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La Dernière

#unfollow #unfriend

Un peu plus
05/05/2017

Alors voilà, dimanche 7, c'est le grand jour pour les Français, les Franco-Libanais, les Libanais francophones, les Libanais qui ont vécu en France, ceux qui y vivent encore, les Libanais qui pensent qu'ils sont français. Bref, après-demain à 21 heures, heure de Beyrouth, on saura qui de Macron ou de Le Pen aura été élu président. Sans « e » j'espère.

Ce qui fut fort intéressant dans cette campagne/élection (et qui le sera encore pendant quelques jours), ce sont les réseaux sociaux, en général, et les Libanais sur les réseaux sociaux, en particulier. Au-delà de cette vocation soudaine d'analyste ou de journaliste politique, ce sont les propos postés qui ont été d'une grande éloquence. Les statuts, les comments, les photos, les articles, les caricatures. Et là, depuis le 23 avril, dans l'entre-deux tours de toutes les hypothèses, on découvre la nature de certains de nos friends qui pour beaucoup ne le sont/seront plus. Et même s'il y va dans les deux sens, grand nombre de pro-Macron et surtout d'anti-FN ont surtout été sidérés de découvrir les pensées de leurs amis. Leurs points de vue, leurs préjugés, leur judgmentalisme. Il ne s'agit pas là de politique, mais surtout d'idées reçues et arrêtées. Il ne s'agit pas là d'être anti-Macron, antilibéral, antibanquier. Il s'agit de propos.

Ne pas faire confiance à Macron « parce qu'il a menti sur ses orientations sexuelles et qu'il est gay ». Poster une photo de son prétendu amant et déclarer que dorénavant à l'Élysée on aura deux Premières dames, un ménage à trois et plein de placards. Humour ? Tout le monde sait que dans les traits d'esprit (lorsqu'il y en a) ou dans les blagues, il y a une part de vérité. 50 % en fait. Mi-figue, mi-raisin quoi. Mi-tolérant, mi-homophobe; mi-ouvert d'esprit, mi-raciste. On la joue moite moite, comme ça on est sûr de ne pas se planter. Ne pas voter Macron parce qu'on est offusqué des 25 ans avec Brigitte ; par contre, les 23 ans entre Donald Trump et Melania, ça ne dérange personne. « Il a épousé sa mère. » Et l'autre qui épouse sa fille ? – si on veut rester dans la bonne blague grivoise. Qu'on soit pro ou anti-Emmanuel Macron, là n'est pas la question. La question est : pourquoi ?

Pourquoi quand on n'est pas français et qu'on vit dans l'Hexagone avec une carte de séjour ou qu'on l'est par naturalisation et qu'on vit au Liban; pourquoi aime-t-on autant une femme qui (résumons rapidement) aimerait fermer les frontières, sortir de l'Europe et revenir au franc (20 % de dévaluation en perspective), aimerait établir un délai de carence pour les étrangers avant l'accès gratuit aux soins et à l'éducation ; une femme qui a annoncé une suspension de l'immigration légale pendant quelques semaines si elle était élue, aimerait lutter contre la délinquance des mineurs en responsabilisant les parents par la suppression du versement des aides sociales aux parents de mineurs récidivistes en cas de carence éducative manifeste. Une femme qui supprimera le droit du sol (l'acquisition de la nationalité française sera possible uniquement par la filiation ou la naturalisation dont les conditions seront par ailleurs plus exigeantes). Supprimera la double nationalité extra-européenne.

Pourquoi ces points-là et pas d'autres ? Parce qu'ils nous concernent. Nous, les Franco-Libanais et les Libanais vivant en France. Parce que c'est fini « je suis né(e) à Paris », « je suis libanais et je profite de l'accès gratuit aux soins et à l'éducation », « je vais trouver du boulot à Toulouse ». Et une fois après avoir voté pour elle, nous, les Franco-Libanais, on pourra oublier les élections du prochain quinquennat. Ah mais, suis-je bête, pour nous Libanais, ce sera différent. Nous sommes une race à part. On continuera à faire tout ce qui sera interdit aux autres.

Une autre question aussi. Quand on est libanais, pourquoi se sent-on tellement concerné par les élections françaises, quand on peine à avoir nos propres élections législatives ? Suis-je bête...

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Bouez Chahine

Médéa Azouri : Quand on est Libanais, pourquoi se sent-on tellement concerné par les élections françaises ?
La réponse est déjà donnée par Cheikh Malek Chaar, mufti de Tripoli le 12 juillet 2012 à Patrice Paoli, ambassadeur de France : "Lorsque le monde devient trop étroit pour les Libanais, c'est vers la France qu'ils regardent".

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