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La Dernière

Deux lettres, un point... et la femme se libère

This is America

Excusez-moi, c'est Mrs. ou Miss ? Non, c'est Ms. Ms. : grâce à deux consonnes et un point, cette question embarrassante a été abolie, effaçant par là même le lourd poids du statut personnel de la femme.

25/08/2017

Ms. Ce terme a été lancé il y a des décennies, sans vraiment s'annoncer, en pleine effervescence du Women's Lib par une jeune femme, Sheila Michaels, décédée en juin dernier à l'âge de 78 ans, et qui avait embrassé cette cause. Son initiative a commencé par hasard : au début des années 60, partageant un appartement avec une amie, elle découvre en triant le courrier une enveloppe libellée au nom de sa colocataire Ms. Mary Hamilton. Elle croit d'abord à une erreur typographique. « Pas du tout », lui répond Mary, qui semblait familière avec ce terme et avec l'expéditeur de la lettre, The Marxist Publication News and Letters. En effectuant de plus amples recherches, elle découvre que le Oxford English Dictionary avait déjà repéré ce mot dans un article publié en 1901 par un journal du Massachusetts, le Sunday Republican. Il y est écrit : « L'abréviation Ms. est simple et facile à écrire. Elle peut être utilisée en différentes circonstances. Elle a la résonance de Mizz qui, dans beaucoup de régions rurales, était une mauvaise prononciation de Miss, faisant office aussi bien de Miss que de Mrs. »

Cette appellation, très peu connue et peu utilisée alors, Sheila Michaels a vu l'importance de l'adopter car, contrairement à Miss et Mrs., elle ne qualifierait pas les femmes selon des catégories précises, à savoir mariées ou célibataires. Elle était d'ailleurs à la recherche d'un titre qui pourrait les dissocier d'un homme. Elle-même, née dans le Missouri en 1939, d'une liaison extraconjugale de sa mère avec un étranger, n'avait connu son père qu'à l'âge de 14 ans. Elle avait confié que n'ayant pas été reconnue, elle n'avait voulu dépendre de personne, précisant aussi : « Comme je n'ai pas appartenu à mon père, je ne voulais pas appartenir à un mari ou une quelconque personne qui me dirait quoi faire. »

Ms. devient une revue féministe libérale
Sheila Michaels s'est donc fait l'avocate du Ms., privilégiant d'abord la personnalité des femmes, enfermées dans l'expression sexe faible, par opposition au sexe fort. Ce concept tombait à pic alors que le mouvement de libération des femmes, dont elle était un membre actif, brandissait des principes similaires. Aussi, le terme Ms. a interpellé l'une des grandes prêtresses de ce mouvement, Gloria Steinem, qui l'a choisi comme nom pour la revue, évidemment féministe et libérale, qu'elle était sur le point de publier, et qui paraît toujours, 45 ans plus tard. Le premier numéro apparaît ainsi sous le titre Ms., en juillet 1972, avec en couverture cette annonce : Wonderwoman for President. Avec l'image de l'héroïne de la bande dessinée survolant un site à feu et à sang, d'un côté, et de l'autre une pancarte clamant Peace and Justice in 1972, allusion à la guerre du Vietnam qui s'achèvera trois ans plus tard.

Pour sa part, Sheila Michaels ne s'est pas arrêtée en si bon chemin, continuant à exposer, par le biais des médias et d'incessantes conférences, l'impact et l'efficacité de ce terme ancien qui a trouvé sa place des années plus tard. En 1986, après huit ans de « croisade », comme l'a qualifié son initiatrice, le terme de Ms. s'est si bien imposé qu'il a été adopté par le New York Times. Le journal a précisé qu'il n'avait pas été utilisé auparavant car le terme était absent du langage courant, mais qu'il avait enfin trouvé sa nouvelle signification.
In fine, le titre Ms. allait comme un gant à Sheila Michaels, qui a vécu plusieurs vies tout en étant fidèle à son combat. On la retrouve, tour à tour, travaillant auprès d'instituts de droits civils, puis comme éditrice et historienne. Elle a également officié (ponctuellement) derrière les fourneaux d'un restaurant durant ses brèves années de mariage (qui se sont terminées par un divorce) avec un restaurateur japonais. Son meilleur souvenir ? La période où elle fut chauffeur(e) de taxi à New York. Toutes les identités de cette révolutionnaire tranquille illustrent parfaitement la portée actuelle du terme Ms., à présent banalisé et couramment utilisé dans les correspondances et le langage professionnel des pays anglophones.

 

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