Criminologie : une formation éclectique et éminemment scientifique - Suzanne BAAKLINI

LES CARRIÈRES NON TRADITIONNELLES

Criminologie : une formation éclectique et éminemment scientifique

A la recherche du moindre indice sur le lieu d’un attentat. Photo Michel SAYEGH

13/04/2017

Le nom même de cette spécialisation, criminologie, est de nature à faire rêver les amoureux de romans policiers. Se voir en train d'observer à la loupe des preuves microscopiques peut paraître exaltant, ce qui explique que cette spécialisation, nouvelle au Liban, attire déjà un grand nombre d'étudiants de l'Université libanaise (UL). De manière plus réaliste, voilà comment il faudrait considérer cette spécialisation qui concentre en elle de nombreuses disciplines scientifiques comme la biologie, la chimie, la biochimie, la physique... Entretien avec Bassam Badran, coordinateur du comité de la recherche scientifique à la faculté des sciences de l'Université libanaise.

Nature du travail

Le criminologue est celui auquel on a recours lorsqu'il s'agit de récolter des preuves sur une scène de crime (restes humains, traces de sang, etc.), faire une enquête sur l'origine d'un incendie, comparer des traces ADN pour savoir si oui ou non une personne donnée est impliquée dans un meurtre, analyser des tests de paternité, etc. Le métier est varié et nécessite, à n'en point douter, une base scientifique solide : il est cependant fortement conseillé, selon Bassam Badran, de se spécialiser dans l'un ou l'autre des domaines, afin de faire la différence sur le marché du travail.

Ce métier très diversifié peut nécessiter, selon les spécialisations, d'être constamment sur le terrain ou de rester derrière un bureau, si on travaille dans la lutte contre les crimes informatiques par exemple.

Aptitudes et compétences requises

Interrogé sur les qualités incontournables pour les postulants à la carrière de criminologue, Bassam Badran n'hésite pas à évoquer la vivacité d'esprit et l'audace. « Le criminologue doit souvent se débrouiller pour trouver des solutions dans des situations qui pourraient être inédites et complexes », explique-t-il. L'autre qualité requise, selon l'expert, est une grande intelligence doublée d'une vaste culture, permettant d'analyser toute sorte de situations. Enfin, le criminologue doit garder intact son amour de la découverte et de l'aventure.

Études

Ceux qui briguent une carrière de criminologue peuvent se diriger vers une formation de master 2 à la faculté des sciences de l'UL. Mais, comme l'explique Bassam Badran, y accéder n'a rien de simple. Ce master, qui existe depuis quatre ans, est ouvert aux étudiants détenteurs d'un master 1 en biochimie, chimie ou biologie : il est pour le moment limité à ces spécialisations-là, parce qu'elles couvrent un domaine de compétences très vaste, même si d'autres disciplines scientifiques pourraient être utiles à l'instar de la physique (comme pour définir la trajectoire d'une balle par exemple). Le cursus de ce master 2 comporte des cours théoriques et des formations sur le terrain, notamment des stages dans le centre des Forces de sécurité intérieure (FSI) à Aramoun. Des officiers des FSI font d'ailleurs partie du corps professoral.

Chaque année, une dizaine d'étudiants seulement sont sélectionnés, sachant que, selon Bassam Badran, un bien plus grand nombre s'intéresse à cette formation. Les notes obtenues en master 1 comptent pour la première phase de sélection, sur base du dossier présenté par l'étudiant. Toutefois, l'étape la plus décisive est celle de l'interview : un jury formé de professeurs et d'officiers des FSI est alors appelé à évaluer les réponses de l'étudiant. « Nous tentons de déceler chez le candidat une passion pour ce domaine ainsi qu'une vaste culture, indispensable pour cette formation, dit-il. Qu'il se soit documenté sur les impératifs du métier compte beaucoup pour nous. On lui propose aussi de résoudre des cas qu'on lui présente, afin de voir s'il a de la suite dans les idées. »

Débouchés

La criminologie permet aux diplômés d'envisager des carrières différentes dont voici les principaux exemples, énumérés par Bassam Badran :
– En tant qu'expert dans le domaine des assurances, pour déterminer l'origine des sinistres par exemple.
– En tant qu'expert judiciaire assermenté, appelé par les juges afin d'apporter une expertise dans une affaire donnée. L'expert peut avoir son propre bureau ou son propre laboratoire, et son travail s'apparente à une profession libérale.
– En tant qu'expert au sein des FSI : dans ce cas de figure, il est clair que le postulant doit intégrer les forces de l'ordre, même s'il y a un nombre limité de postes civils dans les FSI.

Difficultés et contraintes

Bassam Badran note un certain nombre de difficultés et de contraintes qui continuent d'accompagner ce genre de carrière. L'une d'elles est le marché de travail restreint. « Il faut que l'étudiant songe à se spécialiser dans l'une des filières et à s'améliorer constamment, afin qu'il trouve sa place sur le marché du travail, conseille-t-il. Il faut qu'il ait des idées innovantes. Si tout cela reste insuffisant, beaucoup aspirent à acquérir de l'expérience à l'étranger. »

Une autre difficulté potentielle a trait à la nature même du travail : sur le terrain, le criminologue peut être confronté à des situations dures ou choquantes, et doit y être prêt par conséquent.

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

6

articles restants

Soutenez notre indépendance!