L’entrepreneur social : un nouvel acteur du changement - Chantal EDDÉ

LES CARRIÈRES NON TRADITIONNELLES

L’entrepreneur social : un nouvel acteur du changement

Au Liban, plus de cinquante entreprises sont spécialisées dans les domaines sociaux et environnementaux. Malgré les défis rencontrés, elles favorisent l'emploi des personnes vulnérables et proposent des modes alternatifs, ainsi que des solutions durables pour les différentes communautés.

13/04/2017

La nature du travail

Un entrepreneur est qualifié de social lorsque, d'une part, l'activité économique de son entreprise répond à des besoins sociaux, environnementaux ou humanitaires, et, d'autre part, lorsqu'il crée des opportunités de travail destinées aux gens qui sont dans le besoin.

« L'entrepreneuriat social n'est pas un métier en tant que tel. C'est plutôt une façon de voir différente qui peut s'appliquer à presque tous les métiers», explique Christine Codsi, partenaire de Souk el-Tayyeb avec son fondateur, Kamal Mouzawak. L'approche de l'entrepreneur social met en avant des gens défavorisés à travers une plate-forme qu'il leur offre. Il en est ainsi du marché des fermiers de Souk el-Tayyeb qui se tient à Beyrouth depuis 2004. Lors de ce rendez-vous, des agriculteurs et des femmes viennent des quatre coins du Liban pour exposer et vendre leurs produits aux citadins.

L'objectif principal d'une entreprise sociale c'est d'apporter un changement et un développement sociaux, alors que celui des entreprises commerciales, c'est d'assurer des rentrées rapides. Pour indiquer la différence entre ces deux types d'entreprises, Christine Codsi donne l'exemple d'un restaurant, en l'occurrence Tawlet qui fait partie de Souk el-Tayyeb. Dans cette entreprise sociale, l'idée est de faire profiter tout d'abord le petit producteur en achetant ses produits, ainsi que les femmes des villages qui viennent y cuisiner à tour de rôle, même si c'est plus coûteux. « Il ne s'agit pas pour nous de minimiser les coûts pour maximiser les profits. C'est plutôt faire profiter cette tranche de la population et, par la suite, assurer une rentabilité pour maintenir l'entreprise», souligne-t-elle.

Quant au processus de gestion, il est identique à toute autre entreprise. L'entrepreneur gère les employés, les finances, la comptabilité, les rapports avec les clients, la communication, ainsi que les procédures officielles.

Toutefois, d'autres types de tâches s'ajoutent et diffèrent selon le domaine de travail de l'entreprise sociale. Dans le cas de Souk el-Tayyeb, l'entrepreneur gère en plus des non-professionnels. Il investit aussi dans leur formation au niveau des normes d'hygiène, des achats, des quantités à produire ou autres...

Par ailleurs, lorsqu'un projet doit être mis en place, « l'entrepreneur social se rend sur le terrain, dans les régions, suit les travaux sur le chantier, gère les achats, s'entretient avec les locaux, rencontre les agriculteurs et visite les femmes chez elles en vue du recrutement », note Christine Codsi. Avec une équipe et un ingénieur agronome, il doit tester les plats préparés par ces femmes pour contrôler la qualité.
L'entrepreneur social doit aussi voyager pour participer à des séminaires ou établir des relations extérieures.

Les aptitudes et les compétences requises

« Le diplôme c'est un passeport ! Les jeunes doivent étudier ce qu'ils aiment. Ce qui compte c'est l'expérience », assure cette entrepreneuse qui a étudié le droit et la science politique, avant de se former en management et d'acquérir une large expérience dans ce domaine. Il faut donc posséder un minimum de connaissances et une expérience en gestion et management.
Ensuite, il faut surtout posséder une vocation sociale, « avoir une vision et sortir des sentiers battus », estime-t-elle.

Les difficultés et les contraintes

« Les défis sont typiques de toute entreprise qui démarre. Le premier est financier. Et pour les entreprises sociales, c'est encore plus dur. » En effet, de par son statut légal, une entreprise sociale doit payer des taxes. Comme elle ne possède pas un statut d'ONG, elle ne bénéficie pas de facilités sur le plan financier. « Une grande partie des ressources est dédiée au social, sans bénéficier des donations et sans avoir des aides de l'État, affirme Christine Codsi. C'est un travail de longue haleine, vu que l'objectif est social, rentrer dans ses frais peut prendre ainsi plus de cinq ans. »

Par ailleurs, elle évoque la résistance au changement, rencontrée au Liban. « Ce n'est pas facile d'imposer son idée, quand elle est sociale, auprès de gens qui n'y croient pas ».
Enfin, l'entrepreneur social rencontre aussi des obstacles au niveau de l'environnement et des rapports humains, tels que travailler avec des non-professionnels, gérer leurs réticences, prendre garde à ne pas masquer leur authenticité.

Les débouchés

« Les possibilités sont infinies. Il y a beaucoup d'opportunités pour les jeunes », affirme la responsable. Un entrepreneur social peut mettre en œuvre un projet dans plusieurs domaines, « là où il y a le plus de besoins », tels que l'environnement, l'agriculture, le travail avec les populations défavorisées, l'architecture, l'hôtellerie, l'artisanat... tant que le but est social.

Les salaires dépendent des projets comme pour toute entreprise.

 

Comment devenir entrepreneur social ?

Selon Christine Codsi, l'important est d'être détenteur d'un diplôme et d'acquérir une expérience pour être ensuite entrepreneur. « Plus on commence jeune, mieux c'est ! » ajoute-t-elle.
À l'Université Saint-Joseph, l'École libanaise de formation sociale propose un diplôme universitaire en entrepreneuriat social, équivalant à 20 crédits. La formation est d'une année, à raison de deux jours par mois. Les candidats doivent être titulaires d'une licence, quelle que soit la discipline.

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