Liban

Une première transition Sukleen-Ramco, sur fond de monticules d’ordures

Déchets ménagers

Des informations alarmantes font état d'une saturation précoce des deux principales décharges.

13/05/2017

Sur le coup de minimontagnes d'ordures observées dans certaines zones du Mont-Liban, le ramassage et le transport des ordures fait l'actualité ce week-end. Demain dimanche, Sukleen passera la main, au Metn et au Kesrouan, à la société Ramco.

Mais la transition ne se passe apparemment pas sans problèmes. Dans plusieurs localités, du Metn notamment, les déchets se sont accumulés ces derniers jours, jusqu'à culminer en une incinération sauvage, comme le montrent des photos de L'Orient-Le Jour datant d'hier. Le président du conseil municipal d'Antélias, Élie Aboujaoudé, affirme que Sukleen, ces derniers temps, avait un rythme de travail plus irrégulier, mais reconnaît également que des camions, venant de l'extérieur de la localité, viennent déverser leurs déchets sur place, assurant qu'il placera bientôt des caméras à certains endroits sensibles. Même son de cloche du côté de Juan Hobeiche, président du conseil municipal de Jounieh et président de la Fédération des municipalités du Kesrouan, qui évoque lui aussi des problèmes de ramassage depuis quelque temps.

À une question de L'OLJ sur ces déchets dans les rues, le bureau de communication de Sukleen assure « que le rythme de ramassage reste soutenu jusqu'au dernier moment conformément au contrat avec les municipalités, mais dans certaines régions, des camions viennent jeter les ordures dans les bennes de la compagnie après le passage des camions, ce dont nous notifions les municipalités et le CDR ».

Quoi qu'il en soit, les municipalités attendent l'arrivée de la nouvelle compagnie et « gardent l'espoir », comme ils le disent. Interrogé par L'OLJ, Wissam Ammache, PDG et propriétaire de Ramco, assure que la compagnie « est prête à prendre ses fonctions dès dimanche à 7h. Nous avons tous les équipements qu'il faut, notre équipe est complète, nous allons prendre la relève dans tous les endroits où Sukleen était active auparavant », affirme-t-il. La société Ramco facture ses services par tonne, à raison de 27,9 dollars la tonne, pour le ramassage et le transport.

Le balayage n'est pas inclus dans les services, mais plusieurs municipalités de cette région ont demandé expressément au ministère de l'Intérieur qu'il le soit, et celui-ci en a notifié à son tour le CDR (ce que confirme M. Ammache). Ce qui fait dire à certains observateurs que ces municipalités ne semblent pas pressées d'être autonomes par rapport aux contrats signés avec l'État, payés à partir de la Caisse autonome des municipalités, au grand dam de ceux qui prônent la décentralisation...

M. Aboujaoudé dit faire partie de ces élus qui préfèrent voir le balayage inclus dans les services, mais assure que « c'est surtout pour comparer les prix et voir ce qui sera le plus avantageux pour nous ». Ce n'est pas le cas de Juan Hobeiche, surtout que ce service n'a jamais été assuré à Jounieh. La Fédération du Kesrouan compte d'ailleurs se doter, à terme, d'un centre de tri et de traitement, ainsi que d'un système de tri à la source après une campagne de sensibilisation. Le processus est lancé, assure-t-il.
À savoir que, selon le bureau de communication de Sukleen, la transition à Baabda-Aley (avec la société Mouawad-Eddé et Soriko) se fera le 3 juin, alors que Beyrouth, qui a décidé de faire cavalier seul, a prorogé son contrat avec la compagnie jusqu'au 3 août.

(Lire aussi : À travers les décharges, une renaissance de Linord ?)

 

Une durée de vie divisée par deux ?
Loin des problèmes de ramassage, au niveau du traitement, la solution durable semble plus éloignée que jamais, tant et si bien que des voix mettent en garde contre une nouvelle crise. Le plus grand motif d'inquiétude, ce sont les deux décharges côtières qui sont au cœur du plan gouvernemental de mars 2016, l'une à Costa Brava (littoral de Choueifate), l'autre à Bourj Hammoud-Jdeidé. Avec elles, le cauchemar de la saturation rapide de la décharge de Naamé, dès les premières années de sa création, se répète.

La preuve en chiffres : selon des sources bien informées, ces deux décharges ont une capacité d'accueil de près d'un million de tonnes chacune. Or la décharge de Costa Brava en est déjà à près de 309 000 tonnes enfouies, auxquelles il faut ajouter quelque 170 000 tonnes qui avaient été stockées dans l'aire temporaire le temps de la construction des premières cellules. Quant à la décharge de Bourj Hammoud, elle en est actuellement à près de 291 000 tonnes, auxquelles s'ajouteront probablement près de 20 000 tonnes de déchets compostés et stockés par la compagnie qui était en charge précédemment.

Considérant que ces décharges ont été conçues pour durer quatre ans, il devient donc évident, selon les sources interrogées, qu'elles seront privées de la moitié de leur durée de vie, donc que le Liban ferait face à un nouveau problème de déchets au plus tard vers début 2019. Ces propos font écho à des déclarations similaires et alarmantes faites par un représentant de l'artisan du plan gouvernemental, l'ancien ministre Akram Chehayeb, lors d'un congrès à la bibliothèque du Parlement le 13 avril dernier.

Or, il semble qu'une fois de plus, le gouvernement ait relégué le dossier des déchets au second plan. Même le très controversé projet de « Waste to Energy » (une sorte d'incinération) serait trop long à appliquer, sachant que les appels d'offres n'ont pas été lancés. Quelle alternative quand le délai expirera ? Une troisième décharge, nouvelle pomme de discorde qui viendrait s'ajouter aux décharges existantes faisant l'objet de plaintes en justice et critiquées pour leur impact écologique depuis leur conception ?

Entre-temps, force est de constater qu'aucun effort n'est fait pour minimiser le volume des déchets, ce qui accroît le problème. Au niveau officiel, l'usine de tri de La Quarantaine n'a toujours pas été agrandie, attendant une décision du conseil d'administration du CDR qui pourrait survenir ces prochaines semaines et qui nécessiterait quatre mois de travail. Quant à l'usine de compostage du Coral, elle n'a elle aussi jamais été agrandie, et un tel projet nécessiterait près de cinq mois de travail.

 

Pour mémoire
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Irene Said

Voilà plus de 2 années que nos responsables anciens et nouveaux sont incapables de règler le problème du ramassage des déchets.
Soit ils décident de solutions ridicules et inapplicables, soit ils nomment des commissions
plus inefficaces les unes que les autres, et en plus disent NON aux incinérateurs...

Mais comment font donc les autres pays ?

Notre pays avec ses petits 10452km2...est-il vraiment le seul à ne pas savoir gérer ses déchets ?
Irène Saïd

Eleni Caridopoulou

Pourquoi ils ne construisent pas des incinérateurs?

gaby sioufi

il est important de savoir que la nouvelle societe qui a remplace sukleen-soit disant a des prix moindres que sukleen- EH BIEN il semblerait que ladite Ste compense ses prix moindres par des services moindres aussi.
ex, les bennes vertes , a achrafieh ,probabalement/certainement ailleurs aussi- debordent TRES REGULIEREMENT de detritus, alors que du temps de sukleen-du moins a ce niveau de prestation la- ces bennes debordaient TRES RAREMENT de detritus.
EXPLICATION: ladite nouvelle Ste ramasse les dechets MOINS frequemment que ne le faisait sukleen, donc moins de depenses.
MATIERE A ENQUETE SERIEUSE.

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