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Liban

Trois expositions pour mettre en relief les cas des disparus de la guerre du Liban

Droits de l’homme

L'ONG « Act for the Disappeared » a présenté le week-end dernier l'histoire de personnes disparues pendant la guerre de 1975. Trois quartiers de Beyrouth ont été choisis pour placer le sujet au cœur de l'espace public.

11/07/2017

Venu assister à l'exposition « Jusqu'à ce que nous connaissions leur sort », organisée vendredi soir, à Hamra, par l'ONG Act for the Disappeared pour sensibiliser l'opinion au sort des disparus de la guerre du Liban, Mohammad est hagard. Le sexagénaire reste planté devant l'une des dix lampes installées devant le théâtre al-Madina sur lesquelles sont écrites les histoires respectives des disparus. « Comment des esprits aussi tordus ont-ils pu agir dans un pays comme le nôtre... », se lamente-t-il. Le professeur retraité, aux cheveux courts grisonnants et au regard sombre, fixe avec tristesse la photo de la famille Khalil, dont il vient de lire le récit. Sur celle-ci, la jeune Nariman apparaît souriante, entourée de ses parents Nouri et Fadili. Mais tous ont été séparés quelques mois plus tard, lorsque des miliciens ont enlevé le père de famille et sa femme. « Ces pauvres gens n'avaient rien fait pour mériter cela », soupire Mohammad.

Le couple Khalil fait partie des dizaines de milliers de disparus pendant la guerre de 1975. Act for the Disappeared agit depuis 2012 pour découvrir le sort de ces personnes. L'ONG a présenté, au cours de cette exposition, son livret Ne laissez pas mon histoire s'interrompre ici, dans lequel elle narre le récit de trente disparus. Elle s'est pour cela servi de sa plate-forme numérique « Fushat Amal », qui regroupe depuis 2015 des biographies, des photos et des informations sur la disparition des Libanais.

 

« Ici, tout le monde se fout du sort des disparus »
À quelques mètres de Mohammad, Carla, trentenaire à la chevelure brune et au teint hâlé, lit à sa fille Naï l'histoire d'Henriette. Elle était grand-mère de dix petits-enfants lorsqu'elle a disparu près du Musée national en septembre 1985. « Cela me tient à cœur de la sensibiliser au problème des disparus de la guerre du Liban, confie la mère de famille libanaise, qui vit maintenant aux Émirats arabes unis. Ici, tout le monde dédaigne le sort des disparus. C'est gênant car nous devrions tous être concernés. »

Peu de passants s'arrêtent en effet pour observer les lampes de l'exposition. « Les gens passent à côté comme des robots, ils ne se sentent nullement concernés », déplore Abir, frêle quinquagénaire membre d'Act for the Disappeared. Hassan, le coordinateur de l'événement, se montre plus compréhensif : « Les jeunes n'ont pas connaissance de cette histoire et la plupart des adultes ont peur que la découverte du sort des disparus ne ressuscite de vieilles querelles... », argue-t-il.

« Heureusement, nous avons quand même de belles surprises », affirme Abir. La bénévole vient de pointer du doigt Kamel, 17 ans, qui vient d'obtenir son baccalauréat. Le jeune homme, affublé d'un polo bleu marine, à la barbe juvénile mal rasée et à la voix enfantine, est en train de signer des papiers pour devenir membre d'Act for the Disappeared. Tombé par hasard sur l'exposition pendant sa promenade, il a été touché par l'histoire des disparus. « Je ne m'étais jamais véritablement intéressé à ce sujet, regrette-t-il.

Nous n'étudions pas ça à l'école. » Le futur étudiant en business interviewera prochainement des familles de disparus pour connaître leur vie d'antan. « Il est important que des acteurs civiques sensibilisent à cette cause quand l'État ne le fait pas », ajoute-t-il, solennel.

 

Continuer le combat
Ali n'avait qu'une dizaine d'années quand son grand-oncle a été enlevé par un groupe armé. Désormais quadragénaire, ce commerçant à la calvitie avancée et aux fines lunettes rectangulaires accuse l'État de volontairement passer sous silence la cause des disparus : « C'est une boîte de Pandore que l'on ne veut pas ouvrir, regrette-t-il. Cela arrange tout le monde de ne pas voir ce problème. Hélas, sans une intervention des autorités, nous ne saurons jamais le sort de ces personnes. »

20 heures. La nuit tombe en ce vendredi soir sur Hamra. Les bénévoles allument les lampes sur lesquelles sont inscrites les histoires des disparus. Une jeune membre de l'organisation immortalise le moment grâce à son smartphone, avant de poster la photo sur la page Facebook de l'ONG. « Il faut qu'un maximum de personnes soient informées de notre présence », explique-t-elle, un brin désemparée. L'exposition ne compte à ce moment-là qu'un seul visiteur. Un homme en costume passe devant les lampes, marque un bref arrêt pour les contempler avant de reprendre son chemin. « La plupart des gens ne vont pas s'arrêter, déplore Hassan. Mais ce n'est pas pour cela que nous allons stopper notre combat. »

L'exposition s'est déplacée samedi soir à Achrafieh, sur la place Sassine, avant de rallier dimanche le stade municipal de Tarik Jdidé. Trois places publiques, dans trois endroits distincts de Beyrouth. « C'était important que l'on puisse s'installer dans ces lieux, confie Hassan. Nous les avons choisis pour bénéficier d'une grande visibilité. » Et remporter la première manche de leur combat : mettre en lumière l'histoire des disparus de la guerre du Liban.

 

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