La Dernière

Masculin/féminin : la culture repousse les frontières du genre

Pendant ce temps, ailleurs...
OLJ
07/10/2017

Le clivage masculin/féminin est-il dépassé ? Au cinéma, au théâtre, au musée, dans les médias et les défilés de mode, la « fluidité du genre » est le sujet du moment, bousculant les frontières établies et les stéréotypes liés aux sexes. Ces questions d'identité sexuelle et de genre sont de plus en plus présentes dans le débat public, aux États-Unis, mais aussi en Europe, où elles suscitent parfois d'âpres batailles idéologiques.
« C'est devenu un sujet d'actualité quotidien dans les journaux », constate Johanna Burton, commissaire d'une exposition qui a ouvert fin septembre à New York sur ce thème. « Il est même abordé à travers des questions aussi élémentaires que celle des toilettes », souligne l'historienne de l'art américaine, après les polémiques qui ont fait rage aux États-Unis autour de l'utilisation des WC par les élèves et étudiants transgenres. Dans l'exposition Trigger : Gender as a Tool and a Weapon, au New Museum (musée d'art contemporain à Manhattan), Mme Burton a rassemblé des photographies, sculptures, peintures, vidéos et performances d'une quarantaine d'artistes de tous les âges, exprimant dans leurs œuvres un rejet de la catégorisation binaire.
Sur les écrans, les personnages transgenres sont de plus en plus présents, au cinéma comme dans les séries, de Transparent à Orange Is the New Black. Dans Sense 8 des sœurs Wachowski – elles-mêmes anciennement frères Wachowski –, l'actrice transgenre Jamie Clayton incarne Nomi Marks, une pirate informatique ayant elle aussi changé de sexe. En France, le festival de théâtre d'Avignon a annoncé que sa prochaine édition allait explorer « le genre, la trans-identité, la transsexualité ». Dans les médias internationaux, la transition de l'ancien décathlonien Bruce Jenner, devenu Caitlyn, a eu un écho retentissant en 2015. En l'espace d'un an, le National Geographic et Time Magazine ont tous deux consacré des couvertures remarquées au sujet, tandis que le groupe Condé Nast (Vanity Fair, Vogue, GQ...) lance fin octobre un nouveau média en ligne destiné à la communauté LGBT.
« Il n'y a plus de genre. Homme ou femme, maintenant on peut choisir ce qu'on veut être », assurait en 2015 Guram Gvasalia, le PDG géorgien du très en vogue label Vêtements, dont les collections sont mixtes. Sur les podiums, de New York à Paris, de Milan à Londres, hommes et femmes défilent de plus en plus en même temps, et beaucoup de nouvelles griffes proposent un vestiaire faisant fi du genre.

Le « phénomène Conchita Wurst »
Pour le philosophe français Thierry Hoquet, la nouveauté réside dans l'émergence d'un « phénomène Conchita Wurst », travesti autrichien portant barbe, maquillage et robes glamour, qui avait remporté le concours de l'Eurovision en 2014. « Aujourd'hui, on a des individus qui présentent des caractères très masculins ou très féminins mélangés. Ils ne cherchent pas à donner un portrait cohérent de ces signes », analyse ce spécialiste de l'histoire et de la philosophie de la biologie. Tout en reconnaissant que ces « pirates du genre » sont une « ultraminorité », l'auteur de Sexus Nullus, ou l'égalité (2015) et Des sexes innombrables (2016) juge qu'ils peuvent être « très influents ».
Une confusion qui n'est pas du goût de tout le monde : « Une bataille politique est menée aujourd'hui sur le terrain du genre », estime l'historienne américaine Joan W. Scott, l'une des pionnières des études de genre. « Les partisans de l'ordre établi, les groupes antigenre, comme le Vatican, les fondamentalistes religieux, les populistes, les nationalistes, et même certains au centre et à gauche, se sont organisés pour empêcher que ne se propage l'idée que le genre est fluide et toujours susceptible de changer », souligne-t-elle. Signe de telles résistances, le président américain Donald Trump a annoncé récemment vouloir interdire les recrues transgenres dans l'armée. En France, la forte mobilisation contre la loi sur le mariage homosexuel a donné lieu à des slogans comme « pas touche à nos stéréotypes » et une fronde contre une « théorie du genre » prétendument enseignée à l'école.
Pour la sociologue française Marie Duru-Bellat, auteure de La tyrannie du genre, paru jeudi aux Presses de Sciences Po, s'il y a « des modèles qui bougent » sur la scène culturelle, en revanche, dans la société, « il y a un durcissement, une radicalisation des clivages hommes/femmes ». « Il y a quand même beaucoup de gens pour qui l'égalité c'est la complémentarité, donc il ne faut surtout pas toucher aux modèles de genre tels qu'ils existent », conclut l'universitaire.
Anne-Laure MONDÉSERT/AFP

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