Metteur en scène : maestro des planches, du texte jusqu’à la représentation - Chantal EDDÉ

LES CARRIÈRES NON TRADITIONNELLES

Metteur en scène : maestro des planches, du texte jusqu’à la représentation

Créatif et passionné, le metteur en scène est le « chef d'orchestre » du théâtre. Pour composer une pièce, il se charge de chacun de ses éléments et veille à leur harmonie. Gardant pour autant les pieds sur terre, il possède des qualités relationnelles et organisationnelles.

13/04/2017

La nature du travail

Après avoir réfléchi à la lecture conceptuelle du texte, le metteur en scène collabore de près avec le reste de l'équipe pour faire parvenir au mieux son message et les ambiances qu'il visualise. Il travaille avec les acteurs et les dirige, avec le scénographe et l'éclairagiste, mais il pense aussi la musique et les costumes. Ainsi, dans ce métier où les limites sont poreuses, « le metteur en scène guide les autres dans leur réflexion», résume Betty Taoutel, metteur en scène et dramaturge.

Dans la façon de procéder en premier lieu, « un metteur en scène met en forme un texte qui peut appartenir à n'importe quel répertoire », estime-t-elle. Il le retravaille avec son auteur, d'une façon à « trouver une formulation des idées accessible au public, ce qui peut prendre des mois », explique la dramaturge.

Se basant sur le texte, le metteur en scène choisit les acteurs. Il contacte également les autres membres de l'équipe. Commencent ainsi les réunions et les répétitions. « La mise en scène démarre surtout dans la tête. Pendant les répétitions, on procède à des essais et à des improvisations avec les acteurs pour voir ce que ça donne », révèle-t-elle. Plus la date des représentations approche, plus le rythme du travail s'accélère. L'équipe finit par répéter tous les soirs, à raison de cinq heures quotidiennes, pendant six à huit semaines, les samedis inclus.

Par ailleurs, quand le metteur en scène est dramaturge, il écrit lui-même un texte ou en choisit un et l'adapte à sa manière, « constituant une forme de réécriture ».

Les aptitudes et les compétences requises

« Plus qu'une passion, le théâtre est une addiction dont il est très difficile de sortir. Ça devient un besoin, un besoin de mettre en scène ! » assure Betty Taoutel.
La créativité est aussi indispensable. Pour l'alimenter, un metteur en scène doit voir beaucoup de spectacles et de films, lire, être curieux et puiser autour de lui. Il doit effectuer une recherche personnelle et acquérir une expérience diversifiée afin de trouver un style qui va le caractériser.

Il doit posséder aussi des qualités morales, organisationnelles et relationnelles. Ainsi, généreux et empathique, il donnera une marge de liberté à ses acteurs pour les motiver. De même, il doit être présent partout sans s'imposer, être très ferme sans être dictateur, car il a une grande équipe à gérer.
« La qualité la plus importante est d'être conciliant et juste, pour créer une belle ambiance au sein de son équipe. La réussite du spectacle en dépend », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, « pour pouvoir, plus tard, guider les autres et imposer sa conception », il faut passer par des expériences préalables à la mise en scène et s'essayer aux métiers du domaine. Ainsi, en connaissance de cause, la dramaturge conseille de «commencer certainement par être acteur ».
De plus, enseigner la mise en scène peut aider à s'impliquer dans ce métier. C'est le cas de Betty Taoutel qui a été « automatiquement placée dans la position du metteur en scène », dirigeant ses étudiants, lors de pièces montées dans le cadre de ses cours universitaires.

Les difficultés et les contraintes

Préparer un spectacle déclenche un état de stress continu. En effet, le metteur en scène est responsable de mener à bien son projet et d'être prêt le jour de la première, malgré tous les obstacles qui peuvent entraver le cours ordinaire du travail. « Les invitations sont envoyées un mois avant la date de la première. Ça devient une course contre la montre. On doit respecter le temps », enchaîne Betty Taoutel.
S'y ajoute une seconde contrainte, celle de la réussite. « Le jour J est sacré, le public et la presse vont donner le verdict, décider si ça va plaire ou pas. Toute une année de travail peut tomber à l'eau si le spectacle ne plaît pas, c'est pour cela que c'est stressant et qu'on a le trac », confie cette professionnelle des planches.

Par ailleurs, pour monter un projet, il n'est pas facile de trouver des financements. Le théâtre, en outre, n'est souvent pas rentable et les rentrées sont imprévisibles, surtout au Liban. « On doit souhaiter d'être chanceux, qu'il n'y ait pas de catastrophes naturelles ou politiques ! Comme on loue le théâtre pour une période limitée, on n'a pas l'occasion de prolonger. »

Les débouchés

Mettre en scène des spectacles peut s'effectuer sur commande. Les tarifications n'existant pas, un débutant pourrait gagner environ 5 000 dollars par projet, jusqu'à près de 30 000 dollars pour un metteur en scène expérimenté. Ceci dépend de facteurs tels l'expérience du metteur en scène, la grandeur du projet ou le nombre d'acteurs.

Par contre, un metteur en scène peut prendre lui-même l'initiative de choisir des textes et les mettre en scène. « Mais comme il n'y a pas de salaire, il faut exercer un métier à côté, prévient la spécialiste, comme enseigner, organiser des ateliers de formation ou travailler à la télé. »

 

Comment devenir metteur en scène

Au Liban, l'étudiant peut obtenir une licence et un master, à l'Institut des beaux-arts de l'Université libanaise, ainsi qu'à la faculté des beaux-arts et des arts appliqués de l'Université Saint-Esprit de Kaslik.
Le département Communication arts de la Lebanese American University prodigue un BA en Performing arts, le théâtre étant inclus dans le cursus.

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