Comme si nous étions en manque de problèmes, la bonne dame Le Pen a failli, grâce à sa chevelure dévergondée, mettre le feu aux poudres. Fort heureusement, mes congénères sont devenus tellement m'en-fichistes et amorphes que seuls quelques rares passionnés de la double nationalité ont relevé la chose s'en donnant à cœur joie en rhétorique approfondie.
Idem pour les Libanais anti et pro-Donald Trump. Comme ce dernier continue à défrayer la chronique, ne fermant presque pas l'œil de la nuit pour susciter des remous, certains de nos concitoyens pensent pouvoir le courroucer ou le ravir par leurs déclarations respectives sur ses agissements, alors que chez lui déjà, de ses propres administrés, il n'a cure.
Le Libanais est d'un naturel observateur, touche-à -tout, il sait tout, voit tout, critique tout, s'arroge le droit, du haut de la petitesse de son terroir de dix mille quatre cent cinquante-deux kilomètres carrés, mais fort de l'étendue de sa diaspora qui dit-on a colonisé les continents, de donner son avis sur tout ce qui bouge sur notre belle planète.
Dans sa moulinette tous y passent, les rois, les présidents, les dictateurs, les chanteurs, les acteurs, les danseurs, les comédiens, les artistes, pas de quartier. Nul n'est assez grand, puissant ou important pour échapper à ses quolibets.
Les observateurs de mon pays sont d'une nature dynamique, sérieuse, curieuse, traquant la petite bête, leur regard acéré porte loin, rien ne leur échappe, même pas la petite paille fichée dans l'œil de ceux qui, pour leur malheur, entrent dans leur collimateur.
Infatués par le bonheur de se rendre intéressants, d'une suite de lettres ils font des mots formant des phrases qu'ils veulent assassines, les lancent sous forme de pique contre l'un ou l'autre des personnages, faisant la une de la scène internationale. Dommage, nul ne remarquera leurs gesticulations, leur terrain de prédilection étant toute la mappemonde, sauf leur pays.
Et ils gigotent dans tous les sens, accusent, fustigent, vitupèrent, moralisent, conseillent, tempêtent, encore un peu, s'il leur était donné, ils ouvriraient eux-mêmes les portes des cellules pour y incarcérer des personnes simplement suspectées d'avoir contrevenu aux lois de leurs propres pays situés à mille lieues de chez nous.
Ah, cette petite paille dans l'œil de leurs victimes qu'ils ne connaissent ni d'Adam ni d'Ève. S'ils dérogeaient à leur règle, ouvraient leurs fenêtres, sortaient au balcon, humaient l'air putride des détritus entassés à plein la rue, ils auraient remarqué le petit vieux ou la vieille ratatinée par les ans, un fichu délavé sur la tête, tenant à peine sur les jambes, farfouiller dans les poubelles à la recherche d'une maigre pitance, avant que la mort ne gagne sa course contre la vie.
Si nos érudits de la critique à distance laissaient tomber leurs longues vues, abandonnaient leurs télescopes, soulevaient leur propre paillasson, balayaient devant leurs portes, ils se rendraient compte que nous vivons dans un pays où la loi de la jungle avance à grands pas, même si des fois elle est prise dans des embouteillages inextricables qui la ralentissent.
Qu'ils rapatrient au bercail leurs efforts pour rendre le monde meilleur, charité bien ordonnée commence par soi-même, ils auront alors tout le loisir de taper fort sur cette flopée de personnes qui a fait un hold-up sur notre pays, sa croissance, ses lois, son assemblée législative périmée depuis quatre ans déjà et qui continue à sévir le plus anticonstitutionnellement du monde.
L'union des faiseurs d'opinions est inéluctable, elle doit se concrétiser hier plutôt que demain, le temps presse. Il est impératif de tirer définitivement un trait sur le confessionnalisme morbide, le communautarisme assassin, que les marchands du temple ont savamment institué en politique d'État pour, à tête reposée, en toute quiétude, voire légalité, dépecer le pays, boire ses richesses avec la lie.
Pour peu qu'ils ôtent la poutre de leurs yeux.
Georges TYAN

