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Idées

Pour un retour aux « fondamentaux »

Liban
16/09/2017

La région du Moyen-Orient et ses États traversent une période très critique de leur histoire : les pouvoirs en place sont déstabilisés ; des frontières se meuvent ; et de nouvelles entités se pointent à l'horizon. Notre région devient l'espace de tous les bouleversements, de toutes les ambitions, et de toutes les manœuvres politiques et stratégiques.

À un moment de son histoire où le Liban fait face à de grandes mutations stratégiques régionales, et que les Libanais vivent les pires moments d'angoisses et d'incertitudes pour leur avenir, nos dirigeants actuels, loin de prendre conscience que c'est le sort de tout le pays qui est en jeu, ses institutions et sa raison d'être, abdiquent leurs responsabilités nationales et se confinent dans une approche politicienne, clientéliste et mercantile suicidaire.

Il est vrai que les problèmes de la région sont plus grands que notre capacité à les contrer. Mais, depuis notre indépendance à ce jour, le génie des Libanais a été celui d'avoir pu naviguer entre les différents courants qui n'avaient cessé de déstabiliser alternativement les uns ou les autres de nos voisins.

 

Textes fondateurs
Ce qui avait préservé notre pays durant des décades, c'était l'attachement du peuple et les leaders politiques de l'époque aux « fondamentaux » légués par les pères fondateurs de la nation. Tout au long de mon mandat présidentiel, j'avais à cœur la sauvegarde de l'essentiel de nos institutions, de notre entité nationale, de notre « message » universel tel qu'évoqué par Sa Sainteté Jean-Paul II.

J'entends par « fondamentaux », les textes fondateurs et les traditions libanaises, tels : le pacte national, la Constitution libanaise, l'accord de Taëf, nos valeurs traditionnelles et les us et coutumes non écrits (comme la détermination consensuelle de la communauté des trois présidents par exemple), sans oublier les accords internationaux et les résolutions onusiennes... Ces textes et coutumes, qui ont évolué pour être en harmonie avec leur temps, mais sans jamais se renier, ont fait la spécificité du Liban dans cet Orient agité, l'ont immunisé et ont préservé notre paix civile et politique, et consolidé le consensus interlibanais.

Ces « fondamentaux » sont de plus en plus ignorés et bafoués par nos dirigeants politiques actuels. « Le politique » a confondu le fondamental et le marginal, l'essentiel et le secondaire. Les textes, les usages et les valeurs fondateurs de l'entité libanaise sont devenus un « simple point de vue ». Les traditions démocratiques libanaises sont revues à la baisse, elles deviennent encombrantes pour certains intérêts et ambitions ; l'échelle des valeurs est renversée ; les droits fondamentaux sont ignorés ; la confusion des normes s'installe comme logique de gouvernement et ouvre la voie à tous les dérapages institutionnels ; les organes de contrôle neutralisés encouragent la corruption et la dilapidation des fonds publics à grande échelle avec ses conséquences économiques et sociales ; les résolutions, les accords et les traités internationaux souvent occultés...

Sous le couvert du pragmatisme et de la « raison d'État » – qui n'a rien de raisonnable –, toutes les hérésies sont permises. Ce pragmatisme se traduit par l'abdication vis-à-vis des responsabilités nationales. Cette approche devient la règle et le respect des principes fondamentaux l'exception. C'est une nouvelle culture politique – ou non-culture – qui est en train de s'imposer sur tous les plans, et, plus grave encore, une accoutumance à ces hérésies est en train de s'installer à tous les niveaux.

 

(Pour mémoire : Amine Gemayel pour que « toutes les vérités soient dévoilées »)

 

