Rechercher
Rechercher

Liban - Conférence

La Fondation Safadi lance un projet pilote pour le quartier le plus pauvre de Tripoli

Lancement, hier, au Grand Sérail, d’un projet de la Fondation Safadi visant à transformer un quartier pauvre de la vieille ville de Tripoli en une cité pilote en matière de développement durable. Photo Dalati et Nohra

C'est en présence du Premier ministre Saad Hariri et des ministres de la Santé Ghassan Hasbani, de l'Éducation Marwan Hamadé, du Travail Mohammad Kabbara et des Affaires sociales Pierre Bou Assi que la Fondation Safadi a lancé hier au Sérail un projet unique en son genre au Liban : celui de créer, à partir d'un quartier pauvre de la vieille ville de Tripoli, une cité pilote en matière de développement durable.

L'ancien ministre Mohammad Safadi et son épouse Violette, qui est la directrice du projet, se défendent de lancer cette initiative à la veille (en principe) des élections législatives. Mme Safadi déclare à cet égard qu'elle a tenu à éloigner les considérations politiques pour éviter tout détournement du projet à des fins électorales. Elle a d'ailleurs personnellement contacté l'ancien ministre Achraf Rifi, qui a demandé au vice-président de la municipalité (le président est hors du Liban) d'assister à la conférence. Son souci est donc de servir l'intérêt de la ville et de ses habitants, loin de la politique et de ses divisions. En même temps, la Fondation Safadi est convaincue que l'avenir de Tripoli peut être meilleur dans la perspective de la reconstruction en Syrie, mais il faut entre-temps que la ville soit prête à saisir cette opportunité...

 

Deux volets : un état des lieux et des solutions concrètes
Développement, lutte contre la pauvreté, renforcement de la modération contre la radicalisation et l'extrémisme, à travers l'amélioration des conditions de vie dans les quartiers miséreux, tels sont donc les thèmes qui ont été abordés hier dans la grande salle du Sérail, sous le parrainage du Premier ministre Saad Hariri et en présence de nombreux diplomates et de représentants d'ONG internationales.
La conférence, qui a duré près de trois heures, a été marquée par le désir des organisateurs de ne pas se contenter de débats et, au contraire, de se lancer dans l'action concrète. Elle s'est ainsi divisée en deux parties : la première, consacrée à exposer l'état des lieux, fruit d'une enquête d'un an sur le terrain ; et la seconde, destinée à soumettre des projets aux parties qui seraient intéressées à participer à leur réalisation. Le mécanisme conçu par la fondation est d'ailleurs suffisamment souple pour permettre aux parties intéressées à contribuer au financement d'agir directement ou bien de surveiller l'exécution à toutes ses étapes, dans un souci de transparence.

 

(Pour mémoire : Deux projets de développement sociaux mis en place par la Fondation Safadi)

 

Mohammad Safadi : « Mettre fin à la politique de marginalisation »
La conférence s'est ainsi ouverte sur un documentaire tourné dans les quartiers pauvres visés par le projet de la Fondation Safadi. On y a vu ainsi des jeunes désœuvrés, qui racontent avoir fait de la prison pour des larcins et qui se déclarent prêts à y revenir, car, au moins, en prison, on s'occupe d'eux. On y voit aussi des familles entières qui vivent dans une chambre qui suinte l'humidité, jeunes et vieux vivant sous le même toit (enfin si on peut appeler ainsi ce qui est au-dessus de la tête des habitants...). Les lattes du plafond menacent de tomber, les murs sont écaillés, l'ameublement sommaire, mais les portraits des défunts sont intacts, dans des cadres neufs et visiblement régulièrement nettoyés, mettant une touche émouvante dans ce décor déprimant. Un des jeunes interrogés a d'ailleurs précisé que son rêve est de pouvoir se rendre chaque matin à un travail et revenir le soir avec du pain pour sa famille. Comme quoi, dans un tel environnement, même les rêves sont au rabais...

Le documentaire s'est achevé dans le silence, et c'est finalement l'ancien ministre Mohammad Safadi qui a pris la parole pour expliquer que Tripoli compte désormais 650 000 habitants et que cette ville a toujours eu une importance stratégique en tant que passage obligé de toutes les civilisations qui ont traversé la région. Toutefois, après une brève période de prospérité, dans les années 60 et 70, la ville a été victime d'une politique systématique de marginalisation, suivie des affrontements qui ont déchiré la capitale du Nord et l'ont transformée en boîte aux lettres locale et régionale, souvent sanglante. Elle est ensuite devenue le symbole du radicalisme au point que certains l'ont surnommée « La nouvelle Kandahar », alors qu'elle n'a qu'un souhait : redevenir le symbole de la coexistence. La Fondation Safadi veut donc redonner à Tripoli sa véritable vocation en luttant contre la pauvreté. Elle a choisi les quartiers de la vieille ville, particulièrement délabrés, qui regroupent 240 000 habitants et pris comme projet pilote le coin le plus miséreux qui abrite 30 000 habitants pour faire un état des lieux des besoins. Ceux-ci ont été exposés et suivis d'une série de projets basés sur les véritables besoins de ce quartier.

