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Moyen Orient et Monde

À la frontière algéro-marocaine, le calvaire des réfugiés syriens

Drame

Dans le no man's land qui sépare le Maroc de l'Algérie, une cinquantaine de réfugiés syriens attendent l'ouverture des frontières.

23/05/2017

1er mai 2017, à Figuig, ville frontalière à 4 km entre le Maroc et l'Algérie, la fête du Travail a été célébrée sous le signe de l'indignation. « N'affamez pas les réfugiés », ont clamé les manifestants. Un slogan qui résonne comme un cri d'alarme pour une situation humanitaire étouffée par les autorités.

En cause, le blocage depuis le 17 avril 2017 d'une cinquantaine de Syriens dans la zone tampon entre le Maroc et l'Algérie. Ayant traversé la Libye, puis l'Algérie, ces 55 migrants se sont d'abord installés à Figuig, petite ville frontalière avant d'être arrêtés par les militaires marocains. D'après des images satellites relayées par des chaînes nationales marocaines, les gardes-frontières algériens auraient conduit eux-mêmes les réfugiés vers la frontière. Cette dernière, fermée depuis 1994, est une zone désertique, gardée par les militaires de chaque camp. Pour le gouvernement marocain, la responsabilité incombe aux Algériens.

Réagissant à la polémique, le ministre marocain chargé des Affaires de migration a d'ailleurs tenu à se justifier : « Si on encourage des gens à venir via des frontières fermées, la situation sera incontrôlable, et nous serons menacés des deux côtés. » En d'autres termes : au voisin de s'en occuper. De son côté, l'Algérie refuse la prise en charge des réfugiés. Une « énième querelle » qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les Syriens pris en étau.

 

(Pour mémoire : Une cinquantaine de migrants syriens toujours bloqués entre le Maroc et l'Algérie)

 

Solidarité des locaux, seule alternative face à l'immobilisme
Tout commence à Figuig, bourgade à quelques kilomètres de la frontière algérienne. Le 18 avril, un premier groupe de 41 réfugiés syriens franchit les portes de la ville. Très vite, la surprise des habitants fait place à la solidarité. « Des tentes, de la nourriture, de l'eau, les Figuiens donnaient ce qu'ils avaient, alors même que leur propre situation est très précaire », explique Latifa Dabchi, élue municipale et membre de la Commission d'aide aux réfugiés syriens de Figuig. Puis les forces de l'ordre arrivent. Le groupe de migrants est vite encerclé. En quelques heures, plus aucune trace des réfugiés. Un second groupe de 14 arrive aux environs de la ville, dont une femme enceinte. « Les médecins n'ayant pas accès à la zone, nous avons dû accompagner l'accouchement par téléphone », souffle l'habitante. Devenus 15, les déplacés auraient réussi à franchir la frontière algérienne.

Quant aux 41 autres, ils sont toujours dans le no man's land qui sépare les deux pays. « On essaye de s'organiser à notre échelle, mais sans accès à la zone, nos efforts restent très limités », ajoute-t-elle. Sur le site Figuignews, portail d'information de la petite ville, les locaux font en sorte que la situation des Syriens ne passe pas sous silence. Les appels à solidarité se multiplient jusqu'à arriver aux oreilles de Zouhair Lahna, médecin et humanitaire. Pour le docteur, l'accès à la ville est risqué : refoulé une première fois par les militaires, il réussit finalement à pénétrer dans les lieux. « Faute d'avoir accès à la zone désertique où sont parqués les Syriens, j'ai dû trouver d'autres moyens », explique-t-il. Consultations par téléphone, envoi contrôlé de locaux sur les lieux : les ressources se font moindres et les autorités barricadent toute initiative. Sous des abris de fortune, les réfugiés subissent les caprices du désert entre les attaques de serpent et les tempêtes de sable. Équipés d'un téléphone alimenté par l'énergie solaire, ils informent, au rythme des événements, les habitants de la ville avoisinante. Pour les humanitaires, un objectif : créer un couloir humanitaire, mais « a priori, personne ne veut écouter », conclut Zouhair Lahna.

 

Blocage institutionnel
Coincés dans cet « entre-deux », les réfugiés syriens sont ainsi livrés aux tractations des administrations. Depuis 2013, le royaume a réformé sa politique migratoire octroyant des titres de séjour en masse. Mais face à l'afflux des demandes, les dossiers s'empilent. Déjà 7 000 cas sont enregistrés auprès du HCR dont près de 3 000 réfugiés syriens. Pour les réfugiés de la frontière, les autorités chérifiennes comptent jouer sur le cas par cas. Elles seraient prêtes à donner des visas au titre de l'unité de famille à six Syriennes et trois de leurs enfants dont les époux travaillent au Maroc. Mais sans accès à la zone, qui reste bloquée par les militaires respectifs des deux pays, le HCR peut difficilement agir, et tente, difficilement, de faire avancer les négociations. « Le différend entre l'Algérie et le Maroc complique tout », explique Jean-Paul Cavalieri, représentant du HCR au Maroc. « Nous devons donc nous en remettre sur les pourparlers avec les autorités marocaines et algériennes », explique-t-il. Bilal Jawhari, membre de l'association Gadam (Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et migrants au Maroc) déplore une situation qui pourrait s'enliser. « Quand on voit des personnes mourir de faim, on se doit d'oublier les considérations politiques », souligne-t-il.

 

Pour mémoire

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Ma Fi Metlo

ET ON NE VA PAS VENIR NOUS DIRE QUE C'EST UN CONFLIT ENTRE UN PAYS CHIITE ET UN AUTRE SUNNITE !!!!!!!

LA SOLUTION SERAIT TRÈS SIMPLE SI CES 2 PAYS DU SUNNISME DÉCIDAIENT TOUT SIMPLEMENT DE LES DÉPLACER VERS LE GRAND PAYS DU WAHABISME, AUTEUR DE CE CAFOUILLIS IMMIGRATIONNEL.

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