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La Dernière

« 4:44 », l’heure pour Jay Z de se confesser

This is America

L'artiste partage son trip en murmures et confidences, dans un treizième album attendu.

14/07/2017

Il est (presque) 5 heures ce jour-là lorsque Jayonce (Jay Z et Beyonce), le couple le plus flamboyant du showbiz, s'éveille. L'époux se met alors à composer son nouvel album sorti le mois dernier et qu'il a simplement intitulé 4:44. Un teasing autour du chiffre a semé le trouble quelques jours avant que le public en découvre la signification. Cet album est l'occasion pour l'artiste de faire peau neuve avec la première chanson : Kill Jay Z – un Jay Z « qui n'était jamais assez », « qui a tiré sur son frère », « qui a été dragueur, infidèle, opportuniste ». Un mea culpa suivi de bonnes résolutions : « Tout ça, tu le sais, "nigga", tu te dois de mieux faire, tu le dois à Blue Ivy. » Blue Ivy, sa fille de 5 ans qu'il a fait rapper dans cet album.

Les neuf autres titres dévoilent son âme. Et en particulier le côté afro-américain de cette âme, pas totalement allégée des problèmes liés à sa couleur. Ainsi, The Story of OJ, ou comment réussir à transformer cet énorme succès en quelque chose de plus important que l'argent ; Smile, une ode à sa mère, homosexuelle, qui fait son coming out ; Caught Their Eyes, et l'importance d'être toujours à l'écoute de son environnement ; 4:44, le titre phare du projet que l'artiste considère comme l'un de ses meilleurs morceaux ; Family Feud, sur les querelles de famille, de race et de classe ; Moonlight, une référence subtile au film La La Land qui, par erreur, a remporté l'Oscar du meilleur film, et qui, quelques instants plus tard, a dû le remettre à Moonlight , Marcy Me, une ballade nostalgique dans Marcy, ou encore Legacy, une conversation avec sa fille au cours de laquelle il parle de son père, fils de prêcheur).

 

Les Juifs et le crédit
Dans ce 13e album studio en solo, le roi du rap, âgé de 47 ans, a renoncé aux rythmes soutenus en faveur de sonorités plus fluides, accompagnés d'une voix plus patinée. Rien n'y est lustré, ni la cadence, ni les mots, ni les sentiments. Pas de fioritures cette fois non plus, de la pochette, couleur neutre beige, comporte uniquement le titre 4:44, aux sujets abordés dans une permanente remise en question. La composition ne tombe pas dans le sensationnel, mais va droit au but, avec une subtilité railleuse, et quelques touches culturelles et politiques. Jay Z est considéré comme l'un des très rares rappeurs à porter son message avec autant de créativité et de force, comme s'il coulait de source, voilant, presque, le travail ardu. Un vrai vétéran qui a mérité de faire partie des Songwriters Hall of Fame où il a été le premier rappeur à être accueilli.

Né Shawn Carter, en 1969, à Brooklyn, dans une famille de quatre enfants, délaissés par le père, il transite par plusieurs écoles et collèges sans jamais obtenir un diplôme. Tout petit, il joue des percussions sur la table de la cuisine. Adolescent, il cherche sa voix dans cette direction en faisant, parallèlement, le commerce de différentes drogues. La musique prend heureusement le dessus, le freestyle le fait connaître sous le nom de Jazzy, mais il lui préférera celui de Jay Z, en hommage à son mentor Jaz-O. Puis, l'irrésistible ascension aidant, avec notamment 21 Grammy Awards, le chanteur se libère en éliminant le trait d'union et devient son propre homme, Jay Z, le plus grand Master of Ceremony de tous les temps. Doublé d'un homme d'affaires de grande envergure, il fait partie des Afro-Américains les plus riches, avec une fortune estimée en 2016 par le magazine Forbes à 610 millions de dollars. En 2008, il épouse la superstar du showbiz, Beyonce. À eux deux, ils totalisent trois enfants et une fortune de plus d'un milliard de dollars.

Pas de succès phénoménal et pas de Jay Z sans controverse. Il y a quelques jours, il s'est attiré l'ire de la communauté juive dont il dit, dans la chanson The Story of OJ, qu'elle possède toutes les propriétés américaines. Il rappe à ce sujet sur ces mots : « Voulez-vous savoir qu'est-ce qui est plus important que de jeter son argent dans un strip-club ? Le crédit. Vous vous demandez comment les Juifs possèdent toutes les propriétés américaines ? C'est ainsi qu'ils le font. » Les nombreux défenseurs de l'artiste arguent que c'est là un compliment et que Jay Z, appuyé par la ligue antidiffamation, a toujours mis sa célébrité au service de la lutte contre les démons du racisme et de l'antisémitisme.

 

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