 

Hariri : « La paix est revenue à Tripoli »
Le Premier ministre Saad Hariri a ensuite pris la parole pour affirmer son soutien total à Tripoli et son refus de voir la ville se transformer en centre de radicalisation, à cause de l'abandon et de la pauvreté. Tout en saluant le fait que la paix est revenue dans la ville, après une période regrettable de violence et d'affrontements, il a préconisé une coopération entre le secteur privé, le secteur public et la société civile pour redonner à Tripoli sa véritable identité. Il a aussi affirmé qu'il croit en l'avenir de cette ville et assuré les présents du soutien de son gouvernement au développement de la ville.

À ceux qui ont exprimé des doutes sur la question, se rappelant que les derniers gouvernements ont aussi fait ce genre de promesses, Violette Safadi a répondu que c'est la raison pour laquelle les projets s'inscrivent dans le développement durable et ne sont pas des projets ponctuels visant à faire du populisme.
À tour de rôle, les ministres présents ont ensuite pris la parole. Le ministre de la Santé Ghassan Hasbani a ainsi promis la création d'un centre médico-social dans le quartier choisi par la fondation pour son projet. Il a toutefois précisé que ces centres (il y en a déjà 11 à Tripoli) ne sont pas gérés par son ministère, mais par les ONG. Il a aussi promis de renforcer les hôpitaux gouvernementaux, sachant que, selon l'étude, 84 % des habitants du quartier n'ont pas d'assurance médicale, alors que 53 % des familles ont en leur sein un malade chronique. Marwan Hamadé a parlé d'éducation. Il a noté le fait que 74 % des enfants du quartier vont dans les écoles publiques. Ce qui place l'État devant l'urgence de renforcer l'enseignement public.

Mohammad Kabbara a de son côté insisté sur le fait que 60 % des jeunes du quartier sont au chômage, précisant que ce chiffre est inquiétant. Quant à Pierre Bou Assi, il a déploré le fait que tout retombe sur son ministère. Il a toutefois estimé qu'il faut un projet global et cohérent car la situation est dramatique. Il a aussi insisté pour l'amélioration de l'infrastructure de la ville et des routes qui y mènent. Les ambassadeurs du Koweït et de Turquie ont exprimé leur soutien à l'ensemble du projet, se déclarant prêts à y contribuer.
Violette Safadi a lu finalement les résolutions en six points : la mise au point d'un plan exécutif pour améliorer le niveau de l'éducation, le suivi des contacts pour le centre médico-social, le renforcement du centre de formation professionnelle créé par la Fondation Safadi (qui permet aux jeunes du quartier à la fois de gagner un peu d'argent tout en obtenant une formation professionnelle), la réhabilitation des demeures insalubres du quartier, la protection du patrimoine culturel et le renforcement de la culture de la citoyenneté, enfin la coordination entre tous les projets.

Si ce projet pilote réussit, le modèle pourra être élargi à d'autres quartiers de la ville et peut-être à d'autres régions du pays. Hier, au Sérail, l'espoir était permis...

 

Lire aussi

Violette Safadi, les yeux revolver et le cœur tendre

C'est en présence du Premier ministre Saad Hariri et des ministres de la Santé Ghassan Hasbani, de l'Éducation Marwan Hamadé, du Travail Mohammad Kabbara et des Affaires sociales Pierre Bou Assi que la Fondation Safadi a lancé hier au Sérail un projet unique en son genre au Liban : celui de créer, à partir d'un quartier pauvre de la vieille ville de Tripoli, une cité pilote en matière de développement durable.
L'ancien ministre Mohammad Safadi et son épouse Violette, qui est la directrice du projet, se défendent de lancer cette initiative à la veille (en principe) des élections législatives. Mme Safadi déclare à cet égard qu'elle a tenu à éloigner les considérations politiques pour éviter tout détournement du projet à des fins électorales. Elle a d'ailleurs personnellement contacté l'ancien ministre Achraf...
commentaires (2)

ESPERONS QUE CE NE SERA PAS DU AUTANT EN EMPORTE LE VENT !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

11 h 27, le 10 mai 2017

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • ESPERONS QUE CE NE SERA PAS DU AUTANT EN EMPORTE LE VENT !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 27, le 10 mai 2017

  • Rien ne va changer. Ces paroles , ces soit disant promesses remontent aux annees 1960 au moment ou ces messieurs etaient en short ...

    aliosha

    10 h 12, le 10 mai 2017

Retour en haut