Double allégeance
Dans la pratique, tout se décide en dehors de ces « fondamentaux » :
– L'élection présidentielle est retardée indéfiniment pour servir des intérêts partisans et, sous le prétexte d'élire un président de la République chrétien fort, ce sont toutes les institutions de la république qui sont déstabilisées ou remises en question.
– Les élections législatives, générales ou locales, sont suspendues indéfiniment quand leur issue probable dessert les décideurs.
– Les gouvernements sont formés de telle sorte à empêcher toute censure ou opposition, et s'arrogent des pouvoirs discrétionnaires en contradiction avec les lois et les traditions démocratiques libanaises. D'ailleurs, toutes les grandes décisions du législatif et de l'exécutif se prennent en catimini dans une logique de compromis opportuniste, et soumises au Parlement ou au gouvernement pour être entérinées sans délibérations et en dehors de toute transparence.
– Le Conseil constitutionnel est confisqué de quorum lorsqu'il peut devenir encombrant.
– Les organes de contrôle de l'administration sont neutralisés par n'importe quelle astuce pour donner libre cours à la corruption et la dilapidation des fonds publics.
– La justice est remise au pas par des interventions directes de la part de l'exécutif ou par des mutations intempestives discrétionnaires qui servent de message à toutes velléités d'indépendance des magistrats en vertu du principe élémentaire de la séparation des pouvoirs.
Mais le plus grave est le problème de la double allégeance. Comment un pays peut-il survivre alors qu'une grande frange de la population prône haut et fort son allégeance à un pays étranger et se dévoue au service de cet État au détriment des intérêts supérieurs de son propre pays ? Lorsqu'une faction érige sa propre souveraineté aux dépens de la souveraineté nationale, et ceci au service d'un État tiers ou qu'elle engage le pays unilatéralement dans des aventures guerrières aux conséquences désastreuses pour le pays ? Nous avions fait à plusieurs étapes de notre histoire la douloureuse expérience de ce genre d'entorses aux impératifs souverainistes de la république et ses conséquences sur l'unité nationale et la sécurité du citoyen, ainsi que sur la crédibilité internationale du Liban.

Il n'est pas trop tard pour redresser le pays et rétablir la confiance. Il suffit pour les leaders politiques de revenir à la source, aux « fondamentaux » qui ont préservé le pays, les institutions et le moral des Libanais depuis l'indépendance. Ces « fondamentaux » ont motivé la résistance du peuple aux pires moments de son histoire. Ils sont indissociables de la raison d'être du Liban, donc de son indépendance et de sa pérennité. À chaque fois qu'on s'en est éloigné, le pays s'est déstabilisé et encouru les pires conséquences, souvent meurtrières.

Ceci n'est pas un point de vue partisan, personnel ou politique. C'est la vérité pure, en harmonie avec les lois universelles. La survie du Liban, l'évolution de ses institutions, le développement de son économie et la consolidation de son rôle dans la région et dans le monde dépendent de ce retour des Libanais aux « fondamentaux » qui sont le secret et les conditions de sa réussite, de sa survie même.

Ancien président de la République (1982-1988)

 

Pour mémoire

Réconciliation de la Montagne : Amine Gemayel dénonce « une tentative de monopolisation »

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RE-MARK-ABLE

ÇA TOMBE BIEN EN PLUS, C'EST AMINE GEMAYEL ANCIEN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE QUI ÉCRIT.

JE DIRAI LOOK WHO'S TALKING ...!!!!!!!!

Le Faucon Pèlerin

A propos de la "double allégeance". En 1945, le général de Gaulle avait dit aux députés communistes qui ne juraient que par l'Union soviétique : "Vous n'êtes pas à gauche, vous êtes à l'Est."
Permettez-moi de citer pour la énième fois Georges Naccache, fondateur de L'Orient : "Deux négations ne font pas une nation."
Revenons tous à essentiel du Pacte de 1943 : "Ni Est ni Ouest" et Dieu pour tous. Vive le Liban.

gaby sioufi

TOUT A ETE DIT ET REDIT DES MILLIERS DES MILLERS FOIS,
RAREMENT a t on pointe du doigt LE VRAI DRAME SOURCE DE TOUS NO MAUX -je cite: """Mais le plus grave est le problème de la double allégeance"""
TOUT LE RESTE N'EST QU'ECRAN DE FUMEE DESTINE A AVEUGLER , A INTOXIQUER ET DESINFORMER.
SI seulement les media -NOMBREUX SONT ILS QUI Y CROIENT???--faisaient un matracage mediatique , 1=EN PUBLIANT CHAQUE JOUR LES ANALYSES , ETUDES, STATISTIQUES,HISTORIQUES ET TEMOIGNAGES QUI S'Y RAPPORTENT 2=EN NE PUBLIANT + les betises analytiques emises par les uns et les autres.

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