« Tu ne te vengeras point et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lévitique 19 : 18). Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez point. Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l'aimerez comme vous-mêmes... » (Lévitique 19 : 33-34).
Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même... (Matthieu 22 : 38-39).
Il est vrai que Jésus, par le second commandement, « entérine » l'amour du prochain comme soi-même, précédemment édicté, et définit (plus loin) le prochain comme étant même l'ennemi, mais force est de constater que le livre du Lévitique de l'Ancien Testament, prescriptif par excellence, commande l'amour du prochain comme soi-même en y incluant « l'étranger ». Juifs et chrétiens, qui ont en commun les cinq livres du Pentateuque (pour les chrétiens) ou de la Torah (pour les juifs), sont donc tenus de traiter l'étranger, l'immigré et le migrant en l'occurrence, comme un des leurs, et de l'aimer comme eux-mêmes, et ce conformément à la citation biblique susmentionnée.
Pour en venir à certains chrétiens concernés, notamment ceux qui sont au pouvoir, comme Donald Trump, ou qui briguent le pouvoir, comme Marine Le Pen, et qui se réclament de la foi chrétienne, qui la clament et la déclament, tout en affichant leur « xénophobie », ils sont appelés, en conformité avec les enseignements bibliques, à accueillir et à aimer les immigrés, les réfugiés et les demandeurs d'asile (entre autres).
Comme l'avait d'ailleurs déclaré le pape François à l'intention de Trump : « Une personne qui veut construire des murs et non des ponts n'est pas chrétienne. »
Ces constructeurs « chrétiens » de murs face aux migrants, aux Mexicains, aux Syriens, etc., qui se targuent d'être chrétiens bon teint, devraient réfléchir à deux fois sur ces préceptes du christianisme avant de se prononcer, ainsi que leurs électeurs, prompts à leur déléguer le pouvoir de construire, ou plutôt de détruire, et leur fournir les matériaux de construction et les moyens de destruction. Et ceci, bien que nous soyons conscients du caractère naïf de cet appel à réflexion, étant donné cet autre « mur » – hypocrite – qui sépare le « dire » et le « faire » chrétiens, le « paraître chrétien » et l'« être chrétien », le chrétien par conviction et le chrétien par opportunisme, le chrétien pour la forme et le chrétien dans le fond, le chrétien « pratiquant » et le chrétien « pratique » ou « pragmatique »... S'il est un mur à détruire, c'est d'abord celui-là, et s'il est un pont à construire, c'est d'abord celui qui doit relier ces deux termes.
Quant aux « chrétiens d'Orient », objets de marchandage, de manipulation, d'exploitation et de surenchère politiques, ils sont aussi concernés, dans la mesure où ils font montre de complaisance, régis qu'ils sont par le syndrome d'alliance des minorités qui les fait voir chez un certain persécuteur et massacreur de non-chrétiens un protecteur des chrétiens, lesquels préfèrent se tapir bien au chaud dans l'antre de la bête, parmi ses ossements, plutôt que de dénoncer ses carnages, ce qui est contraire à la « force d'âme » (une des vertus cardinales) dont le martyrologe chrétien est animé, pour ne pas dire contraire à la foi chrétienne.
Et plus qu'aux « brebis », souvent apeurées et désorientées, c'est aux « pasteurs », à savoir les autorités ecclésiales, tous patriarcats confondus, qu'incombe le devoir chrétien d'offrir le courageux exemple, de refuser de se faire manipuler, récupérer par les politiques et de se laisser aliéner par leurs propres privilèges cléricaux. Il leur revient en premier de se conformer aux préceptes évangéliques, d'avoir le courage et la sagesse de dire leurs quatre vérités aux Hérode de notre temps, à l'instar de Jésus, de Jean le Baptiste, des apôtres et des pères et docteurs de l'Église, de dénoncer l'érection infâme de « murs » et recommander la construction de « ponts », faisant ainsi écho au pape François, à commencer par le pont entre le « dire » et le « faire », dussent-ils voir se compromettre leurs privilèges, car être chrétien, c'est surtout cela.
Eh oui, n'est pas chrétien qui veut. C'est une croix pas légère à porter, sur laquelle « pèsent » l'amour du prochain – qui qu'il soit – comme soi-même, l'accueil et le secours de l'étranger et du nécessiteux, l'abnégation, la miséricorde, la charité, le sacrifice... qui se résument dans le corps du Crucifié sur cette croix.


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