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Moyen Orient et Monde

À Mossoul, une église chaldéenne vandalisée par la police religieuse de l’EI

Reportage

Tout signe du christianisme a été méthodiquement éliminé de l'édifice.

OLJ
11/03/2017

Sur les élégantes colonnes en marbre d'une église de Mossoul, des affiches vantent les mérites de la prière à la mosquée : à leur arrivée, les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont réquisitionné le bâtiment pour leur police religieuse. L'inscription au-dessus du portail indique « Église catholique chaldéenne ». Mais sur le mur d'enceinte de l'église Oum al-Maouna (Mère de l'entraide), les nouveaux locataires ont laissé leur marque : « Interdiction d'entrer, sur ordre de l'État islamique – Diwan al-Hesba » – bureau de la police religieuse.
« C'était un bureau important pour les autorités chargées de s'assurer que les habitants portaient la barbe et appliquaient leurs traditions et convictions extrémistes », assure l'officier Abdel Amir al-Mohamedawi, des Forces d'intervention rapide, troupe d'élite du ministère de l'Intérieur.
Devant l'église, cinq jihadistes gisent à terre, le crâne arraché ou le corps tordu. Le quartier, ravagé par les combats, est désert. Il a été reconquis récemment par les forces de sécurité irakiennes qui poursuivent leur offensive à Mossoul-Ouest pour reprendre l'intégralité de la deuxième ville d'Irak.
Les combattants de l'EI ont tenté d'arracher une croix sculptée sur une porte en fer, sortie de ses gonds. Tout comme ils ont endommagé la croix en pierre qui surplombait l'entrée de l'église couleur ocre. Dans la nef, pas un seul crucifix, pas une seule statue représentant le Christ ou la Vierge Marie. Tout signe du christianisme a été méthodiquement éliminé. Seul l'élégant autel en marbre gris a survécu au carnage. Dans une des alcôves désertes, subsiste encore l'assise d'une statue probablement fracassée, décorée de roses rouges et jaunes.

Alcool et cigarettes interdits
Sur les épaisses colonnes en marbre gris, des affiches de l'EI ont été placardées : des invocations religieuses musulmanes à répéter matin et soir, un poster rappelant les avantages et les bienfaits de la prière à la mosquée, et enfin « Le document de la ville », qui édicte en 14 points les règles à suivre par les habitants. « Le commerce et la consommation d'alcool, de drogues et de cigarettes sont interdits. » Les femmes ne doivent apparaître en public « qu'en cas de nécessité ». Sur le sol en pierre couvert de gravats, un autre pamphlet rappelle les châtiments corporels prévus en cas de vol, de consommation d'alcool, d'adultère ou d'homosexualité. Le tout accompagné d'illustrations sordides.
Des jihadistes ont gribouillé leur nom de guerre sur les murs blancs. Un imposant chandelier de prière a atterri dans la cour, envahie par la ferraille. Dans une des petites salles attenantes, les guirlandes de fleurs artificielles installées par les propriétaires originels côtoient désormais des affiches expliquant le fonctionnement des kalachnikovs.
Les chaldéens représentent la majorité des chrétiens d'Irak. Forte de plus d'un million de personnes avant la chute de Saddam Hussein en 2003, la communauté chrétienne s'est réduite comme peau de chagrin à moins de 350 000 âmes, beaucoup ayant fui les violences récurrentes qui ensanglantent le pays depuis.
La montée en puissance de l'EI en 2014 a encore aggravé l'hémorragie. À leur arrivée, les jihadistes ont laissé trois options aux chrétiens : se convertir, payer une forte taxe ou mourir.
L'église Oum al-Maouna dans le quartier d'al-Dawasa est toutefois en bien meilleure condition que le reste des habitations et commerces du secteur, transformé en un véritable champ de ruines.
Dans le quartier, pas un civil en vue. Sur une avenue commerçante, les devantures aux couleurs criardes ne sont plus qu'un amas de ferraille et de béton. Sur une publicité montrant des vêtements pour hommes, les jihadistes, adeptes d'une interprétation rigoriste interdisant toute représentation humaine, ont noirci les visages et les bras nus des mannequins.

Tony GAMAL-GABRIEL / AFP

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