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Liban

II – Le pardon et la réconciliation, seuls garants de l’édification de la paix

Mémoire de guerre

À l'occasion du 13 avril, le témoignage de Khalil Hélou, général à la retraite qui, au lendemain de la guerre, a entamé un travail de dialogue entre anciens combattants. Deuxième article sur le travail de mémoire et de justice réparatrice.

Nada MERHI | OLJ
13/04/2017

L'Exhortation apostolique est son document de référence. Répandre la culture de la paix, de la liberté et de la connaissance est son credo. Depuis sa prise de conscience de la vanité de la guerre, Khalil Hélou, général à la retraite, œuvre au sein du mouvement Liban Message, dont il est le vice-président, à rétablir les liens de confiance entre les Libanais, toutes communautés confondues, mais surtout à paver la voie au « pardon », à la « réconciliation » et à la « paix ». Sa mission rejoint d'ailleurs celle entamée, il y a plusieurs années, par Michael Lapsley, prêtre néo-zélandais ayant combattu l'apartheid, qui prêche la réconciliation et la paix.

L'histoire de Khalil Hélou est celle de milliers de combattants et de militaires qui « se sont affrontés durant la guerre ». Il la partage, « pour éviter que ce scénario ne se répète ».
« La coexistence au Liban est une réalité et non des slogans », affirme-t-il. « Le pardon et la réconciliation sont essentiels pour édifier la paix », insiste-t-il, au cours de la cérémonie organisée récemment à l'Université Saint-Joseph pour le lancement de la version arabe de l'autobiographie de Michael Lapsley, parue aux éditions Dar el-Machreq. « Les accords ne peuvent pas mener à l'édification de la paix, parce qu'à la première occasion, l'une des parties signataires l'enfreindra et tentera d'éliminer l'autre, martèle Khalil Hélou. Il est donc important d'œuvrer à changer les mentalités, à guérir la mémoire et à exorciser ses angoisses. »

L'officier à la retraite figure au nombre de ces nombreux hommes qui, « poussés par l'instinct de survie », ont porté l'arme dès le premier jour de la guerre, le 13 avril 1975. Il avait alors 18 ans. À l'époque, il était « convaincu » qu'il devait le faire pour « protéger ma communauté (chrétienne) de la menace de disparition ». Plus tard, il a découvert que la partie qu'il combattait « partageait les mêmes appréhensions ».

 

(Lire aussi : I – Pour une justice non pas de vengeance mais de rétablissement de liens)

 

« Pourquoi la guerre ? »
Neuf ans après le début de la guerre, en 1984, Khalil Hélou s'est enrôlé dans l'armée, convaincu qu'elle « protège tout le monde et non pas une communauté quelconque ». En février 1990, lors de la guerre interchrétienne (Forces libanaises contre l'armée, alors commandée par le général Michel Aoun), il a affronté, « dix-sept ans avant de le rencontrer », Raymond Nader, cadre supérieur des FL. C'était lors de la guerre de Kleiate. Durant ce combat, des centaines de personnes des deux camps ont été tuées.

Quelques mois plus tard, le 13 octobre 1990, la guerre prend fin par un accord politique et l'entrée de l'armée syrienne au Liban. Un accord qui « n'a pas mené à la paix, bien que les canons se soient tus ».
Raymond Nader et Khalil Hélou, qui ne se connaissaient pas encore, sont restés, « chacun de son côté », avec les mêmes interrogations : Pourquoi toutes ces victimes ? Pour qui ? Pour quelle société ? Pour quelles valeurs ?

Pendant les sept années qui ont suivi la fin de la guerre, les libertés étaient opprimées au Liban. La visite du pape Jean-Paul II en mai 1997 et l'Exhortation apostolique qu'il a remis aux Libanais ont toutefois marqué une date importante dans l'histoire du pays. « L'Exhortation apostolique est une feuille de route qui permet d'aboutir à une réconciliation sur la base du pardon et de construire un vrai partenariat entre les chrétiens et les musulmans, note-t-il. Malheureusement aucun effort n'a été fait pour appliquer ce document. »

Après la visite de Jean-Paul II, un vent de liberté a commencé à souffler de nouveau sur le pays. En 2005, avec l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, la révolution du Cèdre qui a suivi et le retrait de l'armée syrienne, « nous avons cru que les Libanais ont appris qu'il ne servait à rien de s'entretuer ». « Au lieu de tirer des leçons du passé, les Libanais se sont à nouveau divisés et se sont combattus, note-t-il. Ils ont attisé des haines anciennes, dans une ambiance de méfiance. Le Liban s'est de nouveau divisé. Il l'est encore. Toutes les parties parlent d'accords. Personne ne parle de réconciliation et d'édification de l'État. »

 

(Pour mémoire : « Je hais la commémoration du 13 avril »)

 

 

Liban Message
En 2007, Raymond Nader et Khalil Hélou se rencontrent pour la première fois. « Il nous a fallu quelques secondes pour nous réconcilier et nous pardonner », affirme le général à la retraite. Ensemble, ils ont fondé le mouvement Liban Message, dans le cadre duquel « nous avons invité d'anciens combattants et militaires » à faire ce même travail de « réconciliation » et de « pardon ».

Depuis, les deux hommes organisent de nombreuses activités dans ce sens. « Nous avons pour objectif de reconstruire les liens entre les Libanais, chrétiens et musulmans », assure Khalil Hélou. Et de conclure : « Dans cette partie du monde, il est facile de provoquer des guerres. Il suffit pour cela d'attiser les haines. Ceux qui ont combattu pour une cause sont ceux qui reconnaissent le plus la valeur de la paix. À Liban Message, nous poursuivrons le dialogue, la recherche des vérités et la demande du pardon pour le mal que l'on s'est fait mutuellement... »

 

 

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ENCORE FAUT-IL QUE TOUS SANS EXCEPTION SOIENT D,APPARTENANCE NATIONALE... SINON VAINS VOEUX ET SOUHAITS...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Avec l'assassinat de l'ancien Président Rafîk HARIRI, la révolution du Cèdre qui a suivi et le retrait de (l'armée) bääSSyrienne, « nous avons cru que les Libanais ont appris qu'il ne servait à rien de s'entretuer. Au lieu de tirer des leçons du passé, ils se sont à nouveau divisés et se sont combattus. Ils ont attisé les haines anciennes.
Le Liban s'est de nouveau divisé. Il l'est encore." !
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