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Culture

Sous le grand chapiteau de la satire et de la fantaisie

Festival de Beiteddine

Comédiens, musiciens, funambules, magiciens et clowns, réunis par Hicham Jaber sur la scène de la cour intérieure du palais des Émirs, ont monté un véritable cirque*... politique.

04/08/2017

Tout commence par l'arrivée d'une organisatrice d'événements, personnage devenu bien familier de la scène sociale libanaise. Chargée d'organiser non pas un mariage ni une réception, mais des élections, elle donne déjà le ton de la satire qui porte à bras-le corps le spectacle al-Cirque as-siyassi (Le Cirque politique), mis en scène par Hicham Jaber, qui a écrit les paroles et composé quelques-uns des titres du spectacle produit par le Festival de Beiteddine. Yasmina Fayed, excellente interprète, chanteuse et comédienne de boulevard, mi-diablesse, mi-Castafiore, déballe dans ce cirque calicots, slogans et autres manipulations verbales afin de présenter son candidat au peuple ignare. Familier, dites-vous ? Et pourtant, au début du spectacle, en toutes lettres sur l'écran, était inscrit que toute ressemblance avec des personnages ou lieux est purement fortuite. L'action ne se passe pas au Liban, mais dans une contrée imaginaire qui a pour nom Khirbit al-ahlam ou le dépotoir des rêves. Le pays du Cèdre n'est-il pas ce large dépôt où détritus s'entremêlent et s'entrechoquent avec les illusions dans un grand fatras ?

 

(Lire aussi : Emel Mathlouthi, révélation et révolution au palais des émirs)

 

Aller plus haut...
La métaphore n'est pas aisée, et comparer la politique à un cirque, un exercice bien ardu. Or la troupe du Métro al-Madina, sous la direction artistique du maestro Jaber, qui a habitué son public à des performances comme Hishik bishick et Bar Farouk, a voulu placer la barre plus haut cette fois-ci, et sauter à cloche-pied du simple spectacle de cabaret à une performance plus large à caractère mi-social, mi-burlesque, mi-figue, mi-raisin. On grince des dents et on rit à gorge déployée devant des scènes parfois dramatiques et blessantes – car elles renvoient à notre propre réalité –, parfois drôles et exubérantes – qu'est-ce que le rôle du théâtre sinon rire de ses propres défauts et faiblesses ? Sous la houlette de Loubnan Baalbaki (qui surfe entre la musique classique et celle de la fanfare) et porté par la musique de scène de Ziad el-Ahmadieh (présent malgré son bras en écharpe), ainsi que les dialogues acérés mais si absurdes et décalés de Hicham Jaber, l'ensemble – formé entre autres de Naïm el-Asmare et de Fayek Homaissy, auxquels se sont joints des acrobates venus de l'étranger –, injecté de vitamine et d'adrénaline, offre à voir des tableaux créatifs où les mots épousent les acrobaties et performances de gymnastes.

Véritable cour des miracles avec son gnome à béquille, sa femme à barbe, son clown géant et tant d'autres personnages à la Fellini ou à la Tim Burton, tout ce petit monde défile, en costumes signés Mahmoud Safi, sur la scène du palais de Beiteddine, faisant succéder les saynètes, nimbées d'un très bon jeu de lumières mais qui pêchent parfois par quelques longueurs. Non dépourvus d'originalité, même si certains textes sont superflus, ils sont rattrapées par une très belle intro et un final magnifique qui va crescendo, où le tragique se mêle au joyeux. Le fond en images mouvantes et éloquentes accentue le côté absurde et boulevardien du spectacle. Comme s'il était touché par une baguette magique, le grotesque se transforme tout à coup en poésie. Après tout, ne sommes-nous pas dans un cirque, plateforme de tous les possibles ?

*« Le Cirque politique » se joue ce soir encore à Beiteddine à 20h30

 

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Douze Martini – rosés, s'il vous plaît !

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