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Culture

Comment être (et rester) Belle au XXIe siècle

Focus

« Beauty and the Beast » de Bill Condon fait de la Belle, personnage cocteauien sublime, une héroïne des temps modernes.

Danny MALLAT | OLJ
06/04/2017

Le film relate l'incroyable destinée de Belle, une jeune fille aussi brillante qu'indépendante, dans un petit village français. Rêveuse et passionnée de lecture, Belle vit avec son père, inventeur farfelu. Pour avoir volé une rose du jardin de la Bête, le papa est jeté au cachot par cette créature hideuse. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle choisit de se sacrifier et de prendre sa place. Bravant sa peur, elle se lie d'amitié avec les domestiques transformés en objets enchantés suite à un sortilège. Défiant tous les dangers et ouvrant son cœur, Belle découvre peu à peu qu'au-delà de l'apparence physique du monstre, se cache un véritable prince au cœur pur. Elle parviendra par le pouvoir de l'amour à libérer la Bête de sa malédiction.
Actuellement sur les écrans, le film réalisé par Bill Condon avec Emma Watson plus belle que jamais résonne comme un tour de magie. On connaît la chanson. On la connaît par cœur, mais le charme opère encore...

De la réalisation, on retiendra...
Très fidèle au film de Disney, le réalisateur réussit à donner au conte un écrin nouveau, mélange du film animé et du film fantastique de Jean Cocteau. À travers une recherche méticuleuse des détails, une réalisation quasi parfaite et une énergie musicale, signée Alan Menken, le spectateur plonge dans une histoire où les personnages sont mis à nu et livrent des surprises. Condon réussit magistralement à revisiter ce conte et plutôt que d'être dans une recherche classique du prince charmant sur son cheval blanc, on découvre la Belle, première princesse moderne de Disney qui émeut par sa soif d'apprendre et son imagination. Elle incarne la quête de soi, un modèle positif pour toute une génération de jeunes filles qui défend les valeurs auxquelles elle croit. Cette nouvelle version laisse libre cours, avec plus d'ampleur, à toutes sortes d'émerveillements.

Du buzz, on s'étonnera...
Alors qu'on trouve du porno entre deux clics sur internet, les extrémistes et autres obscurantistes vivant dans un mensonge perpétuel sont choqués par un extrait dit sulfureux et montent au créneau. À Singapour, le clergé accuse les studios Disney d'avoir dévié des valeurs saines et dominantes. La Russie de Poutine interdit le film aux mineurs de moins de 16 ans en estimant qu'il vise à imposer aux enfants les nouveaux standards de la tolérance européenne. Au Koweït, le film est interdit de diffusion et la Malaisie censure le moment gay, revendiqué par le réalisateur lui-même. Bill Condon a en effet révélé dans une interview au magazine Attitude que l'un des personnages secondaires s'interrogera sur sa sexualité et qu'il en résultera « un beau moment gay pour la première fois dans un film Disney ». Ce questionnement intérieur concernera Le Fou, interprété par Josh Gad, dont les sentiments pour son ami Gaston, le personnage principal interprété par Luke Evans, oscillent entre admiration et désir. C'est un grand tournant pour Disney que de mettre en scène l'attirance d'une personne pour quelqu'un du même sexe dans une scène courte, explicite, mais subtile et délicieuse. On pourrait même se poser la question si Belle, en succombant à un être « différent » et en ne retenant que l'amour pur de l'esprit, ne serait pas aussi en train d'abandonner le chemin de l'hétérosexualité...

De Cocteau, on se souviendra...
En 1946, Jean Cocteau, pour son premier long-métrage, adapte le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont. La mise en scène repose sur une interprétation à la fois poétique et fantastique. Sa Bête est l'incarnation parfaite de l'affrontement de la beauté et de la laideur, thème très cher à l'auteur. Le cinéaste parvient à éclairer l'irréel, et l'atmosphère repose sur cette ambivalence, partie d'humanité passée de l'autre côté du miroir, avalée par le merveilleux. Jean Marais rêvait d'un rôle où il ne serait pas beau. Cocteau, lui, qui ne songe qu'à lui donner « des preuves d'amour », lui offre ce personnage de monstre fauve à mission d'immortalité.
Film pour l'amour, l'amour courtois, l'amour enflammé, l'amour de l'esprit plus que l'amour utilitaire, La Belle et la Bête se forge dans la lutte. C'est un film contre. Contre la maladie et les blessures qui accablent Cocteau à l'époque, contre la peur, car la bête est en chacun de nous. Il suffit de l'affronter et de la reconnaître pour qu'elle devienne belle et positive. Et peut-être aussi contre l'homophobie.
Cocteau dira, lui qui avait réponse à tout : « La Belle et la Bête nous console. Faites semblant de pleurer, mes amis, car les poètes ne font que semblant de mourir. »

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