Liban

Les 80 ans de Radio-Liban : que reste-t-il de la période dorée ?

Anniversaire

Une cérémonie est prévue aujourd'hui pour célébrer l'histoire de la radio nationale fondée avant l'indépendance, qui est aussi mouvementée que celle du pays.

09/08/2017

Le ministère de l'Information célèbre aujourd'hui les 80 ans de Radio-Liban, la radio officielle libanaise fondée en 1938 sous le mandat du président Émile Eddé. Plusieurs artistes de la période dite « dorée » seront à l'honneur au cours de cette cérémonie, selon le communiqué officiel. La radio elle-même a connu sa période de faste et des temps difficiles, une histoire qui a épousé en tous points celle du pays...

La radio officielle, appelée alors Radio-Orient, est donc fondée en 1938, sous mandat français, son siège se trouvant au Grand Sérail à Beyrouth. En 1946, le gouvernement libanais prend officiellement possession de la station, en vertu de protocoles officiels, sous le mandat du président Béchara el-Khoury. C'est à ce moment-là qu'elle est rattachée au ministère de l'Information et du Tourisme, et qu'elle prend le nom de Radio libanaise (« Dar al-izaha al-Loubnaniya »). Autre date importante : janvier 1958, avec la pose de la première pierre de l'actuel siège de la radio à Sanayeh, doté, en ce temps-là, de toutes les technologies de pointe de l'époque, dont sept studios et une bibliothèque d'archives. Radio-Liban en français verra le jour grâce à une collaboration avec les Français, renforcée d'une collaboration avec RFI depuis les années 90. Avec l'apparition de la FM (ondes courtes), Radio-Liban s'adapte progressivement et émet actuellement sur les fréquences 98,5 et 98,1 (96,2 pour le français).

Des archives sauvées du feu de la guerre
Radio-Liban a connu une période dorée durant les années 60 et la première moitié des années 70, tout comme le pays. Une période dont Camille Menassa a été témoin, puisqu'il a été directeur de la radio jusqu'à sa démission, en 1971, quand il a rejoint les familles de L'Orient-Le Jour et d'an-Nahar. « Je me souviens avoir lutté durant des mois pour changer le nom de la radio, qui est alors devenue Radio-Liban (et non plus libanaise), se souvient-il. Une autre mesure que j'avais alors prise était d'imposer la diffusion de chansons de Feyrouz juste après l'hymne national le matin, pour remplacer des airs qui n'étaient pas toujours de qualité. Cette tradition se perpétue aujourd'hui ! »

Pour Camille Menassa, « c'était réellement une période dorée » : les salaires des grands noms de la radio étaient améliorés, les studios refaits... De vrais jours de faste au cours desquels la radio publique couvrait tout le territoire sans problème. « Tous les programmes étaient de grande qualité », assure M. Menassa, pour qui la radio a subi, après la guerre, un déclin au niveau de la gestion et des équipements.

Durant les jours noirs de la guerre, la radio a naturellement été affectée. Sawsan Hatab s'en souvient, non parce qu'elle était personnellement impliquée (même si elle est employée à la radio actuellement), mais parce que ses parents y ont joué un rôle prédominant. Sa mère Mountaha Serdar y a créé les archives avec Émile Fakhoury, et son père Saadeddine Hatab était à la direction des programmes. Il s'est lui aussi personnellement occupé de la protection des archives après l'invasion israélienne de 1982, les préservant des affres de la destruction et méritant, ainsi que sa femme, une distinction de la part du président Élias Sarkis pour leur dévouement.

« L'équipe qui gérait la station durant la guerre, avec Kazem Hajj Ali comme directeur et Nizar Mikati comme directeur des programmes, a su préserver la ligne nationale libanaise malgré les menaces régulières de miliciens, affirme Sawsan Hatab. Une anecdote illustre cela : malgré la partition de la ville, Hajj Ali, pour obtenir que la radio nationale continue d'être alimentée régulièrement en électricité, a contacté EDL qui se trouvait dans la partie est de la ville, de l'autre côté. Et il a été entendu immédiatement. »

« Des programmes de qualité, sans publicité... »
Dans le giron de Radio-Liban en arabe est née une station francophone qui est actuellement unique en son genre dans le paysage radiophonique libanais, avec une large part de diffusion de programmes de RFI, depuis les années 90. Wafa Khochen, 33 ans d'ancienneté au sein de la radio nationale, insiste sur les valeurs que porte cette radio, même si elle déplore le manque de moyens. « C'est une radio de qualité, avec des programmes diversifiés présentés par des connaisseurs, et sans publicité, dit-elle. Elle offre une initiation à ce qui se passe sur les scènes musicale et artistique en général. À mon avis, elle a une part importante d'audience. »

Si la radio nationale – comme tout ce qui est officiel d'ailleurs – a connu des temps difficiles au cours des dernières décennies (au bénéfice du privé, vous diront certains) par rapport à cette fameuse « période dorée » toujours ancrée dans les mémoires, peut-elle, aujourd'hui, prétendre à un avenir radieux ? Nous n'avons pas réussi à joindre hier le ministre de l'Information, Melhem Riachi, auteur de cette initiative pour célébrer les 80 ans de la radio, afin de le sonder sur d'éventuelles perspectives. Mais Wafa Khochen se veut optimiste. « Je ne connais pas le ministre mais il me paraît comme quelqu'un d'actif et qui s'y connaît dans ce domaine », dit-elle.

 

 

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Youssef Howayek, gentleman-journaliste

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Sarkis Serge Tateossian

La photo ...un vrai plaisir.
Un anniversaire modeste mais oh combien significatif.
Des combattants de la lumière. J'aime

Wlek Sanferlou

Super souvenirs d'un trésor libanais à polir et dépoussiéré. Radio Liban à un rôle important dans notre patrie

Le Faucon Pèlerin

"Ici Radio-Levant Beyrouth" et "Houna Radio ech-Charq Beyrouth" puissance cinq watts.. Qui de mes contemporains n'avait pas entendu ces deux appels sur onde moyenne... Leur siège était à la rue de l'Armée. Je me souviens du nom du speaker en arabe, un certain Monsieur Akl. "Radio-Levant" et "Radio Brazzaville" étaient les seules radios de la France Libre bien avant Radio-Alger.
Devenues "Radio diffusion libanaise" et "Al-Iza'aa al-Lebnaniya". Monsieur Copi présentait dans les années 50 le "Concert des auditeurs" durant lequel douze à treize chansons françaises nous étaient offertes dont la moitié de Tino Rossi.

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