Malgré un bras de fer serré, le milliardaire Nelson Peltz n’a pas réussi à faire plier Procter and Gamble, le fabricant des rasoirs Gillette. John Minchillo/AFP
Procter & Gamble, le fabricant des rasoirs Gillette, a annoncé hier que le milliardaire américain Nelson Peltz avait échoué à entrer au sein de son conseil d'administration dont il voulait bousculer la stratégie. Les actionnaires du fabricant de produits ménagers ont reconduit à une courte majorité les 11 candidats proposés par la direction, engagée depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec M. Peltz, lors d'une assemblée générale (AG) sous haute tension à Cincinnati (Ohio, Nord-Est). Le financier, une des voix les plus influentes de Wall Street qui a investi 3,5 milliards de dollars et détient ainsi 1,47 % du capital, réclamait un siège dans cette instance, qui valide les orientations stratégiques, nomme et démet le PDG.
M. Peltz n'a toutefois pas reconnu sa défaite, estimant que le vote était « trop serré ». La veille, Nelson Peltz avait remporté une importante victoire avec l'entrée d'un de ses fidèles au sein du conseil d'administration de General Electric (GE), un autre fleuron de l'industrie américaine en perte de vitesse dans lequel il a investi 2,5 milliards de dollars fin 2015. S'il a crié victoire, P&G a toutefois prévenu qu'un recomptage des voix n'était pas à exclure.
À Wall Street, le titre du groupe, connu à travers le monde pour ses produits ménagers et d'hygiène dont les lessives Ariel et les shampoings Head & Shoulders, a été affecté. Il perdait hier 1,44 % à 90,79 dollars.
« Bras de fer »
L'issue de ce bras de fer est susceptible de créer un précédent dans l'équilibre des pouvoirs entre les grands patrons des multinationales et les investisseurs « activistes ». Ces derniers veulent influer sur les décisions des entreprises, demandent des économies drastiques et des cessions d'activités pour doper les retours sur investissements aux actionnaires. Depuis leur émergence, Procter & Gamble est la plus grosse entreprise en termes de capitalisation boursière – 230 milliards de dollars – attaquée lors d'une AG par un de ces actionnaires « rebelles ». Signe de l'importance des enjeux, les deux parties, qui s'affrontent sur l'avenir de P&G, ont dépensé au total plus de 60 millions de dollars, du jamais-vu, pour convaincre les actionnaires de se ranger à leur cause.
M. Peltz veut faire davantage d'économies et demande à ce que les divisions du groupe soient ramenées à trois au lieu de dix. David Taylor continue, lui, de défendre sa stratégie et estime que P&G est engagé dans une transformation qui le rendrait compétitif face à ses rivaux. « Je partage le sentiment que nous devons faire plus et que nous devons être plus réactifs et rapides », a-t-il concédé hier, pressé de questions par de petits porteurs, dont certains estimaient que les critiques de M. Peltz étaient « recevables ».
D'après les résultats provisoires, les petits porteurs, qui détiennent 40 % du capital de P&G, ont fortement soutenu la direction, de même que le fonds Vanguard. Nelson Peltz, qui avait les faveurs des trois grands cabinets de conseils aux actionnaires ISS, Glass Lewis et Egan-Jones, avait également reçu le soutien des fonds BlackRock et State Street.
Source : AFP

