiré par Vladimir Poutine et intervient moins d'un an après la création d'un système de défense antiaérien commun entre les armées russe et arménienne.

Dépendance
Comme beaucoup de petits pays du Caucase depuis la décomposition de l'Union soviétique (1991), l'Arménie a gardé une dépendance diplomatique, économique et militaire très forte vis-à-vis de l'ours russe. Le secteur de l'énergie arménien est presque totalement subordonné à ce dernier : le capital russe ne contrôle pas loin de 80 % des ressources en gaz de l'Arménie, et Moscou demeure un partenaire économique de premier plan du pays. La Russie voit en outre l'Arménie comme un allié stratégique au sein de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), créée en 2003. Le nouvel accord permet ainsi à Moscou de profiter de ses relations privilégiées avec l'Arménie pour se poser en principal arbitre des conflits du Caucase. « La Russie cherche à s'étendre le plus possible dans la région et ne peut laisser d'autres puissances économiques utiliser le Caucase à leur façon », explique Gaïdz Minassian, chercheur associé à la Fondation de recherche stratégique.
L'Azerbaïdjan, peuple turcophone (chiite), est quant à lui un compagnon de longue date de la Turquie. S'étant affranchi de la tutelle russe il y a une trentaine d'années, il cherche depuis à renforcer sa position dans le Caucase. Ankara possède en effet des liens historiques étroits avec les peuples musulmans de la région, tels que les Azéris. Elle accueille aujourd'hui encore sur son territoire d'importants peuples issus de la diaspora caucasienne et conserve une influence particulière sur ces États de la région.
Les relations russo-turques se sont nettement réchauffées au cours des derniers mois, suite au revirement diplomatique de la Turquie en faveur de Moscou en août 2016. Bien que longtemps opposée à la Russie sur la scène syrienne, la Turquie avait finalement réévalué ses priorités en se recentrant sur son objectif principal : empêcher la création d'un État kurde dans la région. Son alliance avec Moscou lui a ainsi permis de contrer la montée en puissance des forces kurdes en Syrie. Les deux puissances ont plus récemment participé aux négociations d'Astana (Kazakhstan) conjointement avec l'Iran.
Mais ce rapprochement ne masque pas les divergences stratégiques qui demeurent de facto entre Moscou et Ankara, et qui sont particulièrement visibles dans le Caucase. La Russie étant historiquement alliée à l'Arménie, et la Turquie à l'Azerbaïdjan, chacune de ces grandes puissances tente de progresser par pions interposés. « La Russie instrumentalise l'Arménie et entend mener une politique d'équilibre entre Erevan et Bakou pour des raisons stratégiques », explique M. Minassian. L'alliance militaire entre Erevan et Moscou rend en effet peu probable une future offensive des Azéris, soutenue par Ankara.


La Russie consolide ses positions diplomatiques dans le Caucase. Le Parlement arménien a ratifié un nouvel accord de défense militaire avec la Russie le 5 octobre dernier, entérinant des négociations de plusieurs mois entre le Kremlin et Erevan. Si l'événement n'a pas fait l'objet d'une couverture médiatique importante, il revêt néanmoins une haute portée symbolique pour la puissance...

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