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Moyen Orient et Monde - Coopération

L’Algérie, l’Égypte et la Tunisie face à l’impasse libyenne

Fayez el-Sarraj entouré de membres des deux Parlements libyens ennemis, le 17 décembre 2015 à Skhirat, au Maroc. Photo AFP

« Procéder à une évaluation de la situation en Libye à la lumière des récents développements sur le double plan politique et sécuritaire », tel était l'ordre du jour des discussions entre les ministres des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel, égyptien, Sameh Choukri, et tunisien, Khemaies Jhinaoui, qui ont eu lieu à Alger lundi et mardi derniers.

Pour ces pays voisins de la Libye, mener une action commune susceptible de rétablir la paix et la sécurité dans ce pays constitue un enjeu de taille, mais aussi un défi. Les relations entre l'Égypte et l'Algérie souffrent en effet du rôle que joue Le Caire en soutenant le général Khalifa Haftar à la tête de l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée. Cette rencontre intervient de surcroît après que l'Égypte a bombardé intensément des positions de l'État islamique en Libye la semaine dernière, décision prise alors qu'Alger s'est toujours opposé à toute action militaire sur le territoire libyen.

Pourtant, les trois ministres étaient unanimes mardi à insister sur leur « rejet de l'ingérence et de l'option militaire », à l'issue de leur rencontre, selon l'agence algérienne APS citée par l'AFP. Pour eux, il faut aussi considérer « la solution politique comme seul moyen pour résoudre la crise (en Libye) à travers un dialogue inclusif ».

Alors que le gouvernement d'entente nationale de Fayez el-Sarraj mis en place par la communauté internationale en 2016 par l'accord de Skhirat peine toujours à faire ses preuves en Libye, les logiques nationales des pays voisins ne font que compliquer l'affaire. « Tous les pays ont intérêt à soutenir le processus de Skhirat parce que c'est le processus par défaut. Mais dans la réalité, chacun a une lecture de cet accord », explique Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et musulman (Cermam), interrogé par L'Orient-Le Jour.

Loin d'être de simples médiateurs, Le Caire, Alger et Tunis ont des positions d'acteurs dans le conflit libyen. Si Abdel Fattah al-Sissi, président égyptien, est devenu un des principaux protagonistes militaires du conflit par la présence de forces égyptiennes au sol, Alger positionne de son côté près de 40 000 soldats à la frontière libyenne, mais sans intervenir. « La Libye devient aujourd'hui un terrain d'influences », analyse Hasni Abidi.

 

(Lire aussi : Accord Sarraj-Haftar : les limites de la diplomatie...)

 

L'inquiétude libyenne
Au terme de leur rencontre, les trois ministres ont mis en garde contre les « retombées de la dégradation de la situation sur la sécurité et la stabilité de la Libye et de toute la région, une situation qui sert les intérêts des groupes terroristes », toujours selon l'agence algérienne APS citée par l'AFP.

Devenue un terreau de l'EI depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi à la suite de la révolte populaire en 2011, la Libye inquiète ses pays voisins par son vide politique et sécuritaire. « La lutte contre le terrorisme est le seul point en commun de ces trois pays », tranche Hasni Abidi. Si Alger, Le Caire et Tunis ont cadenassé leur frontière commune avec la Libye en raison des dangers que constitue l'immigration, ils restent des proies directes de l'instabilité libyenne. L'assassinat de vingt-neuf chrétiens égyptiens, le 26 mai dernier, l'a prouvé une nouvelle fois. Et les mouvements rapides des forces armées du maréchal Haftar ne font qu'intensifier la crainte d'un débordement de la crise libyenne sur les territoires adjacents. Mais la fermeture des frontières implique une souffrance économique des pays voisins, surtout pour la Tunisie, maillon faible de cette crise. Privilégier la solution politique pour en finir avec le chaos libyen semble alors être un moindre mal, plus qu'une conviction profonde de la coopération entre l'Algérie, l'Égypte et la Tunisie.

Une alliance « par défaut »
Malgré les efforts de concertation mis en place afin d'entrevoir la stabilisation du pays, le manque de coopération politique lié à des divergences d'appréciation montre les limites d'une alliance « par défaut », analyse Hasni Abidi. Si leur situation géographique les pousse à s'unir pour sortir de l'impasse libyenne, l'Algérie, l'Égypte et la Tunisie semblent avant tout défendre des objectifs et des intérêts particuliers. « Certains pays ont intérêt à ce que la guerre continue, dont l'Égypte, car la Libye constitue une diversion par excellence pour les échecs ou les limites du pouvoir de Sissi dans le conflit libyen », explique Hasni Abidi. Selon lui, les efforts communs entrepris pour la stabilisation du pays peinent à atteindre le résultat escompté. « On parle aujourd'hui de terrorisme, d'accord sur l'immigration, mais on fait fi des véritables enjeux en Libye », conclut Hasni Abidi.

 

 

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« Procéder à une évaluation de la situation en Libye à la lumière des récents développements sur le double plan politique et sécuritaire », tel était l'ordre du jour des discussions entre les ministres des Affaires étrangères algérien, Abdelkader Messahel, égyptien, Sameh Choukri, et tunisien, Khemaies Jhinaoui, qui ont eu lieu à Alger lundi et mardi derniers.
Pour ces pays...
commentaires (1)

le general Haftar serait lui aussi sur la fiche de paie du qatar ! comprenne qui pourra . le qatar qui fiche son nez - aussi- en Libye !! et qui nous donne a nous des lecons d'humanisme er de democracie !!

Gaby SIOUFI

09 h 54, le 09 juin 2017

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Commentaires (1)

  • le general Haftar serait lui aussi sur la fiche de paie du qatar ! comprenne qui pourra . le qatar qui fiche son nez - aussi- en Libye !! et qui nous donne a nous des lecons d'humanisme er de democracie !!

    Gaby SIOUFI

    09 h 54, le 09 juin 2017

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