Abou Bakr el-Baghdadi, chef de l’État islamique, dans une vidéo de propagande publiée le 5 juillet 2014 à Mossoul. Photo AFP
L'armée russe a déclaré hier avoir vraisemblablement tué en Syrie le chef du groupe État islamique, Abou Bakr el-Baghdadi, lors de bombardements fin mai par son aviation visant une réunion de hauts dirigeants de l'organisation jihadiste près de Raqqa. Le ministère russe de la Défense a indiqué que des avions russes ont visé une réunion dans la banlieue sud de Raqqa à laquelle « se trouvait le dirigeant de l'État islamique Abou Bakr el-Baghdadi », qui aurait été éliminé dans le bombardement, précisant que les Américains avaient été prévenus de l'opération.
« La vérification des informations a permis d'établir que le but de cette rencontre était l'organisation de convois de sortie pour les combattants de Raqqa via le corridor sud », indique l'armée russe. Un porte-parole de la coalition internationale menée par les États-Unis, le colonel Ryan Dillon, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer pour le moment la mort du chef de l'EI.
Après un vol de reconnaissance d'un drone, des avions Su-34 et Su-35 ont effectué des frappes le 28 mai entre 0h35 et 0h45 heure de Moscou (soit le 27 mai entre 21h35 et 21h45 GMT). L'armée russe a d'abord affirmé avoir tué une « trentaine de chefs de guerre et jusqu'à 300 combattants » et plusieurs « hauts dirigeants » de l'EI, parmi lesquels Souleiman el-Chawakh, le « chef de la sécurité » de Baghdadi. Ce bilan a ensuite été revu à la baisse par le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, qui a informé le président Vladimir Poutine « de l'élimination de plus de cent terroristes » lors de cette frappe, selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
Parmi eux se trouvaient « des dirigeants de l'EI et supposément Baghdadi », a-t-il ajouté. Le Pentagone a annoncé hier dans un communiqué que les forces de la coalition avaient mené 35 frappes contre l'EI, dont 20 près de Raqqa ayant entre autres détruit « deux quartiers généraux de l'EI ».
(Pour mémoire : La coalition promet d'éradiquer la "menace planétaire" de l'EI et son chef)
L'armée russe avait déjà annoncé avoir frappé les 25, 29 et 30 mai des unités de l'EI tentant de fuir la ville par le Sud en direction de la cité antique de Palmyre, sous contrôle des forces du gouvernement syrien. La coalition internationale antijihadistes avait promis en mars, lors d'une réunion, d'éradiquer la « menace planétaire » du groupe État islamique et de son chef Abou Bakr el-Baghdadi. Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson avait alors prédit la « mort » prochaine de Baghdadi, assurant que ce n'était « qu'une question de temps ».

L'annonce de l'armée russe intervient alors que l'étau se resserre sur les combattants de l'EI à Raqqa, où ont lancé une offensive les Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde antijihadistes soutenue par les États-Unis. Les combats s'y poursuivent sur les fronts nord, ouest et est de la ville, mais l'avance des forces antijihadistes a été freinée ces derniers jours par des contre-offensives de l'EI. L'armée syrienne est également entrée dans la région de Raqqa le 6 juin, gagnant depuis du terrain face aux jihadistes dans l'Ouest et le Sud-Ouest, soutenue par d'intenses bombardements russes.
Aussi puissant que discret et déjà donné pour mort dans le passé par les Américains, Baghdadi a fait de l'État islamique une organisation redoutée et responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde. Il n'a plus donné signe de vie depuis un enregistrement audio diffusé en novembre 2016. Abou Bakr el-Baghdadi a fait sa seule apparition publique connue en juillet 2014, à Mossoul, en Irak. En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait proclamé le « califat » sur les vastes territoires conquis par l'EI. De son vrai nom Ibrahim Awad el-Badri, le chef de l'EI serait né en 1971 dans une famille pauvre de la région de Bagdad. Passionné de football, il a échoué à devenir avocat puis militaire avant d'étudier la théologie. C'est lors de l'invasion américaine de l'Irak en 2003 qu'il crée un groupuscule jihadiste sans grand rayonnement avant d'être arrêté et emprisonné dans la gigantesque prison de Bucca. Libéré faute de preuves, il rejoint un groupe de guérilla sunnite sous tutelle d'el-Qaëda et en prend la tête quelques années plus tard. Profitant du chaos de la guerre civile, ses combattants s'installent en Syrie en 2013 avant une offensive fulgurante en Irak. Le groupe, rebaptisé État islamique, supplante el-Qaëda, et ses succès militaires initiaux et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.
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