L'éditorial de Issa GORAIEB

Les dents du gaspi

L’éditorial
07/10/2017

On n'ose trop y croire, et pourtant on applaudit à la démarche de ce groupe d'activistes et d'intellectuels qui, dans une conférence de presse, hier, appelait le Conseil d'État à instituer un comité de supervision des finances publiques. Car, bien plus efficacement qu'en recourant à la rue, c'est par le bon sens, à l'aide d'arguments irréfutables, que la société civile peut, à tout le moins, confondre les irresponsables qui nous gouvernent.

Cela dit, pourquoi superviser, autrement dit surveiller, la gestion du Trésor, quand plus d'une Excellence est payée pour le faire ? Parce que quand le chat n'est pas là, quand le chat est même inexistant, les souris s'en donnent à cœur joie. Ainsi, elles fabriquent des lois en faisant fi de la raison comme des règles procédurières. Elles décrètent une hausse générale des salaires sans base légale pour son financement ; et pour en finir une bonne fois, elles écrasent d'impôts et de taxes le peuple. Rappelées à l'ordre par le Conseil constitutionnel qui a invalidé un tel diktat fiscal émis hors budget et hors de tout bilan des comptes, nos souris ne décrochent pas pour autant. Elles jouent au plus malin, projetant maintenant de faire l'impasse sur le courageux arrêt dudit Conseil.

Bien évidemment, et plutôt que de triturer la loi dans tous les sens, nul au sein du pouvoir ne songe à colmater les trous par où s'échappent, à flots, les deniers publics : mortelle saignée que l'on appelle pudiquement gaspillage, alors qu'il ne s'agit de rien d'autre que de vol qualifié. Car les souris et autres rongeurs de plus gros calibre, ça bouffe énormément, ça bouffe un peu de tout, du ramassage des ordures ménagères à la production de courant électrique ; mieux encore, ça s'empiffre et engraisse sans trop s'en cacher, car jamais immunité et impunité n'auront mieux rimé que dans notre pays.

Et la justice ? dira-t-on. Pas trop compliqué, on peut l'intimider, la justice, par exemple en dégommant sans la moindre justification un président du Conseil d'État, comme cela s'est vu dernièrement. Ça peut même se partager entre partenaires, la justice, et c'est bien ce que l'on nous a préparé, à la faveur d'un gigantesque train de permutations judiciaires qui fait la part belle, en bonne entente, aux amis et protégés des trois plus hauts personnages de la République. Mais, demandera-t-on encore, comment contourner le Conseil supérieur de la magistrature, théoriquement seul juge en matière de moralité et de compétence ? Le truc est tout trouvé, à savoir un formidable barrage de signatures officielles (non moins de cinq, dont celle du chef de l'État!) que devrait franchir toute initiative par trop indépendante de cet organisme...

Nous vivons dans un pays où, le clientélisme aidant, nombre de fonctionnaires, hauts et moins hauts, opérant dans les secteurs les plus divers, doivent leur poste à l'un ou l'autre des puissants. Ils sont les obligés des puissants et ne peuvent donc, le plus souvent, discuter la consigne. Mais des juges, mais des juges...

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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