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Libye

Accord Sarraj-Haftar : les limites de la diplomatie...

Le rapprochement relatif entre les deux hommes marginalise des acteurs puissants au sein du conflit libyen, décrédibilisant toute solution politique.

Réunion des pays voisins de la Libye le 8 mai à Alger, dans le cadre des efforts soutenus pour une solution politique à la crise libyenne. Ryad Kramdi/AFP

« Le maréchal Haftar a été nommé par un Parlement élu par le peuple libyen. Il est le chef de l'armée libyenne. Il n'y a aucun doute là-dessus », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d'accord national (GNA), Mohammad Siyala, lundi 8 mai 2017, depuis la capitale algérienne.

Le ministre du GNA, basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, a ajouté que le maréchal Haftar, à la tête du gouvernement d'opposition dans l'est du pays, soutenu par une armée libyenne autoproclamée et le Parlement de Tobrouk, se doit en contrepartie d' « accepter de travailler sous une autorité civile », a-t-il assuré à l'AFP, l'obligeant à reconnaître le GNA comme la seule autorité légitime en Libye.

Cette déclaration fait suite à la rencontre, à l'initiative des Émirats arabes unis, des deux chefs de gouvernement qui cherchent à imposer leur autorité unilatéralement sur le territoire libyen depuis 2014. Faiez el-Sarraj, à la tête du GNA, et Khalifa Haftar se sont rencontrés le 2 mai, une première depuis janvier 2016. Le recours à la diplomatie a pour ambition de diriger le conflit libyen vers une sortie de crise autre que par les armes, dont l'usage incessant ne laisse aucun compromis politique émerger.

Impliquant une multitude de protagonistes, la guerre civile libyenne voit s'opposer trois gouvernements, dont le troisième est représenté par l'ex-premier ministre Khalifa Ghweil à Tripoli. La complicité de milices armées aux idéologies hétérogènes complexifie et élargit le terrain des affrontements. Avec un front aux alentours de Tripoli, où le GNA et le Gouvernement de salut national de Khalil Ghweil s'opposent, un autre aux alentours des terminaux pétroliers stratégiques de l'Est où les forces du maréchal Haftar font face aux Brigades de défense de Benghazi (milices jihadistes liées à el-Qaëda et à l'État islamique) notamment, ainsi qu'au Sud, autour de Sabha, un immobilisme politique prolongé ne peut que renforcer le chaos.

Dans ce climat délétère, le recours à la diplomatie peine cependant à s'imposer comme une solution durable et crédible. Les discussions à Abou Dhabi entre Faiez el-Sarraj et Khalifa Haftar ont permis de définir une priorité, sans pour autant créer un réel engouement. Si les deux chefs de gouvernements sont parvenus à s'entendre sur la nécessité de mettre sur pied une armée unique, « créer une véritable armée libyenne nationale dans les circonstances actuelles est pratiquement impossible », dénonce Wayne White, chercheur au Middle East Institute, interrogé par L'Orient-Le Jour.

Le GNA de Tripoli a évoqué dans un communiqué la mise en place d' « une stratégie (...) pour former une armée libyenne unifiée », spécifiant qu'elle devra se trouver sous une « autorité civile », refusant de laisser le maréchal Haftar contrôler l'institution. La légitimité militaire dont jouit le maréchal semble pourtant nécessaire pour pallier aux lacunes militaires du GNA, qui avait annoncé la mise en place d'une garde présidentielle en 2016, mais sans visibilité pour le moment. « C'est beaucoup plus réaliste d'imaginer une intégration politique de Haftar (peut-être dans des élections) et en parallèle, un processus vers la création d'un conseil militaire qui inclut toutes les factions », avance Mattia Toaldo, du Conseil européen sur les relations internationales, également interrogé par L'OLJ.

 

(Pour mémoire : Timide rapprochement entre les deux principaux protagonistes en Libye)

 

Intégrer les milices dans l'armée
« Compte tenu la concentration de nombreux autres pouvoirs en Libye, beaucoup plus de parties que Sarraj et Haftar auraient dû être à la table pour tenter un mouvement vers une unité plus large », explique Wayne White. Le poids des deux gouvernements reste relatif, la prégnance des milices sur le territoire défiant ces deux autorités fragiles. Au lieu d'imposer un désarmement impraticable des milices, leur intégration dans le jeu institutionnel et diplomatique peut se révéler judicieux. « Il faut prioriser l'intégration réelle des milices dans l'armée », confirme Mattia Toaldo avant de soutenir que « la plupart des milices dans l'ouest de la Libye ne vont pas travailler sous Haftar ».

Certaines milices ont instantanément montré leur désaccord face au rapprochement entre Haftar et el-Sarraj, à l'instar d'al-Nawassi, alliée au GNA. La puissante milice de Tripoli a dénoncé les propos du ministre des Affaires étrangères libyen, refusant de donner une quelconque légitimité au maréchal Haftar. Toute reconnaissance de Khalifa Haftar irait à l'encontre de l'accord politique libyen de décembre 2015, qui ne donne aucun pouvoir à un Khalifa Haftar accusé de vouloir mettre en place une nouvelle dictature. La tension est une nouvelle fois montée d'un cran dans la capitale libyenne, al-Nawassi déployant des chars près du siège du ministre des Affaires étrangères le 9 mai. Alors que la rencontre el-Sarraj - Haftar avait en ligne de mire une désescalade de la violence, la reprise des affrontements a anéanti les effets escomptés.

 

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« Le maréchal Haftar a été nommé par un Parlement élu par le peuple libyen. Il est le chef de l'armée libyenne. Il n'y a aucun doute là-dessus », a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d'accord national (GNA), Mohammad Siyala, lundi 8 mai 2017, depuis la capitale algérienne.


Le ministre du GNA, basé à Tripoli et reconnu par la communauté...

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