Liban

Agressée dans la rue, je n’aurais peut-être pas pu écrire ces lignes...

06/07/2017

J'aurais pu ne pas être en mesure d'écrire ces lignes mais j'ai eu de la chance : mes agresseurs n'étaient pas armés. Tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est de m'effrayer un peu, me gâcher la journée et me donner de la matière pour réfléchir à la triste situation du pays ; un pays où l'on ignore pour quelles raisons les gens deviennent de plus en plus agressifs et où il devient difficile de nous protéger contre les agressions.
Hier, 10 heures du matin, dans un quartier résidentiel d'Antélias : je suis à bord de ma voiture (Citroën DS3) et je fais marche arrière ; une voiture (Picanto noire) cogne la mienne légèrement. Je descends pour évaluer les dégâts et pour informer le chauffeur de l'autre véhicule que j'ai une assurance tous risques. Je lui demande aussi pourquoi il ne m'a pas vue. Il rétorque que lui aussi a une assurance tous risques et estime que je ne sais pas conduire. Je réponds par un « hamdellah al-salemé » et par un « c'est bon, nous pouvons partir, il n'y a pas de dégâts et tous les deux nous bénéficions d'une assurance tous risques ». Je m'apprête à monter dans ma voiture, mais le chauffeur me suit, m'empêche de fermer la portière, se tient debout sur le macadam entre mon siège chauffeur et ma portière ouverte, alors que son ami se tient juste derrière ma voiture pour m'empêcher de faire marche arrière.
L'homme m'insulte, me crache à la figure, me dit qu'il ne me laissera pas fuir. J'ai peur. Tellement peur que je suis incapable d'appeler la police, de relever le numéro de sa plaque d'immatriculation, de klaxonner pour ameuter la rue ou même de crier. Je ne fais que regarder sa taille pour déterminer s'il porte une arme, et dans mon rétroviseur j'essaie de voir si l'autre individu est armé.
Hier, à 10 heures, il faisait presque 40 degrés dans cette rue résidentielle d'Antélias et les habitants du quartier devaient être chez eux, portes et fenêtres fermées pour préserver la fraîcheur de la climatisation.
Je suis incapable de dégager ma voiture, de bouger. Ces quelques minutes me paraissent être des heures. Une Peugeot conduite par un jeune homme arrive. Les deux hommes le hèlent, lui ordonnent de me bloquer pour m'empêcher de m'en aller. Le jeune homme ne descend pas de son véhicule, ne me bloque pas, mais se gare sur le bout de la route, ne prend pas la fuite et tente de me rassurer avec son regard.
Mes deux agresseurs partent après avoir craché encore une fois à ma figure en insultant « la canaille » que je suis.
Je me rends à mes rendez-vous, je pense aux embouteillages qui m'attendent jusqu'à Beyrouth. J'appelle le 112 pour porter plainte. La gendarmerie d'Antélias me rappelle, histoire de noter mon adresse, mon nom, la plaque d'immatriculation de ma voiture. Mon interlocuteur m'informe qu'il ne peut rien faire pour moi car je n'ai pas le nom de mon agresseur ni le numéro de la plaque d'immatriculation de son véhicule...
À y penser, même si j'avais le nom, l'adresse, le numéro de la plaque de la voiture de mon agresseur, les choses n'auraient pas changé.
J'ai raccroché et j'ai poursuivi mon chemin. J'ai rêvé d'avoir un père ou un frère dans les services de renseignements de l'armée ou au gouvernement ou à n'importe quel poste haut placé de l'administration. J'ai eu l'idée d'engager des bodyguards voyous, j'ai pensé acheter un revolver, un couteau, un spray lacrymogène... J'ai commencé à imaginer mon départ définitif du pays. Puis j'ai éclaté en sanglots.
Je tiens à remercier le jeune chauffeur de la Peugeot, qui même en garant sa voiture au côté de la rue, même sans descendre, en ayant le courage d'être un simple témoin silencieux, a poussé mes agresseurs à partir.
Je sais pourquoi ils sont partis. Parce que leur voiture était quasi intacte. Dans le cas contraire, je suis sûre, j'aurais été rouée de coups. Je suis sûre aussi que s'ils étaient armés, vous n'auriez pas lu ces lignes.
Mon incident d'hier me pousse à réfléchir à la jungle qu'est devenu le Liban, à ce taux d'agressivité, de folie presque, qui atteint une partie de la population. Je voudrais comprendre mais je n'arrive pas.
J'ai eu de la chance hier. Ce n'est pas le cas d'autres Libanais, qui ont été tués pour un droit de passage ou un accident de la route. Comme Georges Rif et Roy Hamouche pour ne citer que deux victimes d'un pays où l'État de droit n'existe pas et où sévit, jusqu'à nouvel ordre, la loi de la jungle.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REGRETTABLE CE QUI SE PASSE DANS LE PAYS ! TRES REGRETTABLE !

Saliba Nouhad

Vous essayez de comprendre et vous n'y arrivez pas, Madame?
Mais voyons, c'est comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes auparavant, et que là, c'est devenu l'enfer sur terre?
Nous payons jusqu'à ce jour le prix d'une guerre civile qui s'était terminée en queue de poisson, a décimé une ou 2 générations de nos jeunes éduqués dans la violence, la haine et les drogues, repli des communautés sur des réflexes tribaux primaires et absence totale d'un état de droit....
Ça vous résume l'état de déliquescence incroyable qui sévit dans notre pays, et ceci ferait la joie des sociologues, psychologues et autres ..orgues d'étudier ce phénomène social du Liban et l'enseigner dans les universités du "quoi ne pas faire pour éviter de détruire un pays".

Remy Martin

Tant que le cancer n'est pas éradiqué rien ne changera vraiment ...

Georges Zehil Daniele

Vous avez eu de la chance cette fois mais il n'est pas dit que vous ne serez pas agressé à nouveau dans ce pays où la loi du plus fort est celle qui décide. C'est un pays de fou et si vous pouvez quitter alors bonne chance.

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