Liban

Aujourd’hui, un Conseil des ministres « ordinaire », mais en apparence seulement

Exécutif

Qaa, la grille des salaires et les élections partielles s'inviteront forcément au débat ministériel.

09/08/2017

Officiellement, le Conseil des ministres d'aujourd'hui ne planchera ni sur la grille des salaires, dont les conséquences financières font actuellement polémique, ni sur les élections partielles qui devraient en théorie avoir lieu en septembre, ni sur l'offensive de l'armée contre le groupe État islamique dans le jurd de Qaa et de Ras Baalbeck. Ce sont donc des points uniquement dits « ordinaires » qui devront être examinés, mais la richesse et la complexité de l'actualité politique tant sur le plan social que sécuritaire fait que la discussion autour de ces dossiers brûlants s'invitera inévitablement à la table ovale du Conseil.

Ainsi, lors du débat de politique générale par lequel s'amorce la séance, il sera forcément question de la mission dont l'armée aura la charge pour lutter contre le terrorisme jihadiste dans l'est du pays. Une source ministérielle affirme à L'Orient-Le jour à ce sujet que « la décision est prise », il reste à présent à décider des détails de l'opération militaire en tant que telle. « Le gouvernement et le Parlement ont donné leur couverture à l'armée, cela ne fait plus aucun doute. Il reste donc à savoir comment en pratique éviter de s'enliser dans le bourbier d'une bataille qui ne s'avère pas simple, loin de là, et qui, à maints égards, pourrait prendre la forme d'un "piège". C'est du moins la perception d'une partie du gouvernement qui cherche à éviter à tout prix une éventuelle coopération militaire forcée avec l'axe syro-iranien si l'armée se retrouve enlisée lors de cette offensive », poursuit cette source.

« Aujourd'hui, le Conseil supérieur de défense a fait allusion dans sa déclaration à un possible recours à la coalition internationale » qui est déjà active en Syrie et en Irak dans la lutte contre l'État islamique. L'avantage de cette option, c'est que la coopération avec ladite coalition ne nécessite pas le vote d'une résolution internationale, mais selon la source ministérielle précitée, « on n'en est pas là encore » et il est donc prématuré de se soucier des détails techniques de cette potentielle demande d'assistance militaire.

 

(Lire aussi : Le Conseil supérieur de la défense réaffirme son engagement auprès de la coalition internationale)

 

Quadrature du cercle
Mais la quadrature du cercle à laquelle le gouvernement est aujourd'hui confronté est indéniablement la grille des salaires de la fonction publique et les nouvelles taxes qui ont été votées pour la financer. Le sujet ne figure pas non plus à l'ordre du jour du Conseil aujourd'hui, mais il sera difficile pour les ministres d'éviter d'en parler au vu de l'ébullition sociale que cette récente loi a provoquée. Le texte se trouve aujourd'hui dans les tiroirs de Baabda où il attend la signature du président de la République, Michel Aoun. Ce dernier, selon une source ministérielle proche du dossier, se trouve pris en tenaille entre la grille des salaires qu'il estime légitime et les taxes qu'il estime tout aussi justifiées à l'aune de la situation financière et budgétaire actuelle du pays. Michel Aoun aurait ainsi affirmé à la source précitée : « Si je signe le texte ou si je le renvoie, dans les deux cas c'est la catastrophe. » Le président envisage peut-être de se donner du temps en réclamant que deux ou trois amendements soient effectués le temps que le budget soit voté, car en l'absence de budget il est difficile d'entrevoir l'ampleur du gouffre financier dans lequel est plongé le pays. Mais ce qui est sûr, c'est que « sans nouvelles taxes, nous sommes sur le point de nous engouffrer dans une déroute financière », note le ministre précité. Une impression confortée hier par la déclaration du député CPL Alain Aoun qui a clairement souligné l'importance de préserver « l'équilibre entre les rentrées financières et la grille des salaires ».

 

(Lire aussi : Nouvelles taxes sur l’alcool au Liban : quel impact sur le commerce avec l’UE ?)

 

Élections partielles
Troisième point et non des moindres, qui ne figure pas à l'ordre du jour mais qui se fait de plus en plus pressant, la question de l'organisation des élections partielles. Or de toute évidence les principaux responsables politiques rechignent à ce que ce scrutin ait lieu, chacun pour des raisons particulières et ayant trait à ses intérêts politiques directs.

Ainsi, la réunion interministérielle d'hier qui a été consacrée à la loi électorale et qui était présidée par le Premier ministre Saad Hariri n'a pas abordé la question des trois partielles censées être organisées (deux à Tripoli et une dans le Kesrouan), mais uniquement sur les législatives générales de mai prochain, selon une source proche du dossier. Réunion d'ailleurs résumée en termes laconiques par le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk : « Nous avons planché sur les aspects techniques de la loi électorale, d'autres réunions vont suivre avant que ce dossier ne soit étudié en Conseil des ministres. »

Il reste que du côté de Baabda, on insiste pour la tenue des partielles, conformément aux dispositions de l'article 41 de la Constitution en vertu duquel une partielle doit être organisée dans un délai de deux mois en cas de vacance d'un siège à la Chambre, sauf si l'on se trouve à moins de six mois des élections générales.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REUNIS OU PAS REUNIS LE BATEAU NAVIGUE SEUL AU GRE DES TOURMENTES...

Marie Claude Hélou Saadé

Non, Monsieur le président, les taxes ne sont pas justifiées tant que la corruption généralisée que les médias dénoncent quotidiennement et que les responsables eux-mêmes avouent publiquement sévit en reine dans le pays. Non, Monsieur le président, la catastrophe n’est pas une fatalité. Elle n’aura lieu que si vous vous abstenez de renvoyer la grille des salaires et les nouvelles taxes au parlement pour seconde lecture car signer des textes improvisés, mal conçus et inadéquats vont aggraver la récession, engendrer le chaos et ruiner l’économie.
Non, Monsieur le ministre, la déroute financière, si elle devait avoir lieu, ne serait due qu’à votre gestion calamiteuse des affaires de l’Etat et ce n’est pas en extorquant des impôts aux citoyens auxquels vous ne donnez rien en retour, que vous allez régler le problème. Allez donc fermer les officines de pillage des biens de la Nations et vous récolterez des rivières de diamants; et si vous en êtes incapables, alors démissionnez et laissez à d’autres le soin de s’acquitter de cette tâche. N’avez-vous pas compris que les temps ont changé? Vous avez provoqué l’ire de 352 magistrats qui se sont rebellés contre vos décisions insensées! Et vous voulez continuer?
Quant à vous, Monsieur le député, de quel équilibre parlez-vous lorsqu’une partie significative des rentrées financières de l’Etat sont effrontément détournées au vu et au su de tous les responsables du pays? On croit rêver…

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