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Culture

Fanny Clamagirand fait chanter les cordes

Festival al-Bustan

Au Liban pour la première fois, la violoniste française montante a offert hier soir, au public de l'auditorium Émile Boustani, le « Concerto n° 3 pour violon et orchestre romantique » de Camille Saint-Saëns. Avec élégance et audace, elle a fait une démonstration de fluidité, de légèreté et d'autorité. Rencontre pendant les répétitions.

Danny MALLAT | OLJ
15/03/2017

Il y a incontestablement du violon dans le physique de Fanny Clamagirand. Une petite silhouette gracile et fluette tout en grâce et beauté. Tel un stradivarius fait de courbes et de pureté et qui projette haut et loin un son d'une grande clarté, sa délicatesse déconcertante et sa discrétion dissimulent un tempérament pour qui le plaisir de jouer passe avant tout et un volontarisme chevillé aux cordes et au cœur. Avant de fouler les planches de l'auditorium Émile Boustani – où elle est accompagnée de l'orchestre Joven de Extremadura sous la baguette de Gianluca Marciano –, elle murmure qu'elle est venue au violon à l'âge de 7 ans, qu'elle a étudié auprès de Larissa Kolos, professeure russe au Conservatoire supérieur de Paris et médaillée d'or dans plusieurs disciplines, pour intégrer ensuite le cycle de perfectionnement dans la classe de Jean-Jacques Kantorow. En mai 2004, elle obtient le diplôme d'artiste au Royal College of Music de Londres dans la classe d'Itzhak Rashkovsky. Elle a 20 ans.

Le plaisir est dans la difficulté
La virtuosité ne vient pas sans effort. Au talent et à l'encadrement, il faut ajouter le travail. Combien d'enfants poussés par leurs parents s'essaieront au piano, au violon ou à d'autres activités artistiques, mais combien d'entre eux persévéreront ? Pour réussir, il faut répéter, sans arrêt et Fanny Clamagirand n'aura de cesse de le faire, trois heures par jour. Hormis une oreille musicale confirmée, elle a tous les ingrédients pour réussir. L'influence familiale, avec une mère pianiste qui, très tôt, a bercé ses nuits en sonates et meublé ses journées en concertos, une persévérance acharnée, un encadrement que d'aucuns lui envieront, la concentration requise et la passion de la musique qui est au moins aussi nécessaire que le talent et le travail.
« J'ai eu une enfance heureuse, dira-t-elle, je n'avais pas encore assez de recul pour comparer ma vie à celle des autres enfants et mon quotidien s'inscrivait dans une normalité de laquelle je m'accommodais. Enfant unique, je n'ai pas été exposée à vivre des horaires différents par rapport à des frères ou des sœurs. Je n'ai jamais regretté les longues heures que je consacrais à mon apprentissage, mais je restais quand même très vigilante pour protéger mes mains, sans jamais m'exposer à ce qu'il m'était déconseillé de faire. Mais ce ne fut jamais une contrainte. J'ai vécu les concours comme une formation éducative, un moyen de toujours se dépasser dans des conditions difficiles. » Scolarisée à mi-temps pour arriver à joindre les deux, elle réussit à décrocher son bac, pour finalement entamer une carrière de violoniste, et d'avouer : « C'est un hasard d'avoir choisi le violon. Ma mère étant pianiste j'étais prédestinée à suivre un chemin déjà tracé, mais faute de places au conservatoire, voilà que je me retrouve un violon à l'épaule. Sauf que je découvre très vite que cet instrument correspondait à ma nature calme et disciplinée. L'appréhender n'était pas chose simple, la position au départ n'est pas naturelle, il faut être souple et très concentré mais très vite, l'instrument proche du corps devient son prolongement et la magie opère. »

À l'école des grands
De ses professeurs, elle retiendra les grands secrets et le sens de la perfection. « Mme Larissa Kolos m'a tout appris. Elle a décelé en moi un talent en germination, comme une aptitude à l'accomplissement artistique et eut très tôt une vision lointaine. Elle m'a poussée sur des chemins ardus où je mémorisais beaucoup de répertoires et travaillais sur les différentes interprétations. Quant à Jean-Jacques Kantorow, grand violoniste confirmé, Glenn Gould dira de lui : "C'est le violoniste le plus prestigieusement original de cette génération que j'ai entendu". »
Aujourd'hui, Fanny Clamagirand a 33 ans, difficile à croire s'il fallait quantifier le nombre de festivals auxquels elle a participé (Festival de Lucerne, de Saint-Denis, de Menton, et tant d'autres) le nombre de prix qu'elle a reçus (parmi eux le 1er prix Prince Rainier III de Monaco, le 1er prix du Concours International Fritz Kreisler à Vienne) ; s'il fallait compter le temps consacré aux tournées dans le monde entier et les nombreuses distinctions. Mais elle garde la tête froide et tente, avant chaque concert, de retrouver l'équilibre mental et le repos physique, pour empêcher ses jambes de flancher, car elle avoue avoir, avant d'entrer en scène, un trac positif mais vite supplanté par l'échange avec ses musiciens et le public. « La musique m'apporte tellement aujourd'hui que je ne regrette ni les pentes enneigées que je n'ai pas arpenté, ni mon adolescence atypique. Malgré mon penchant pour la musique française romantique, je reste de forte influence russe. Le plus important, au final, c'est de trouver un équilibre entre toutes les périodes de musique et ne pas se cantonner à un seul compositeur, pour ne pas s'essouffler. »
Fanny Clamagirand est une artiste qui travaille tous les jours pour atteindre l'inaccessible, la perfection dans la musique. Bonne oreille ne saurait contredire...

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