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Liban

« Empty chairs, Families waiting », ou le devoir de mémoire

Commémoration du 13 avril

Vingt-sept chaises exposées à Beit Beirut témoignent du drame des familles des victimes de disparition forcée.

14/04/2017

Mères, pères, épouses, sœurs, frères, tantes, oncles ou encore grands-parents ont décidé d'honorer leurs disparus de manière originale et artistique. À l'invitation de l'ONG Act for the Disappeared (Agir pour les disparus), ils se sont appliqués à peindre, chacun à sa façon, une chaise, qui représente leur proche. Celle-ci est restée vacante, à l'image du vide que la disparition de cet être cher a laissé dans leur vie.
Vingt-sept chaises vides ont ainsi été exposées hier à Beit Beirut, à Sodeco, à l'occasion de la quarante-deuxième commémoration du début de la guerre du Liban. Cet événement a été organisée par Act for the Disappeared et le Comité international de la Croix-Rouge.

Jamila Agha, dont le mari Nazih est porté disparu, a ainsi peint sur la chaise les circonstances dans lesquelles il a disparu. Son mari était pêcheur. Le jour de sa disparition, on lui a également volé son motocycle. Mais ce sont surtout les pas sur le sable, également peints sur la chaise, qui lui rappellent son mari.
Les parents de Nariman Ibrahim ont disparu alors qu'elle était âgée de quinze mois. De ses parents, elle ne garde qu'une photo. Elle a divisé la photo sur deux chaises avec elle au milieu. Elle espère connaître leur sort.

Les familles étaient venues nombreuses pour assister à cette première exposition. Elles n'ont pas caché leur émotion face à leurs œuvres qui lèvent le voile sur un sujet encore sensible, à savoir les victimes de disparition forcée. C'est le cas de Nohad Jurdi qui a perdu son fils Ayman en juin 1982 à Bhamdoun. Elle explique qu'« extérioriser (sa) souffrance avec cette chaise vide (l'a) beaucoup aidée ». « J'espère que cette chaise pourra ramener mon fils près de moi... qu'il pourra s'asseoir sur cette chaise un jour », confie-t-elle.

 

(Lire aussi : « Nous avons le droit à la vérité... »)

 

Processus de deuil
Pour que ces disparus de la guerre civile ne restent pas des anonymes ou de simples chiffres, ces chaises vides représentent de véritables témoignages tant historiquement que symboliquement. « Ce projet de mémoire a pour objectif de renouer la société civile avec les familles des disparus », explique à L'Orient-Le Jour Justine di Mayo, directrice de l'ONG Act for the Disappeared.

« Ce projet a commencé il y a un peu plus d'un an à Saïda, Baabda et Aley, poursuit-elle. Il a impliqué vingt-sept familles, avec l'organisation de journées d'information, de rencontres entre les familles et la mise en place d'aide psychosociale. Les familles doivent sentir qu'elles ne sont pas seules. Durant les séances, les familles échangent entre elles et développent des mécanismes d'adaptation et de gestion de la perte de l'être cher. Nous leur donnons également des outils de revendication pour le droit de savoir et pour être de véritables acteurs de cette cause. En définitive, l'idée de cette démarche est de permettre à ces familles de sortir de leur isolement, de donner du sens à leur souffrance. Cette thérapie par l'art permet de gérer et d'exprimer cette peine, là où les mots ne suffisent pas. » Ce travail de mémoire permet, selon Justine di Mayo, à ces familles d'« entamer le processus de deuil » lorsqu'elles seront prêtes à le faire.

« La page de la guerre ne peut pas être tournée sans une reconnaissance, par les autorités libanaises, de la souffrance de ces familles », insiste de son côté Fabrizio Carboni, chef de la délégation du CICR. Dans son allocution, il rappelle également que « ces familles sont à la fois dans une position d'espoir, d'incertitude et de désillusion à l'idée de découvrir la vérité et que le temps ne guérit pas la peine engendrée par la disparition d'un être cher ».

Les deux organisations partenaires comptent élargir leur terrain d'action en impliquant d'autres familles du Liban-Sud et du Chouf.

 

Lire aussi

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II – Le pardon et la réconciliation, seuls garants de l'édification de la paix

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La mémoire de la guerre, encore et toujours 

 

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Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...

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