Crise du Golfe

Les efforts diplomatiques d’Erdogan sont-ils vains ?

Il semble que la Turquie cherche à prendre le relais du Koweït, alors que l'expulsion de diplomates iraniens de l'émirat a brisé son image d'intermédiaire « neutre ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) et le roi Salmane d’Arabie saoudite, hier, à Djeddah. Photo HO/AFP

Recep Tayyip Erdogan s'acharne. Le président turc a entamé hier une nouvelle tournée diplomatique de 48 heures dans le Golfe, destinée à apaiser les tensions entre le Qatar et quatre autres pays arabes (l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Égypte). Ces derniers ont rompu début juin leurs relations diplomatiques avec l'émirat gazier et imposé des sanctions à Doha, qu'ils accusent de soutenir le terrorisme et de pencher vers l'Iran chiite, allégations que rejette le Qatar.

Première étape de sa tournée, le président Erdogan s'est entretenu hier avec le roi Salmane d'Arabie saoudite à Djeddah. Le souverain saoudien a évoqué avec M. Erdogan la conjoncture régionale et « les efforts déployés pour lutter contre le terrorisme et ses sources de financement », selon l'agence officielle SPA. « Il n'est dans l'intérêt de personne que cette crise se prolonge davantage, a déclaré M. Erdogan lors d'une conférence de presse à Istanbul, avant de prendre l'avion pour l'Arabie saoudite. Le monde musulman a besoin de coopération et de solidarité, pas de nouvelles divisions. » Le président turc a également indiqué qu'il soutenait la médiation de l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, appelant les autres pays de la région et la communauté internationale à apporter un « soutien fort » aux efforts de son « frère ».

Le président turc a également rencontré le puissant prince héritier Mohammad ben Salmane avant de s'envoler pour le Koweït, deuxième étape de sa tournée. À son arrivée hier soir à Koweït, il a été reçu par l'émir, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, médiateur dans la crise sans précédent que traverse le Golfe. Aujourd'hui, il sera reçu au Qatar par l'émir cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, dont l'accueil devrait être particulièrement chaleureux en raison du soutien affiché par M. Erdogan à Doha.

Si Ankara tente de jouer un rôle de médiateur entre les différentes parties, sa prise de position sans ambiguïté en faveur de Doha a réduit sa marge de manœuvre, estiment nombre d'analystes. La Turquie est un proche allié du Qatar, avec lequel les relations se sont fortement développées ces dernières années, sur les plans économique, diplomatique et sécuritaire. « Ils ne sont pas seulement proches sur le plan idéologique, Ankara dispose d'une base militaire » dans l'émirat gazier, souligne à L'Orient-Le Jour Bayram Balci, chercheur au CNRS-Paris et spécialiste de la Turquie. Autre signe de leur proximité, la Turquie a envoyé plusieurs cargaisons de denrées alimentaires par voie aérienne et maritime au Qatar depuis le début de la crise.

 

(Lire aussi : La Turquie « n'a plus de place de médiateur » dans le Golfe)

 

 

Opinion publique turque
Mais Ankara entretient parallèlement de bons rapports avec l'Arabie saoudite, poids lourd des monarchies du Golfe et partenaire économique et commercial important pour Ankara. M. Erdogan a d'ailleurs souligné samedi que le roi d'Arabie saoudite avait un « rôle important » à jouer en tant que « doyen de la région ».
Une autre facette de la crise est quelque peu oubliée : la dimension interne. « Il s'agit de montrer à l'opinion publique turque que la Turquie reste un pays important, malgré son isolement croissant des dernières années, et a un rôle à jouer dans une crise qui certes touche les pays du Golfe, mais préoccupe la communauté internationale », avance M. Balci.

Il semblerait donc que la Turquie cherche à prendre le relais du Koweït, médiateur de choix depuis le début de la crise. Mais l'expulsion de diplomates iraniens du Koweït jeudi dernier a envenimé la situation, brisant dans la foulée son image d'intermédiaire « neutre ». Il y a peu de chances néanmoins que la tournée du président Erdogan aboutisse. La position qatarie semble immuable, malgré une offre de dialogue faite vendredi par l'émir du Qatar, qui refuse de se laisser dicter sa conduite. Les 13 conditions posées par Riyad, comme la fermeture de la télévision al-Jazeera, sont de fait devenues 6 « principes », mais ont également été rejetées par Doha. « C'est peine perdue. La crise dépasse le président Erdogan et durera encore plusieurs mois. Les conditions imposées par Riyad et ses alliés sont tellement draconiennes qu'il me paraît difficile que la Turquie réussisse à convaincre le Qatar de satisfaire les demandes de ses voisins », juge M. Balci.

 

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commentaires (3)

Dites moi, quand les présentateurs et présentatrices du journal télévisé lisent "Recep Tayyip Erdogan", pourquoi les prénoms sont-ils prononcés "Rajab Tayyib", alors que le nom Erdogan est prononcé en français? Heureusement que la translitération du nom du président russe Пу́тин n'est pas prise à la lettre, sinon on obtiendrait "Putin"...Pas très beau en français, non? C'est pourquoi je suggère que le nom du président turc s'écrive "Erdogane", pour qu'on le prononce correctement!

Georges MELKI

09 h 56, le 11 août 2017

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Commentaires (3)

  • Dites moi, quand les présentateurs et présentatrices du journal télévisé lisent "Recep Tayyip Erdogan", pourquoi les prénoms sont-ils prononcés "Rajab Tayyib", alors que le nom Erdogan est prononcé en français? Heureusement que la translitération du nom du président russe Пу́тин n'est pas prise à la lettre, sinon on obtiendrait "Putin"...Pas très beau en français, non? C'est pourquoi je suggère que le nom du président turc s'écrive "Erdogane", pour qu'on le prononce correctement!

    Georges MELKI

    09 h 56, le 11 août 2017

  • Comment pourrait il reussir ? Erdo a mauvaise presse avec l'ue, il est en chamaille avec les usa, cet homme versatil n'est pas fiable et il affiche ouvertement son choix du qatar. À part vouloir exister sur la scène mondiale je ne vois pas comment il pourrait reussir avec des arabes wahabites de toute façon manipulés par qui on sait.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 50, le 24 juillet 2017

  • PEINE PERDUE DE L,APPRENTI MINI SULTAN... IL EST REJETTE PAR TOUS LES PAYS GOLFIQUES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 21, le 24 juillet 2017