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Liban

Violette Safadi, les yeux revolver et le cœur tendre

Portrait
22/09/2016

À Tripoli, ville où les quartiers pauvres sont nombreux, les miséreux, les exclus et les abandonnés ont une nouvelle fée, Violette Khaïrallah Safadi. Ex-présentatrice des informations et d'émissions à la LBCI puis à la MTV, Violette fête le 5 octobre le premier anniversaire de son mariage avec le député et ancien ministre Mohammad Safadi. À l'époque, la nouvelle avait fait jaser, notamment dans les clubs fermés de la presse et de la politique, parfois avec malveillance, souvent avec scepticisme.

Mais aujourd'hui, Violette, la chrétienne de Bhamdoun, évolue à Tripoli la presque totalement sunnite comme si elle y était née. Il lui arrive même de laisser ses larmes couler devant une mère abandonnée par son fils dans un asile, qui n'arrive pas à supporter le poids de sa solitude, ou devant un enfant atteint d'une maladie chronique qui lui demande d'apprendre à jouer de la musique parce qu'il en a toujours rêvé. Cette femme, qualifiée de forte, dont les yeux rappellent la chanson de Marc Lavoine « elle a les yeux revolver », devient une petite fille d'une sensibilité à fleur de peau devant ceux que la vie ne gâte pas. Elle confie d'ailleurs avec modestie qu'on ne peut pas duper les gens. « Même s'ils sont dans le besoin, ils sentent vite si on s'intéresse à eux vraiment ou si on le fait pour la forme. »

Aujourd'hui, c'est avec son cœur qu'elle s'investit à Tripoli, devenue sa ville d'adoption depuis son mariage, sans pour autant perdre ses racines « bhamdouniotes ». Elle précise très vite qu'il ne s'agit pas pour elle d'aider, par ses « bonnes actions », politiquement son mari et encore moins de se joindre au « club des épouses de politiciens qui se lancent dans le social pour meubler leur temps ». Elle estime simplement qu'il y a beaucoup à faire à Tripoli et c'est donc son devoir d'agir, d'autant que son mari pousse dans ce sens. Elle vient donc de créer une ONG « Better Together » pour pouvoir répondre aux besoins des nécessiteux mais d'une manière structurée et collective, au lieu du travail individuel et limité de Mme X ou Y. En même temps, elle est la responsable du Centre culturel Safadi à Tripoli, qui coiffe un groupe de structures qui s'occupent à la fois de développement agricole au Akkar et de centres sociaux, etc. Mais son point fort à elle, c'est la culture. Elle a ainsi initié, avec l'aide d'ONG internationales et d'ambassades, deux projets qui lui tiennent à cœur, le premier s'appelle « la culture pour tous » et il permet, avec l'aide des universités implantées dans le Nord, de donner des cours presque gratuits à tous ceux qui le désirent de 19 à 99 ans. Violette Safadi est convaincue que la culture est le meilleur moyen de lutter contre le radicalisme qui grandit avec la misère, la frustration et l'exclusion. Selon elle, la culture est une ouverture sur l'autre, surtout si cet autre est différent, et elle représente un enrichissement intellectuel qui est le contraire du repli sur soi qui favorise le radicalisme.

Le second projet, « Street Beat », s'adresse aux enfants pauvres libanais, à ceux des réfugiés syriens ainsi qu'aux enfants atteints de maladies chroniques pour les unir autour de la musique. Tous ceux qui aiment ce domaine et qui ont un talent qu'ils n'ont pas la possibilité de développer pourront désormais le faire et même se préparer pour un concert collectif qui serait organisé sous le parrainage du Centre culturel Safadi. En plus des activités ordinaires, comme l'organisation d'un déjeuner de fête pour les personnes âgées qui vivent dans des asiles, ou les visites régulières dans divers centres sociaux, ces deux projets l'occupent énormément et elle se donne à fond pour qu'ils soient une réussite. Il faut dire que Violette Khaïrallah a déjà une certaine expérience dans le social puisqu'elle avait animé sur la LBCI une émission qui s'appelait « Le cas d'une famille » et qui exposait des situations sociales dramatiques.

De ses années à la télévision (neuf ans à la LBCI puis 3 ans à la MTV), Violette Khaïrallah garde globalement un bon souvenir. Elle confie d'ailleurs qu'elle a toujours le réflexe de la journaliste, et lorsque, avec son mari, elle se retrouve en compagnie de personnalités de premier plan, elle se met à poser des questions comme si elle faisait des interviews. Mais elle ne regrette pas le passé. Elle vit pleinement le présent aux côtés de Mohammad Safadi. « Quand on a une première expérience qui est un échec, on se dit qu'on ne le refera plus », dit-elle (Violette a deux enfants d'un premier mariage). Et pourtant, elle s'est lancée dans sa relation avec Mohammad Safadi, même si au début personne n'y croyait, à part elle et lui. À l'époque, leur histoire avait suscité de nombreuses réactions pas toujours favorables, mais Violette a dépassé tout cela, se contentant de dire que Mohammad Safadi est un homme très intelligent, peu ordinaire, et ils ont tous les deux, dès le début, voulu bâtir une relation qui tienne la route. Celle-ci avait pourtant mal commencé, puisque Mohammad Safadi avait été l'invité de Violette pour une émission qui n'a jamais été diffusée. Elle s'est rendue chez lui pour lui présenter ses excuses et il lui a proposé de devenir sa conseillère au ministère de l'Économie puis aux Finances, et ainsi de suite... « Aujourd'hui, dit-elle, la grande famille de Tripoli m'a acceptée. »

Violette précise que la principale qualité de son mari, c'est l'authenticité, et elle se tient derrière lui dans tout ce qu'il fait. C'est ainsi lui qui lui a demandé de le représenter à la messe de Meerab, mais elle s'empresse d'ajouter qu'elle n'a aucune volonté de faire de la politique. Elle préfère se consacrer à préparer un nouveau projet pour Noël et elle est fière de dire qu'en ces temps de division et de radicalisation, son mariage avec Mohammad Safadi est la preuve que la mixité et la coexistence sont possibles et même heureuses. « Je suis entrée dans son monde et il est venu dans le mien », dit-elle. Et d'ajouter : « Comme disait Mikhaël Neaymé, l'objectif, c'est d'aller vers Dieu, le chemin que l'on emprunte pour L'atteindre importe peu. »

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George Khoury

et pendant ce temps, le mari se rempli les poches...

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